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Les volcans, acteurs bien plus importants de l’histoire du climat

A travers l’Histoire, certaines éruptions volcaniques ont profondément marqué la vie des Hommes en provoquant des changements climatiques soudains.

Nous sommes en 536 après JC. L’empire romain est déjà scindé en deux depuis longtemps. La partie occidentale s’est effondrée face aux invasions répétées des peuples barbares. A l’est, il perdure sous l’égide de Byzance qui poursuit ses combats contre les Vandales. Procope de Césarée, grand historien de son époque, s’étonne : “pendant cette année, un signe de mauvais augure a eu lieu. Le Soleil a donné sa lumière sans éclat et il a paru avoir comme une éclipse, parce que ses rayons ne brillaient pas.”

Ce qu’il ignore, c’est qu’à l’autre bout de la planète, le volcan indonésien Krakatoa s’est réveillé.

Et son sursaut est dévastateur. Une caldeira de plusieurs dizaines de kilomètres de large se forme et l’éjection des cendres volcaniques a probablement tué des dizaines de milliers de personnes aux alentours. Le Krakatoa est un volcan gris, il n’émet pas de lave mais dégage une couche impressionnante de résidus dans l’atmosphère qui, selon les dernières études, pourraient bien avoir couvert la planète entière pendant plusieurs années avec des conséquences tragiques.

Car après cette explosion, les écrits historiques nous montrent des événements étranges. Soudainement, la température moyenne va chuter. L’agriculture subit un contrecoup sévère et la famine s’installe en Europe. Combinés à l’apparition de la peste, ces facteurs vont sérieusement mettre à mal l’empire Byzantin et empêchent alors l’empereur Justinien de poursuivre sa reconquête de l’Europe. Une conquête définitivement avortée.

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En 1999, l’auteur David Keys va plus loin, il fait le lien entre le déclin de plusieurs grandes cités mondiales, en Chine ou en Amérique du sud, et le changement climatique induit par le volcan. Des recherches récentes mettent en évidence l’impact du Krakatoa : en 536, les chênes irlandais ont ainsi poussé beaucoup moins vite qu’à l’accoutumé, signe d’un hiver volcanique.

Et il semble que l’exemple de 536 ne soit pas unique. Début juillet, une étude réalisée par le Desert Research Institute et publiée dans la revue Nature met en évidence les conséquences des éruptions sur le climat des 2500 dernières années. “Nous avons été surpris de voir la correspondance étroite entre la réponse du climat et les émanations sulfurées des volcans” explique le co-auteur de l’étude Joe McConnell au Smithsonian Mag. “Cela montre clairement l’impact marqué que les éruptions volcaniques ont sur notre climat et, dans certains cas, sur la santé humaine et l’économie.” Pour y arriver, ils ont étudié la concentration de particules dans les carottes glaciaires qui permettent d’évaluer de façon assez précise la date des éruptions. En comparant avec les faits historiques, les moments coïncidaient.

Ainsi, entre -500 et 1000, 15 des 16 années les plus froides étaient liées aux éruptions volcaniques, affirme l’étude. De façon moindre, il semble que l’éruption de l’Etna ait eu aussi un impact, au moins local, comme le raconte Plutarque : “Il n’avait aucun rayonnement à son lever et ne produisait qu’une chaleur faible et languissante, l’air demeurait ténébreux et lourd parce que la chaleur qui le traversait était trop faible, et les fruits à demi-mûrs, se gâtaient et pourrissaient avant d’être parvenus à terme, à cause de la fraîcheur de l’atmosphère.”

Au 10ème siècle, c’est le volcan islandais Eldgjá qui explose. Une étude de la NASA va ainsi montrer l’impact du nuage d’aérosols qui déboule en Europe du nord. L’occultation du soleil va provoquer un hiver très rigoureux en 939-940, provoquant famines et maladies. Certaines théories affirment aussi que l’entrée de l’Europe et de l’Amérique du nord dans son “petit âge glaciaire” (entre le 14ème et 19ème siècle) pourrait être la conséquence de la forte activité volcanique de l’époque et notamment du Samalas, en Indonésie qui explosa en 1257. Puis, c’est au tour du Kuwae (Vanuatu, 1453) et du Huaynaputina (Pérou, 1600) d’assombrir durablement le ciel moyenâgeux de l’Europe.

En 1783, l’Islande tremble de nouveau avec le Lakagígar : 14 milliards de m3 de lave basaltique, de l’acide fluorhydrique et du dioxyde de soufre. C’est une des plus fortes éruptions du millénaire et ses conséquences seront à la hauteur. En Islande, la famine qu’elle va provoquer va rentrer dans les livres d’histoire, tuant ¼ de la population. En Europe, un épais brouillard va s’installer et tuer les plus faibles. En France, les cultures meurent, la famine s’installe, les hivers gelés se succèdent. Quelques années plus tard, les Français viendront frapper aux grilles du roi pour réclamer de la nourriture avec les conséquences que l’on connait.

En 1815, le Tambora indonésien provoque une nouvelle année sans été où 200 000 personnes vont mourir à travers une Europe meurtrie par les guerres napoléoniennes. Comble du comble, l’éruption du Pinatubo (Philippines) en 1991 va inverser, l’espace de 3 ans, le réchauffement climatique provoqué par les hommes.

TDF

source : http://www.atlantico.fr/

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