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L’étude des toiles de Turner pour la modélisation du changement climatique

Détail du tableau «The Slave Ship», une œuvre du peintre britannique by Joseph Mallord William Turner.  © Burstein Collection / Corbis

Une équipe de chercheurs grecs a étudié les couleurs de plus de 500 tableaux de couchers de soleil, parmi lesquels de nombreuses toiles de William Turner, dans l’espoir d’en apprendre plus sur l’effet rafraîchissant des éruptions volcaniques sur l’atmosphère. 

Les scientifiques pensent depuis longtemps que les grandes éruptions volcaniques contribuent à rafraîchir l’atmosphère avec la diffusion de particules, cendres et poussières faisant écran avec le soleil. Cette théorie a amené certains chercheurs à postuler que, si l’on éradique la pollution industrielle, elle aussi composée de particules en suspension dans l’air, on pourrait accélérer le réchauffement climatique.

Une équipe grecque a ainsi analysé les couleurs de tableaux réalisés à l’époque de grandes éruptions volcaniques, comme celle du Mont Krakatoa en Indonésie en 1883, pour mesurer la quantité de pollution naturelle rejetée dans l’atmosphère. Car plus le coucher du soleil est rouge, plus la pollution de l’atmosphère est importante, relève Christos Zerefos, directeur de l’étude à l’Observatoire national d’Athènes.

«L’idée nous est venue en remarquant que les couleurs des couchers de soleil devenaient de plus en plus rouges après d’importantes éruptions volcaniques, notamment celle de Krakatoa», explique-t-il. Pour lui, il s’agit de la première étude d’œuvres d’art destinées à approfondir les connaissances sur le changement climatique.

Kevin Trenberth, qui dirige les recherches climatiques au Centre national de recherche sur l’atmosphère de Boulder (Colorado) et n’a pas participé à l’étude, remarque cependant qu’artistes et scientifiques n’ont pas nécessairement la même approche de la réalité. «Les peintres sont des artistes qui essaient de faire quelque chose de beau ou d’émouvant. Cela intègre certainement une part d’embellissement», fait-il valoir.

Le travail du Britannique William Turner a fait l’objet d’une attention particulière des chercheurs. Le peintre était en effet en vie lors de trois éruptions majeures, dont celle du Mont Tambora en Indonésie en 1815, qui a rejeté tellement de poussière et de cendres qu’elle a engendré une grande famine. Deux autres éruptions ont eu lieu aux Philippines en 1831 et au Nicaragua en 1835.

Christos Zerefos affirme de son côté que les artistes de l’époque représentaient la nature comme ils la voyaient. «J’ai été surpris de constater que, quelle que soit l’école ou l’artiste, la vision d’ensemble qui en émerge peu à peu est cohérente.»

L’art pictural a déjà été utilisé dans le passé pour étudier le climat et l’atmosphère, notamment à travers les œuvres de Claude Monet à Londres pour les effets de la révolution industrielle, rappelle John Thorne, professeur de météorologie à l’université de Birmingham, qui n’a pas non plus participé à l’étude. D’après lui, le risque de distorsion induite par l’interprétation artistique est atténué par la diversité du panel utilisé.

«Plus qu’un seul d’entre eux, les artistes montrent une sorte de moyenne et prouvent que (les peintres) représentent malgré tout une part de ce qu’ils voient, sans forcément s’en rendre compte», observe Thorne.

L’équipe grecque a étudié 554 tableaux de 181 artistes, parmi lesquels Edgar Degas, Gustav Klimt, Rembrandt et Rubens. La liste a ensuite été réduite à cinq peintres, dont Turner, qui ont peint avant, pendant et après la période des éruptions volcaniques.

source : http://www2.canoe.com:80

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