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Un monde vers le crédit social

credit serie de Person Of Interest

Le système de crédit social chinois « système de confiance en la société est un système de notation des entreprises et citoyens chinois ou résidents mis en place par le gouvernement de la république populaire de Chine, inspiré partiellement du « Credit score » des États-Unis, en y ajoutant un système de récompenses et de pénalités pour ceux respectant ou ne respectant pas les règles édictées. Chacun d’entre eux se voit attribuer une note, échelonnée entre 350 et 950 points, dite « crédit social », fondée sur les données dont dispose le gouvernement à propos de leur statut économique et social. Le système repose sur des outils de surveillance globale et de surveillance de masse, et utilise les technologies d’analyse du big data, afin d’établir un réseau de « confiance » (守信, shǒuxìn) et de réduire les possibilités de fraudes pouvant être commises par les entreprises et les citoyens. En 2018, selon Foreign Policy, il ne s’agit pas d’un système orwellien, mais d’un système visant à pousser entreprises et citoyens à respecter leurs obligations légales (remboursement des dettes en bloquant par exemple les achats de produits de luxe ou des billets de voyage, respect de la législation sanitaire, conformité des produits, etc.). Toutefois, selon plusieurs sources, le système de crédit social est également un instrument politique, destiné à étouffer les critiques du régime et notamment prévenir de possibles dissidences politiques, jusque sur Internet, avec par exemple le système d’évaluation individuel en ligne Sesame Credit.

L’idée du « crédit social » prend forme dans les années 2000. Lin Junyue, l’un de ses théoriciens, est nommé ingénieur en chef d’une équipe de travail à la demande du gouvernement : « des entreprises américaines avaient demandé de créer des outils pour en savoir plus sur les entreprises chinoises auxquelles elles voulaient passer commande. Avec mes collègues, nous avons donc fait des voyages d’étude aux États-Unis et en Europe, et nous avons compris qu’il nous fallait construire mieux que ça : un système solide pour documenter la solvabilité des citoyens et des entreprises chinoises. Notre rapport, baptisé « Vers le système national de gestion de crédit », est sorti en mars 2000, juste avant les réunions des deux Assemblées. Le terme « crédit social » est apparu en 2002, quand un officiel a suggéré une symétrie lexicale avec « la Sécurité sociale ». En 2006, la Banque populaire de Chine adopte le principe américain du credit score.

Depuis 2020, ce système est appliqué à l´ensemble de la république populaire de Chine, mais sans un standard national.

Vers un « crédit social » en Europe ?

D’après Jean-Gabriel Ganascia, président du comité d’éthique du CNRS, interviewé par Élise Lucet en octobre 2019, il existe déjà un crédit social sur Internet où « nous sommes notés en permanence », ainsi que dans certaines institutions financières, telles que assurances et banques. Les informations transmises via les médias sociaux sur Internet sont récupérées par un certain nombre de grandes entreprises. Il évoque aussi les technologies de reconnaissance faciale par exemple testées à Nice.

L’Union européenne se dote peu à peu d’une législation ambiguë quant à l’instauration d’un crédit social, en dépit des grandes proclamations officielles. Depuis 2022, les municipalités de Rome et de Bologne en Italie mettent par exemple à l’essai des initiatives de crédit social, qui, incitatives et optionnelles, visent à récompenser les comportements jugés « vertueux » en matière de développement durable. Faut-il redouter l’instauration d’un système de crédit social tel que celui apparu en Chine? Quels furent là-bas les ressorts de la mise en place d’un tel système? Pourrons-nous longtemps encore nous prémunir d’une « notation sociale » des personnes ?

Jugeant et notant les actes des citoyens (bons ou mauvais), le système de crédit social instigué en Chine est en train de s’établir en Europe de manière aussi subtile et insidieuse que dans l’empire du Milieu. Certes, contrairement à l’actuelle version chinoise, essentiellement punitive et désormais érigée en système, le balbutiant crédit social des citoyens européens se veut incitatif. Or à ses débuts, la même approche gratifiante et facultative fut privilégiée par l’État autoritaire chinois. À bien des égards, ce crédit social renvoie aux caractéristiques de l’hégémonie culturelle telles qu’elles furent décrites par l’intellectuel marxiste Antonio Gramsci qui analysait les ressorts d’une domination exercée, non pas de manière coercitive, mais en intervenant sur la production des représentations et des habitudes quotidiennes. Il s’agissait par là de décrire les mécanismes de logiques de pouvoir ne disant par leur nom, en ce sens d’autant plus difficiles à contrer.

Alors que la Commission européenne se dote d’une proposition de règlement sur l’intelligence artificielle aménageant par un large régime d’exceptions la notation sociale des personnes, depuis l’été 2022 deux initiatives de crédit social ont vu le jour en Italie, à Rome et à Bologne. Comme en résonance avec le Meilleur des Mondes de Aldous Huxley ou à quelques épisodes de la série Black Mirror, ranger sa trottinette électrique ou trier correctement ses déchets rapporte des bons points au citoyen : en conséquence, par exemple, un fournisseur d’énergie pourrait lui octroyer un tarif préférentiel ! À la différence de la situation chinoise, ces initiatives italiennes optionnelles valorisent les actions dites «éco-responsables» mais ne les sanctionnent pas. Pourtant, progressivement, la logique du système de crédit social chinois s’immisce dans la gestion de notre quotidien.

Par définition, le soft power ne repose pas sur la contrainte mais, sur la séduction, la convivialité et le plaisir. Nous faisons « volontairement beaucoup de choses que les pouvoirs totalitaires cherchaient à imposer par la force et la violence ou la peur ». Nous nous accoutumons au fait de livrer des parts de nous-mêmes dans tous les moments de notre vie quotidienne, du fait de la valorisation sociale qu’une telle exposition induit. Le système de crédit social en Chine, à l’instar des balbutiements européens en la matière, s’avère tout à fait exemplaire, et particulièrement emblématique des risques encourus à l’ère hypermoderne, dans des sociétés au sein desquelles les demandes de normativité ou de normes de confiance se multiplient. Au regard du dévoilement croissant de la personne en ligne et de l’accoutumance à la visibilité, mieux vaut veiller à ce que l’instrumentalisation politique de cette accoutumance puisse toujours être questionnée.

Le 10 octobre 2019, « Envoyé spécial » diffuse un reportage tourné dans une Chine qui épie ses citoyens grâce à des millions de caméras de surveillance. Doit-on s’attendre à voir ce genre de dispositif arriver en France ? Voici la réponse de Jean-Gabriel Ganascia, président du comité d’éthique du CNRS, interrogé par Elise Lucet.

Sources : https://fr.wikipedia.org/ / https://qg.media/

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