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Les océans vont monter de plusieurs mêtres

Si le choc climatique tend attendu ne sera pas celui attendu, un autre évènement reste tout aussi imprévisible : l’Océan.

Et si la mer montait plus haut ? Plusieurs articles scientifiques, parus récemment et ce jour même dans la revue Science, obligent à poser cette question inquiétante. Jusqu’à présent, les océanographes jouaient le rôle des «modérés» dans les polémiques de labos sur l’avenir climatique de la planète, soumis aux émissions croissantes de gaz à effet de serre produites par l’usage massif du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Ici des images nous accompagnent avec une simulation de 5 mêtres d’eau en plus dans nos océans…

 

A l’échelle du siècle, d’ici à 2100, ils ne pronostiquaient qu’une montée de 10 à 90 centimètres, selon les différents scénarios d’émissions et modélisations climatiques sur ordinateur. Une vision optimiste, selon une équipe américaine qui estime que l’élévation du niveau marin pourrait s’approcher de celle qui a marqué le dernier interglaciaire ­ une période baptisée Eémien, il y a 130 000 ans ­ avec de 4 à 6 mètres de plus qu’aujourd’hui… même si cet avertissement reste au conditionnel.

Niveau énigmatique. Ce n’est pas l’avis de Jonathan Overpeck (université d’Arizona, Etats-Unis) et de ses collègues qui se sont lancés sur une autre piste de recherche : comparer l’Eémien au futur proche. La raison ? Il y a 130 000 ans, l’océan mondial était de 4 à 6 mètres plus haut qu’aujourd’hui. D’où venait cette eau supplémentaire, se sont-ils demandé. Après avoir retourné le problème dans tous les sens et simulé le climat de la Terre à cette époque, ils accusent une fonte importante de la calotte groenlandaise. Un phénomène provoqué, pensent-ils, par des températures d’été dans l’hémisphère Nord plus élevées qu’aujourd’hui en raison d’une insolation supérieure. Ce facteur n’intervenant pas durant l’été de l’hémisphère Sud, les températures globales n’étaient guère plus élevées qu’aujourd’hui. Ajouté à des chutes de neige moins abondantes l’hiver, c’est là qu’il faut chercher la cause de ce niveau marin énigmatique, affirment-ils.

Ce qui s’est produit il y a 130 000 ans peut-il se renouveler, et surtout à quelle vitesse ? Les scientifiques ont utilisé le même modèle informatique pour simuler le climat de la planète jusqu’en 2130, avec un scénario d’émissions de gaz à effet de serre augmentant de 1 % par an. Il conduit à un triplement des teneurs de l’atmosphère en gaz carbonique, qui ne serait évitable qu’au prix de politiques réduisant l’usage des combustibles fossiles dès les prochaines décennies. Or cette simulation débouche en 2100 sur un Groenland «plus chaud qu’il ne l’était durant l’Eémien». Si c’est le cas, le rythme actuel de montée des océans ­ de 2,8 millimètres par an depuis 1993 selon les observations des satellites, déjà pas très loin du maximum (3,5 millimètres par an) des estimations antérieures pour les mille prochaines années ­ pourrait bien s’accélérer.

Coup de chaud. Les scientifiques ne concluent pas encore à la nécessité de préparer un retrait massif de populations. Ils soulignent, prudemment, leur compréhension incomplète des réactions des calottes polaires, nord et sud, au coup de chaud provoqué par les émissions de gaz à effet de serre. Mais d’autres articles viennent alimenter leur moulin. Il y a un mois, des glaciologues mettaient en évidence une accélération des glissements vers l’océan de grands glaciers du Groenland. Dans Science de ce jour, une équipe américaine montre que les ondes sismiques engendrées par le mouvement des glaciers du Groenland ­ 182 séismes étudiés depuis 1993 ­ indiquent une brusque augmentation depuis 2002. Et une extension vers le nord de l’île des mouvements de glaciers depuis 1993. Phénomène ponctuel ou début d’une réaction nouvelle de la calotte polaire au réchauffement ? Impossible de le dire avant dix ou vingt ans d’observations. Mais une élévation plus rapide et plus forte du niveau marin que celle décrite par les actuels rapports de consensus scientifiques publiés par le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique) pourrait bien faire partie du futur planétaire.

sources : http://www.liberation.fr/ / http://www.pbs.org/

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