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Le Congo ouvre la plus grande partie du parc des bonobos aux pétroliers

Le gouvernement vient en effet de donner son feu vert à une compagnie pétrolière pour forer dans la partie encore épagnée du Parc de la Salonga, inscrit au Patrimoine de l’Humanité.

Kabila achève son séjour au pouvoir par un coup fatal à l’environnement, asséné sans crier gare. Selon la lettre Africa Energy Intelligence (AEI) de Paris, le conseil des ministres a approuvé fin novembre un contrat de partage de production, donnant accès à trois nouveaux blocs de la Cuvette centrale (8, 22 et 23) à une société sud-africaine dénommée Dig Oil, autrefois connue comme Divine Inspiration Group, présidée par Andrea Brown, associée au juge sud-africain Dikgang Moseneke.

Donner des idées à d’autres pétroliers

Selon AEI, il ne reste plus à Joseph Kabila qu’à signer l’ordonnance. Apparemment, il a été poussé au train par Andrea Brown, qui a dû batailler ferme pour le faire craquer. Pourtant réputée proche de Kabila, la femme d’affaires sud-africaine n’était pas parvenue en dix ans à faire progresser ses dossiers au conseil des ministres congolais. Mais la condamnation de Kinshasa sur ce dossier par la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris – qui a accordé à Dig Oil des pénalités pour ne pas avoir vu son contrat validé – a fait bouger Kinshasa.

Selon la lettre parisienne, Kabila a donc cherché à trouver un arrangement en faisant approuver le dossier en conseil des ministres, espérant que Dig Oil ne réclame pas les pénalités. L’ennui, c’est que cette condamnation à la CCI pourrait donner des idées à d’autres pétroliers ayant, comme Dig Oil, signé un contrat avec un ministre sans avoir vu ce contrat validé par une ordonnance présidentielle. En 2010, en effet, une série d’accords pétroliers ont été signés au Congo – entraînant le paiement de bonus à l’Etat congolais par les entreprises – mais plusieurs n’ont jamais été débloqués par une ordonnance présidentielle.

Plus vaste que la Belgique

Mais au-delà ce ces arguties, pour les défenseurs de l’environnement, l’accord avalisé par le gouvernent congolais achève quasiment d’ouvrir le parc de la Salonga aux pétroliers. Le permis 8 qui a été concédé couvre en effet notamment les parties de ce parc plus vaste que la Belgique (32 000 km2) qui étaient restées non concernées par l’octroi des blocs 1 et 2, début 2018, à une joint venture formée par la Société nationale des hydrocarbures du Congo (Sonahydroc) et la Compagnie minière du Congo (Comico) de l’homme d’affaires grec Adonis Pouroulis.

La récente décision des autorités congolaise revient donc à ouvrir presque totalement le parc de la Salonga à l’exploitation pétrolière. Elle a été prise en ignorant le tollé des ONG congolaises de mai dernier, après l’annonce de la déclassification partielle, à des fins d’exploitation pétrolière, de portions importantes des parcs nationaux des Virunga et de la Salonga, où vivent respectivement des gorilles de montagne et des chimpanzés bonobos. Les protestations conjointes des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Suisse et du Canada, qui financent des projets de conservation des parcs nationaux, ont laissé le président Joseph Kabila de marbre.

 

Mettre une croix sur la conservation de la nature

En mai dernier, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le représentant de la société civile environnementale au Conseil économique et social (CES), René Ngongo, avait estimé que « si l’on arrive à exploiter le pétrole dans ces sites, nous devons mettre une croix sur la conservation de la nature en RDC ». René Ngongo redoutait que plus les oléoducs seront longs et les sites d’exploitation éloignés dans les deux parcs, plus l’entretien et la protection des équipements pétroliers seront difficiles à assurer et donc les dangers pour l’environnement importants.

Le développement de ces puits dans la Salonga est toutefois une gageure au niveau technique. Selon un géologue consulté par la Libre Afrique.be, les réserves de la Cuvette centrale ne sont pas encore géologiquement mûres pour une exploitation à court terme. Dig Oil poursuit néanmoins inlassablement son lobbying en Afrique centrale après avoir convoité un bloc en Centrafrique, à la frontière du Cameroun et du Congo-Brazzaville.

Revendre le permis?

La personne d’Andrea Brown suscite aussi des réserves dans la mesure où sa « junior company » n’est pas connue pour avoir réalisé grand-chose en matière d’exploitation pétrolière. Elle donne le sentiment de vouloir tenter ultérieurement de revendre un permis si des études pour son éventuel développement sont prometteuses.

Du côté du ministère congolais des Hydrocarbures, l’attitude est attentiste. Pour le chercheur britannique Patrick Edmond, l’intérêt du ministère est bien moins de développer la ressource pétrolière que de percevoir les droits d’accès à la ressource. Nul ne le sait comment s’achèvera la partie de poker menteur. Mais tout cet émoi autour du pétrole ne peut qu’amener de nouveaux intrus dans des zones écologiquement fragiles, à protéger.

source : https://afrique.lalibre.be/

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