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Le Monde de Hubbert

Nous commençons à être relativement bien informés des changements climatiques. Les dirigeants se rencontrent régulièrement pour parler du problème et définir des programmes que nos démocraties ont dû mal à appliquer. Même si les modifications climatiques sont indubitablement un problème sérieux, ses aspects les plus dangereux ne nous menaceront probablement pas, et tout ceci est encore très ambiguë.

Mais il existe un autre danger dont les conséquences seront bien plus destructives et qui nous touchera bien plus tôt. Un danger qui affectera chacun, riche ou pauvre, où qu’il vive dans le monde. Il demandera des avancées financières et scientifiques colossales pour en venir à bout. C’est un danger qui, très simplement, pourrait mener notre civilisation industrielle à sa fin. C’est le danger de la déplétion des énergies fossiles, dont le pétrole et le gaz sont les plus indispensables à notre monde actuel.

Ainsi la Terre du Futur doit se positionner dès aujourd’hui face à ce problème qui sera un défit dans l’histoire de l’Humanité. Les nombreuses solutions déjà apportées sur le site ne feront que s’accroître face au Pic de Hubbert.

La réalité n’est pas aussi simple que ça et malheureusement la situation est bien pire, du fait notamment que notre consommation d’énergie croît encore, ou que nos réserves sont tout simplement surestimées pour des questions géopolitiques et économiques. Le problème de la déplétion du pétrole et du gaz n’est pas de savoir quand il n’y en aura plus, mais plutôt de savoir à quel moment l’extraction de ces énergies bon marché commencera à décliner. Et, comme nous allons le voir, cela est beaucoup plus proche que nous ne le pensons.

Tout d’abord, soulignons que la prévision classique « il reste assez de pétrole pour tant d’années » est faite en supposant que la consommation reste constante. Malheureusement, c’est très loin d’être le cas. Ces dernières années, de nouveaux très gros consommateurs (la Chine et l’Inde pour l’essentiel) sont apparus sur le marché et consomment autant qu’ils le peuvent. Ceci étant dit, poursuivons.

Comme toutes les ressources finies, la production de pétrole a commencé et finira à zéro. Entre ces deux extrêmes, la production passe nécessairement par un maximum. On appelle ce maximum le Pic de Hubbert, du nom du géologue qui l’a calculé le premier. Il se produit approximativement quand la moitié du pétrole disponible a été extraite, et tout laisse à penser que ce pic est imminent.

En 1956, le géologue King Hubbert a prédit que la production de pétrole aux USA atteindrait son maximum aux alentours de 1970 avant de commencer à décroître. Évidemment, tout le monde l’a ridiculisé. Et pourtant, il avait raison et, depuis 1971, la production de brut aux USA ne cesse de baisser. Bien sûr, ce phénomène n’est pas propre à ce pays mais commun à toutes les régions productrices. Seule la date diffère. À l’heure actuelle, la plupart des pays ont atteint ou dépassé leur pic de production. Les seuls pays ne l’ayant pas encore atteint sont au Moyen-Orient.

Maintenant il est évident que, si l’on considère la production mondiale dans son ensemble, le même phénomène doit se produire.

Selon le site de L’aspo, la date la plus probable est 2011, mais selon le Professeur Kenneth Deffeyes de l’université de Princeton, ce pic a été atteint le 16 décembre 2005 ! Une synthèse des estimations peut être consultée.

À ce point de notre raisonnement, quelques remarques s’imposent :

Le gouvernement américain actuel rassemble beaucoup de membres de l’industrie pétrolière. Il est très probable que leur invasion de l’Irak ait été planifiée en prévision du « peak oil ».

Pour extraire du pétrole, du charbon ou des sables bitumineux, on a besoin d’énergie (pompes, etc), et donc de pétrole. En d’autres termes, il arrive un moment où l’extraction n’est plus rentable, et ceci quel que soit le prix du marché. S’il faut brûler un baril pour en récupérer un, on ne le fera pas, même à 10 000 $ le baril. C’est un concept que les économistes de le Terre plate ont beaucoup de mal à comprendre… De nombreuses réserves d’hydrocarbures fossiles sont donc « hors de portée » et ne seront jamais utilisées sauf, peut-être, comme source de matières premières non énergétiques.

Les conséquences

Quelles seront les conséquences ? Immenses. Une fois le pic atteint, la production ne peut que chuter, ce qui signifie une explosion des prix. Bien sûr, il restera encore du pétrole pour quelques années, mais il sera cher. Très cher. Et les prix ne feront que monter… Plus concrètement, l’explosion des prix du brut signifie, entre autre joyeusetés :

La fin de la globalisation – Plus personne n’ira faire fabriquer des T-shirts à 10 centimes la douzaine à l’autre bout du monde si le prix du pétrole atteint des sommets.

La fin de l’industrie aéronautique – Cette industrie est extrêmement sensible au prix du pétrole. Dans un premier temps elle pourra survivre en augmentant ses tarifs mais, passé un certain niveau, l’inévitable envolée du brut signera sa perte.

La fin de l’automobile de masse – Aujourd’hui, il est impossible de faire circuler le milliard de voitures en circulation sur la planète sans pétrole. De nombreuses alternatives sont parfois présentées, agrocarburants, hydrogène, électricité, etc., mais aucune solution, même diversifiée, ne permet de faire perdurer la société de l’automobile telle que nous la connaissons actuellement, d’autant plus que des pays comme la Chine ou l’Inde commencent juste à accéder à la civilisation de l’automobile et que le deuxième milliard d’automobiles en circulation sera bientôt atteint. La fin de la société de l’automobile semble donc être une des conséquences directes de la fin du pétrole.

La fin du tourisme international – Si vous voulez un jour faire le tour du monde en « touriste », il vaut peut être mieux partir maintenant. Car les voyages redevenus longs, difficiles et coûteux, ceux qui sauront troquer, échanger, proposer leur savoir-faire sur place pourront toujours se déplacer.

La fin de l’étalement urbain – D’immenses bouleversements dans notre mode de vie sont à prévoir. Certains aspects de notre mode de vie devront être révisés entièrement. Un exemple parmi d’autres est celui des grandes mégalopoles qui ont été bâties après la découverte du pétrole. Elles ont été conçues en intégrant l’automobile depuis le début et deviendront en grande partie inhabitables.

En particulier, tous les lotissements pavillonnaires situés à la périphérie des villes, non desservis par les transports en commun, seront les premières victimes de la fin du pétrole. Un crash immobilier est à prévoir et une redensification des villes semble inévitable. C’est assurément la fin du rêve d’un pavillon avec jardin et piscine pour tous.
Note optimiste : le pétrole devenu hors de prix, nous saurons concevoir des villes nouvelles avec un habitat collectif de qualité, convivial (avec de nombreux locaux collectifs) pourquoi pas des tours insonorisées, isolées aux normes HQE, avec, au pied, des jardins familiaux et de vastes espaces verts ?

La fin de la croissance – La croissance, ce n’est pas uniquement plus de biens produits, c’est également plus de matières premières et plus d’énergie consommées. Une diminution de la production globale de pétrole n’a qu’une seule issue : la décroissance, que cela nous plaise ou pas.

Un crash boursier global – La bourse dépend entièrement de la croissance et les investisseurs viennent pour gagner de l’argent, pas pour en perdre. Peu de temps après le crash, la bourse fermera, « provisoirement » bien sûr, juste le temps que le marché se rétablisse. Il ne se rétablira pas. Si l’économie n’est plus en croissance personne n’achète des actions qui vaudront moins chères demain. Dans une économie en crise qui décroit, la bourse n’intéresse plus personne et sans acheteur potentiel la bourse disparait ou au mieux elle est en sommeil.

Un crash du dollar – C’est un point presque anecdotique par rapport à la situation qui affectera toute la planète (même si cet événement pourrait bien être le premier à se manifester, voire même le déclencheur) mais il mérite d’être souligné. Pour résumer, les USA ont réussi depuis la dernière guerre mondiale à imposer le Dollar comme monnaie d’échange pour le pétrole. En conséquence, tous les pays souhaitant en importer doivent emprunter des dollars, soutenant ainsi de façon artificielle cette devise. Dans la pratique, cela signifie que les USA peuvent ainsi se permettre un déficit commercial considérable sans conséquence immédiate. En contrepartie, si ce système s’arrête, ils seront les tous premiers à en souffrir. Néanmoins ce crash ne viendra pas aussitôt le pic de Hubbert dépassé, car dans un premier temps la hausse du prix de pétrole compensera, en dollars, la baisse du volume de pétrole extrait, pour une valeur globale en hausse.

Et évidemment, un chômage explosif, des émeutes, etc, etc.
Enfin, ce n’est pas tout. La fameuse « révolution verte » a été rendue possible par le pétrole. Bien que des agronomes occidentaux et indiens soulignent que la révolution verte en Inde fut un échec total. Le pétrole sert à fabriquer les engrais et les insecticides indispensables à l’agriculture moderne et polluante. Sans lui, les rendements s’effondrent pour le grand dam des bénéfices des grandes sociétés agro alimentaires. L’agriculture moderne a un rendement énergétique quasi négatif (Hypothèse si l’on veut garder le même type d’agriculture : une grande part des terres agricoles devra être utilisée pour produire de l’agrocarburant pour… les tracteurs agricoles. ) Conclusion selon Eating Fossil Fuels : la population actuelle (Entre 6 et 7 milliards) ne pourra plus être nourrie en entier. Il est fort possible que plusieurs milliards d’humains meurent de faim dans un futur proche… Les calculs sont à faire en tenant compte de la part de terres dévolues au bétail.

Si vous voulez un aperçu de ce qui risque de nous arriver, vous n’avez qu’à regarder la situation en Corée du nord pour voir ce qui se passe quand il n’y a plus d’engrais ni d’essence pour les machines agricoles. Heureusement, tout n’est pas encore perdu puisque un peu d’aide humanitaire parvient encore à ce pays. Grâce au pétrole. Cependant le cas de l’île de Cuba ayant lui aussi perdu les aides pétrolière de l’URSS sans subir de famine permet de voir qu’un pays fertile peut s’adapter à long terme à une agriculture ne dépendant pas des produits pétroliers. Bien sûr cela passe par un changement alimentaire réduisant drastiquement la proportion de viande dans l’alimentation quotidienne.

A quand serait il donc ce pic pétrolier ?

Jean H. Laherrère est un ingénieur pétrolier et consultant, plus connu comme co-auteur d’un article remarqué dans la revue Scientific American en 1998 intitulé « The End of Cheap Oil » (« la fin du pétrole bon marché ») 1. Ancien élève de l’École polytechnique, Jean Laherrère a travaillé pendant 37 ans pour Total, la compagnie pétrolière française. Ses travaux sur les sondages de réfraction sismique ont contribué à la découverte du plus grand champ pétrolifère d’Afrique. Jean Laherrère est conseiller pour l’Oil Depletion Analysis Centre. Jean Laherrère a fait une estimation de la date prévisionnelle du pic pétrolier, à partir de l’étude des 20 000 gisements de pétrole dans le monde. Il situe le pic pétrolier vers 2015, avec une fourchette d’incertitude allant de 2010 à 2020. Jean Laherrère a préfacé le livre de Jean-Luc Wingert, La vie après le pétrole.

Discussion en cours ICI

sources : http://generationsfutures.chez-alice.fr/idx_petrole.htm / http://wikimediafoundation.org/ / Extrait et résumé de http://fr.ekopedia.org/

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