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Laurent Cabrol : “Les écolos jouent à nous faire peur”

“C’est un moyen pour eux de prendre le pouvoir”, explique le journaliste. Il défend une écologie plus respectueuse de la déontologie scientifique. Et moins radicale politiquement. Entretien.

Journaliste télé et radio, “monsieur météo” depuis vingt ans sur Europe 1, Laurent Cabrol s’est intéressé à la climatologie à la suite de la tempête de 1999. D’abord sensible aux thèses du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), il s’étonne de l’unanimisme qui règne dans un domaine d’ordinaire habitué à la prudence. Commence alors une démarche d’investigation qui aboutira en 2008 à un premier livre, à rebours des thèses officielles, Et si la terre s’en sortait toute seule ? Il récidive avec un nouvel ouvrage : En vert et contre tous.

Que diriez-vous sur le fait scientifique du réchauffement climatique ? Que la Terre se réchauffe constitue pour moi une petite péripétie tout à fait banale et anodine dans notre monde d’aujourd’hui et dans le monde du climat. Les aléas climatiques ont toujours existé. L’homme a sa part de responsabilité, dans une proportion difficile à évaluer, et au même titre que le Soleil, les océans, les aérosols ou les nuages.

Avec autant d’incertitudes sur sa responsabilité exacte, comment peuton en arriver à prôner des mesures aussi autoritaires concernant notre changement de vie ? La Terre en a vu d’autres, c’est un organisme vivant et elle porte en elle les moyens de s’en sortir. On ne répétera jamais assez que les Vikings ont élevé du bétail au Groenland, ou que les Anglais ont cultivé la vigne au Moyen Âge.

Vous pensez donc que si réchauffement il y a, ça ne sera pas forcément catastrophique ? Si changement il y a, il va s’établir avec beaucoup plus de lenteur qu’on ne le dit – donc ce ne sera pas une catastrophe. En 2003, on nous prédisait une canicule tous les trois ans ! En 1974, René Dumont nous annonçait l’apocalypse, affirmant qu’il n’y aurait plus d’eau potable en l’an 2000 ! Les écologistes ont fait du bon travail en nous faisant prendre conscience de l’importance du respect de l’environnement. Mais ils ont aussi toujours eu tendance à nous affoler parce que c’est un moyen pour eux de prendre le pouvoir.Et ils prennent le pouvoir sur nos consciences et sur celles de nos enfants à qui ils disent : “Regardez ce que vos parents sont en train de faire à la planète !” Quand ils nous disent que, puisque l’équilibre de la planète n’est pas respecté, on va devoir changer notre mode de vie, ils vont trop loin. L’homme saura s’adapter.

Quel regard portez-vous sur les militants écologistes et l’écologie politique ? Je les ai rencontrés, notamment à Copenhague, où j’ai suivi les manifestations en marge du sommet. Ces militants ne veulent pas changer de société pour “sauver la planète”, ils veulent tuer le capitalisme. Je suis intimement convaincu que de nombreux anciens militants d’extrême gauche ont infiltré les partis écologistes, qu’ils ont politisés et radicalisés. Ils sont contre le capitalisme, contre l’hégémonie américaine. Par exemple dans le cas des OGM, je suis persuadé que si ça n’avait pas été Monsanto, l’opposition aurait été moins forte. Au final ils ont exclu la France du champ de la recherche, qui se poursuit ailleurs que chez nous alors que nous étions en pointe sur ces questions. C’est scandaleux.
C’est aussi le climat médiatique ambiant qui a poussé les responsables à inscrire le désastreux principe de précaution dans la Constitution. On retrouve cette motivation d’ordre politique chez certains artistes comme Marion Cotillard, Luc Besson ou encore Leonardo DiCaprio, qui a adhéré aux thèses écologistes par opposition à la politique de George Bush et son refus de ratifier le protocole de Kyoto.

Quel est votre regard sur les débats actuels concernant la taxe carbone ou les éoliennes ? Je suis contre les mesures à l’emporte-pièce décidées dans l’agitation médiatique ou sous la pression des lobbies. La taxe carbone, pour la France seule, était une absurdité, comme de vouloir limiter la vitesse à 110 kilomètres-heure sur autoroute, qui nous fait économiser, en un an, le volume de gaz à effet de serre que les Chinois libèrent en un quart d’heure ! De même pour les éoliennes ; on nous dit que les Français sont pour mais seuls les citadins sont interrogés ! Tant qu’on ne saura pas convenablement stocker l’électricité, qu’on nous fiche la paix avec les éoliennes ! Par ailleurs on oublie que les périodes de grand froid, où la demande énergétique serait forte, correspondent souvent à des conditions anticycloniques, avec absence de vent.

Ne pensez-vous pas qu’il y a un problème de communication entre le monde scientifique et le monde politicomédiatique ? Le Giec est un organisme qui a été façonné pour donner aux politiques les moyens d’agir dans un domaine précis qui est le réchauffement climatique. Il a été fait pour ça et le prix Nobel a renforcé sa notoriété. Ensuite, il y a les journalistes eux-mêmes : certains sont vraiment fautifs, parce qu’ils connaissent le sujet mais veulent avant tout faire passer leurs idées. Et puis il y a les autres, une immense majorité, qui sont simplement suiveurs,qui n’ont pas vraiment enquêté. Mais ceux-là vont changer aussi vite dans un sens que dans l’autre et sont d’ailleurs en train de virer de bord. Propos recueillis par Fabrice Madouas et Mickaël Fonton

En vert et contre tous, de Laurent Cabrol, Le Cherche-Midi, coll. “Documents
sources : http://leblogdjetliberte.blog.tdg.ch/ / http://blog-va.com/

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