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La fin d’une ère

Dans le monde, une espèce sur quatre est menacée chez les mammifères, une sur huit chez les oiseaux, une sur trois chez les poissons et probablement plus de la moitié des plantes à fleurs et des insectes.

Voici une nouvelle ère qui est en marche, celle d’une extinction de masse, tellle un météor qui aurait fait disparaitre 90% de la vie sur Terre, la période que nous connaissons est la fin d’un ère qui entrouvrira une nouvelle époque. Sur la plan géologique, notre période marque le monde pour toujours. Nous aurons noirci une couche géologique que de futurs géologues découvrirons avec des questions dont ils ne possèderont pas les réponses.

Je vois parfois dans le regard d’un cheval la beauté inhumaine d’un monde d’avant le passage des hommes.»
Bartabas

La planète traverse aujourd’hui la sixième grande crise d’extinction des espèces depuis le début de la vie sur terre il y a 3,8 milliards d’année, selon les spécialistes de la biodiversité. A la différence des cinq crises précédentes qui se sont étalées sur des milliers, voire des millions d’années, la crise actuelle « se compte en dizaines d’années ou en siècles, mettant la capacité d’adaptation des espèces à rude épreuve », selon Robert Barbault, directeur du département écologie au Muséum d’histoire naturelle. La dernière crise a vu disparaître les dinosaures, il y a 65 millions d’années. « La différence, c’est que cette fois nous sommes impliqués et responsables, et que nous avons les moyens d’agir, ce qui n’était pas le cas des dinosaures ! » lance Robert Barbault. C’est le succès formidable de l’espèce humaine, qui a défriché les forêts, cultivé l’espace, industrialisé la planète, qui a causé le déclin de milliers d’autres espèces.

Au total 15.589 espèces sont confrontées à un risque d’extinction, selon la « liste rouge » de l’Union mondiale pour la nature (UICN) : un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un amphibien sur trois. Premiers menacés : les grands mammifères qui disputent le territoire à l’homme. Chez nous, l’ours, ou le loup, ont vu leur population réduite à quelques individus.

En Asie, en Afrique, l’éléphant et les grands singes ne cessent de régresser. Qui se souvient qu’il y avait des éléphants dans l’immense forêt chinoise il y a 2000 ans ? Son sort semble scellé en Asie, où il reste 20.000 éléphants sauvages (sur 50.000). Le redressement opéré dans un petit nombre de pays d’Afrique australe ne peut masquer le déclin à l’échelle du continent : trois millions d’éléphants au début du 20e siècle, un million à la fin de la seconde guerre mondiale, 400.000 aujourd’hui. Partout, l’homme grignote la forêt, défriche, repousse les grands mammifères sur des territoires de plus en plus exigus, où ils ne peuvent plus migrer et se croiser. Or, « la seule façon de résister au changement, c’est d’être diversifié », rappelle M. Barbault. L’éléphant de forêt, particulièrement menacé, recèle une plus grande diversité génétique que son frère des savanes. Pourtant, « vous ne verrez jamais de reportages sur l’éléphant de forêt », déplore le biologiste Régis Debruyne. « Au rythme actuel d’extinction des populations en Afrique centrale, je m’effraie de voir disparaître l’éléphant de son milieu naturel », estime-t-il. « On aura de petites populations reliques, que pourront venir admirer les touristes en safari, mais on n’aura plus de populations naturelles capable de migrer et de se croiser entre elles », regrette-t-il. « On peut dire que c’est triste que l’éléphant disparaisse, avoir un attachement affectif, mais on peut aussi dire que l’éléphant est un animal qui gère un territoire où vit tout un ensemble d’espèces », souligne Robert Barbault. Gros mangeur de fruits, l’éléphant sème dans ses déjections des graines qui aident la forêt à se régénérer. Il crée des clairières propices aux grands félins, lions, léopards, panthères. Sa disparition « aura des répercussions sur toute la forêt, du plus minuscule insecte aux grands mammifères », met en garde M. Debruyne.

Que peut faire une conférence ? « Convaincre un certain nombre de politiques qu’ils ont un intérêt à protéger leur biodiversité, que ce soit un intérêt éco-touristique, ou purement politique à l’égard de pays auprès desquels ils sont endettés par exemple, et qui réclament d’eux une meilleure gestion de leur faune et leur flore », selon M. Debruyne.

L’homme modifie la nature à un rythme tel que les espèces risquent de ne plus parvenir à s’adapter, avec à la clé une crise d’extinction majeure, estiment les scientifiques. Quelques chiffres : – Un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un amphibien sur trois et près de la moitié des tortues d’eau douce sont menacés, selon la « Liste rouge » de l’Union mondiale pour la nature (UICN). – Au moins 15.589 espèces sont confrontées à un risque d’extinction, selon la liste rouge 2004, soit 7.266 espèces animales et 8.323 espèces de végétaux et lichens. – Le rythme de disparition des espèces est 100 à 1.000 fois plus important que le rythme naturel (c’est à dire le taux mesuré au cours des temps géologiques et dû au renouvellement normal des écosystèmes). – Au total, depuis 1500, 784 espèces animales et végétales sont considérées éteintes, et 60 supplémentaires ne survivent qu’en captivité ou en culture. – A côté d’espèces emblématiques, comme le dodo (une sorte de gros pigeon incapable de voler), disparu après l’arrivée des premiers colons dans les îles de l’océan indien vers 1740, le grand pingouin dans l’hémisphère nord, la tortue éléphant des Galapagos ou encore le loup de Tasmanie, des milliers d’espèces inconnues disparaissent chaque année. – L’homme n’a décrit que 1,75 million d’espèces sur un total estimé entre 10 et 30 millions. – Pour chaque plante tropicale qui disparaît, on estime qu’environ 30 espèces associées disparaissent. Pour chaque arbre tropical, ce sont 400 espèces qui disparaissent. – Un réchauffement climatique moyen pourrait entraîner la disparition de 15 à 37% des espèces, selon une modélisation conduite sur un millier de végétaux et animaux dans 6 régions particulièrement riches en biodiversité du globe (Thomas, Nature du 8 janvier 2004). – Les trois quarts de la population mondiale se soignent grâce aux plantes, et 70% de nos médicaments sont dérivés de plantes (Nicole Moreau, CNRS) – Les systématiciens découvrent chaque année plus de 10.000 nouvelles espèces, pour la plupart des insectes, et avant tout des coléoptères qui représentent presque le quart des espèces décrites.

Le rythme d’extinction actuel est 100 à 1.000 fois supérieur au rythme naturel. Au bout de la chaîne : l’homme. « 70% de nos médicaments proviennent directement ou sont inspirés par des plantes », rappelle Nicole Moreau, professeur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Nous connaissons à peine 10% des espèces, ce qui signifie que des milliers de plantes et d’animaux disparaissent chaque année avant même d’avoir été décrits. « Ce n’est pas une histoire de grosses bêtes et de petites plantes, c’est une histoire de qualité de vie et de qualité de développement », plaide Robert Barbault. Face à cette hécatombe, « la communauté scientifique est fragmentée et n’a pas les moyens de mener les recherches », estime Michel Loreau, président du conseil scientifique de la conférence. Contrairement au climat, très médiatisé par les travaux du groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC ou IPCC en anglais), la biodiversité n’a aucun groupe d’experts mondial pour alerter les chefs d’Etat.

sources : AFP / http://www.tela-botanica.org/actu/article330.html

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