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L’informatique en 2050

Si l’on excepte les grands auteurs de science-fiction, et les grands écrivains visionnaires, comme Jules Verne dont nous célébrons cette année le 101e anniversaire de sa disparition, ou Orwell, il est frappant de constater que peu de futurologues, scientifiques, ou décideurs économiques osent se risquer à faire oeuvre de prospective à long terme, en essayant d’imaginer notre monde dans 50 ou 100 ans…

Il est vrai que la fulgurante progression de la technologie en ce début de XXIème siècle rend un tel exercice particulièrement périlleux. Mais cela n’a pas découragé Ian Pearson, responsable du service de futurologie chez British Telecom, l’opérateur téléphonique bien connu Outre-Manche. Le moins qu’on puisse dire est que les prévisions de Pearson, diplômé de mathématiques appliquées et de physique théorique, ont suscité de nombreuses réactions et n’ont laissé personne indifférent. S’appuyant sur les tendances technologiques actuelles, mais aussi sur une imagination et un « feeling » que n’auraient sans doute pas reniés Jules Verne, Wells ou Orwell, Pearson affirme qu’en 2050 l’informatique sera devenue, grâce aux nanotechnologies, si puissante et si miniaturisée qu’elle nous donnera accès à une forme d’immortalité en permettant le stockage de nos souvenirs et de notre mémoire dans des puces d’une puissance inimaginable et en outre dotée d’une certaine forme de conscience d’elles- mêmes ! (Voir article).

Dans cette vision extraordinaire de notre monde d’ici 50 ans, Pearson se dit convaincu que la matière qui fait notre environnement et notre quotidien deviendra intelligente et sensible et que cela modifiera de manière radicale notre rapport à la nature. Pearson admet que ses prophéties peuvent présenter un caractère effrayant mais il les étaye par son observation avisée de l’évolution technologique. Il souligne par exemple que la dernière PlayStation 3 de Sony est 35 fois plus puissante que les consoles de jeux de la génération précédente et possède environ 1 % de la puissance de calcul d’un cerveau humain. « Cette PlayStation fait figure de superordinateur par rapport aux machines d’il y a seulement 10 ans », souligne Pearson qui ajoute « La PlayStation 5 sera probablement aussi puissante que le cerveau humain. »

Mais Pearson sait bien que les capacités futures de nos machines ne dépendent pas seulement, et peut-être pas essentiellement, de leur puissance de calcul mais aussi de leurs aptitudes à développer une certaine émotivité et à acquérir une certaine forme de conscience d’elles-mêmes. A cet égard, il se dit persuadé qu’à partir de 2020, nos machines vont commencer à présenter de telles qualités. « Nos avions et nos voitures et toutes les machines qui nous entourent deviendront extrêmement sûres, fiables et efficaces parce qu’elles développeront un véritable instinct de conservation et une vraie sensibilité qui leur permettront un attachement affectif aux humains qui les utiliseront. « Si je suis dans un avion qui a peur, comme ses passagers, à l’idée d’avoir un accident, il fera tout, quelles que soient les circonstances, pour amener ses passagers à bon port » souligne Pearson.

Pearson pense que cette matière intelligente et « informée » sera notamment rendue possible par le recours aux puces bioélectroniques utilisant l’ADN. « Par exemple, si vous avez une puce détectrice de pollen dans votre voiture, celle-ci pourra automatiquement vous administrer au bon moment la dose d’antihistaminique dont vous avez besoin avant de sortir de votre véhicule. » En fait, Pearson est persuadé qu’à partir de 2020, ces machines sensibles et « affectives » pourront satisfaire la plupart de nos besoins et de nos désirs sans même que nous le leur demandions et parfois avant même que nous en ayons nous-mêmes conscience !

En matière de télécommunications, Pearson prévoit l’utilisation banalisée d’écrans ultrafins et souples en polymère que l’on pourra se coller directement sur la peau, comme des tatouages, et qui pourront être utilisés comme visiophone ou pour lire ses mails. Philips, le géant de l’électronique, travaille sur ce type d’écrans et devrait d’ici 2 ans commercialiser un mini-écran souple de 12 cm et seulement un millimètre d’épaisseur.

Enfin, Pearson conclut ses prévisions en affirmant que la prochaine étape dans l’évolution technologique sera les mondes virtuels, qui se concrétiseront vers 2020. « Nous passerons beaucoup de temps dans les univers virtuels en utilisant des environnements 3D de très grande qualité, que ce soit pour notre travail ou pour nos loisirs, dit le chercheur. Lorsque la technologie vous permettra à la fois d’évoluer dans un environnement en 3D plus vrai que nature et de ressentir cet environnement virtuel par connexion sensorielle directe à votre système nerveux, l’immersion virtuelle deviendra la façon normale de communiquer » dit Pearson.

Comme toutes prévisions, celles de Pearson sont controversées mais elles constituent néanmoins une passionnante source de réflexion et d’inspiration pour tous ceux qui souhaitent défricher les chemins incertains de l’avenir. Mais, comme le montre l’histoire des sciences, notre futur sera probablement encore plus étonnant et fantastique que celui imaginé par Pearson.

René Trégouët

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

source : http://www.tregouet.org/

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