Où sont passés les martinets ? Les mystérieux voyageurs du ciel face aux bouleversements du climat

Chaque printemps, leur arrivée marque traditionnellement le retour des beaux jours. Leurs cris perçants résonnent au-dessus des villes et leurs vols acrobatiques animent le ciel jusque tard dans la soirée. Pourtant, dans de nombreuses régions du sud de la France, les martinets semblent aujourd’hui beaucoup plus discrets qu’autrefois. Certains observateurs évoquent même une raréfaction spectaculaire.

S’agit-il d’une simple impression ou d’un véritable déclin ? Les scientifiques disposent désormais de nombreuses données permettant de mieux comprendre ce qui affecte ces extraordinaires oiseaux migrateurs.

Des champions de la migration

Le Martinet noir (Apus apus) est l’un des oiseaux les plus fascinants de notre planète.

Chaque année, il effectue une migration de plusieurs milliers de kilomètres entre l’Afrique subsaharienne, où il passe l’hiver, et l’Europe, où il vient se reproduire. Selon les populations, ce voyage représente entre 5 000 et plus de 10 000 kilomètres.

Les premiers individus atteignent généralement la France entre la fin avril et le début du mois de mai. Après avoir élevé une seule nichée, ils repartent souvent dès la fin juillet ou le début août vers leurs quartiers d’hiver.

L’oiseau qui vit dans les airs

Le martinet possède une particularité exceptionnelle : il passe pratiquement toute sa vie en vol.

Les études réalisées grâce à des balises miniatures ont montré que les jeunes peuvent rester près de dix mois sans jamais se poser après leur premier envol.

Ils dorment en partie dans les airs, s’accouplent en vol, boivent en rasant la surface des plans d’eau et capturent leur nourriture exclusivement dans le ciel.

Avec ses longues ailes en forme de faucille et son corps parfaitement profilé, le martinet est une véritable machine volante. En vol horizontal, il dépasse facilement les 100 km/h, tandis que certaines poursuites aériennes enregistrent des pointes proches de 200 km/h.

Un immense consommateur d’insectes

Le martinet se nourrit uniquement d’insectes capturés en plein vol.

Son menu comprend principalement :

  • moustiques ;
  • moucherons ;
  • pucerons ailés ;
  • fourmis volantes ;
  • coléoptères ;
  • abeilles et guêpes de petite taille.

Un seul couple peut capturer plus de 20 000 insectes par jour lorsqu’il nourrit ses poussins.

Les adultes transportent cette nourriture sous forme de véritables « boulettes » d’insectes compactées dans leur gorge avant de les régurgiter au nid.

Un survivant des intempéries

Lorsque plusieurs jours de pluie empêchent les insectes de voler, les martinets sont capables de parcourir plusieurs centaines de kilomètres afin de retrouver des zones plus favorables.

Les jeunes disposent, eux aussi, d’une remarquable adaptation : ils peuvent entrer dans un état de torpeur, ralentissant fortement leur métabolisme afin de survivre plusieurs jours sans nourriture.

Cette capacité est extrêmement rare chez les oiseaux.

Pourquoi semblent-ils moins nombreux ?

Depuis une vingtaine d’années, les suivis ornithologiques montrent que les populations de martinets déclinent dans plusieurs régions d’Europe.

Les causes sont multiples.

La disparition des insectes

C’est probablement le principal facteur.

Les insectes volants connaissent un déclin important sous l’effet de l’agriculture intensive, des pesticides, de la fragmentation des habitats et du changement climatique.

Or les martinets dépendent entièrement de cette ressource alimentaire.

La disparition des sites de nidification

Le martinet niche dans les cavités des bâtiments anciens, sous les toitures ou dans les anfractuosités des murs.

Les rénovations thermiques modernes bouchent souvent ces ouvertures sans prévoir de nichoirs de remplacement.

Dans certaines villes, des colonies entières disparaissent ainsi en quelques années.

Le changement climatique

Le réchauffement climatique agit de manière plus complexe.

Les vagues de chaleur, les sécheresses ou les épisodes de pluie prolongée modifient la disponibilité des insectes.

Les martinets doivent parfois adapter leur calendrier migratoire ou parcourir davantage de distance pour trouver de quoi se nourrir.

Les martinets arrivent-ils plus tard ?

Pas forcément.

Les observations récentes montrent même que certaines populations arrivent légèrement plus tôt qu’il y a quelques décennies.

En revanche, lors des printemps particulièrement froids ou perturbés, leur progression peut être retardée de plusieurs jours.

Leur migration dépend d’un ensemble de facteurs :

  • la durée du jour ;
  • les conditions météorologiques rencontrées tout au long du trajet ;
  • la disponibilité des insectes ;
  • les vents ;
  • leur état physiologique.

Il ne s’agit donc jamais d’une seule cause.

Le mystère des migrations

Les scientifiques savent aujourd’hui que les martinets utilisent plusieurs systèmes d’orientation.

Ils s’appuient notamment sur :

  • le Soleil ;
  • les étoiles ;
  • le champ magnétique terrestre ;
  • les paysages ;
  • les vents dominants.

Leur remarquable précision continue d’impressionner les chercheurs, qui découvrent régulièrement de nouvelles capacités grâce aux balises GPS miniaturisées.

Existe-t-il un lien avec d’autres oiseaux migrateurs ?

Il arrive que certaines espèces inhabituelles, comme le Jaseur boréal, soient observées beaucoup plus au sud que d’ordinaire.

Ces phénomènes résultent généralement de conditions alimentaires particulières dans leur aire de répartition nordique et ne semblent pas directement liés aux migrations des martinets.

Chaque espèce répond à ses propres contraintes écologiques.

Comment aider les martinets ?

Il existe plusieurs gestes simples pour favoriser leur retour :

  • préserver les cavités de nidification lors des rénovations ;
  • installer des nichoirs spécifiques ;
  • limiter l’utilisation des pesticides ;
  • favoriser les jardins riches en fleurs et en insectes ;
  • protéger les vieux bâtiments qui accueillent des colonies.

Des voyageurs qu’il faut préserver

Les martinets figurent parmi les plus extraordinaires voyageurs du règne animal. Ils passent presque toute leur existence dans le ciel et parcourent chaque année des milliers de kilomètres entre deux continents.

Leur déclin constitue également un indicateur précieux de l’état de notre environnement. Lorsqu’ils disparaissent, c’est souvent le signe que les insectes se raréfient et que les écosystèmes s’appauvrissent.

Chaque printemps, leur retour rappelle que les migrations relient l’Afrique et l’Europe depuis des milliers d’années. Préserver ces oiseaux, c’est aussi préserver les paysages, les insectes et les équilibres naturels dont dépend une grande partie de la biodiversité.

Adaptation Terra Projects

Article mis à jour en juillet 2026

Sources

  • Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)
  • BirdLife International
  • British Trust for Ornithology (BTO)
  • EURING (European Union for Bird Ringing)
  • Nature Communications – Études sur le comportement aérien du Martinet noir
  • Current Biology – Recherches sur les migrations et le sommeil en vol des martinets

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