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Le monde sombre dans la dépression

Les dirigeants mondiaux s’efforçaient jeudi de surmonter leurs divisions pour apporter des réponses concertées à la pandémie de Covid-19, dont le bilan devait dépasser les 90.000 morts dans la journée et qui menace la planète d’un désastre économique sans précédent.

Sans mâcher ses mots, la patronne du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a prévenu: cette pandémie aura « les pires conséquences économiques depuis la Grande Dépression » de 1929.

Alors que plus de la moitié de l’humanité est placée en quarantaine, des « secteurs entiers » de l’économie sont à l’arrêt, relève l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et un demi-milliard de personnes risquent de tomber dans la pauvreté, selon l’ONG Oxfam.

« Les pauvres n’ont pas de revenus, encore moins d’économies. Mes enfants ne peuvent pas travailler, tout le monde a besoin d’aide », témoigne Maria de Fatima Santos, une habitante de la Cité de Dieu, une favela emblématique de Rio de Janeiro, au Brésil.

Les échanges commerciaux pourraient s’effondrer d’un tiers cette année, s’alarme l’OMC. Et pas moins de 1,25 milliard de travailleurs risquent d’être directement affectés, selon une estimation de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Malgré le confinement et un début de normalisation à Wuhan, ville où a débuté la pandémie fin 2019 et dont le bouclage a été levé mercredi, le coronavirus poursuit sa progression. Notamment aux Etats-Unis, où il a fait près de 2.000 morts en 24 heures, un record.

Au contraire, 2021 pourrait s’avérer « pire » que 2020 si la pandémie devait durer.

Bien que l’impact économique soit particulièrement sévère, Kristalina Georgieva a estimé qu’il n’y avait pas de dilemme à avoir entre sauver la vie des populations et sauvegarder les moyens de subsistance.

Pour elle, la priorité numéro 1 doit être de « poursuivre les mesures de confinement essentielles et de soutenir les systèmes de santé ».

Elle a en outre exhorté à continuer de protéger les personnes et les entreprises avec des mesures budgétaires et financières ciblées telles que les subventions de salaires, les reports d’impôts, l’extension de l’assurance chômage.

« Nous devons éviter que des pressions sur les liquidités ne se transforment en problème de solvabilité », ce qui laisserait « une cicatrice sur l’économie mondiale qui rendrait bien plus difficile la reprise ».

Elle a aussi comptabilisé que les pays avaient au total pris des mesures d’aide économique représentant environ 8000 milliards de dollars.

Aux États-Unis, première économie du monde, le président Donald Trump a déjà promulgué un gigantesque paquet d’aides de 2200 milliards de dollars. Pour autant, avec l’arrêt forcé de l’activité d’une multitude de petites entreprises, certains économistes s’attendent à une contraction du Produit intérieur brut allant jusqu’à 15 % au deuxième trimestre.

En France, les premières données ont fait apparaître un effondrement du PIB de 6 % au premier trimestre, soit la pire performance trimestrielle depuis 1945.

Parallèlement, les principaux instituts économiques allemands ont prévu que l’Allemagne, principale économie de la zone euro, plonge de 9,8 % au deuxième trimestre, soit le double de la contraction enregistrée au premier trimestre 2009 ayant suivi la crise financière.

Aujourd’hui, le capitalisme est confronté à son propre cauchemar de peste. Bien que le virus COVID-19 puisse tuer entre 1 % et 4 % des personnes qui l’attrapent, il est sur le point d’avoir un impact sur une économie beaucoup plus complexe que celle qui existait déjà dans les années 1930.

onsidérons les changements massifs que la pandémie a déjà entraînés :

Tout d’abord, l’arrêt partiel de la vie quotidienne dans une grande partie de la Chine, de l’Inde, de la plupart des pays européens et de nombreux états américains.
Ensuite, des dommages importants à la réputation des gouvernements et des élites politiques qui ont soit nié la gravité de la crise, soit, dans un premier temps, se sont révélés incapables de mobiliser leurs systèmes de santé pour y faire face.
Troisièmement, un effondrement immédiat des dépenses de consommation dans toutes les grandes économies, qui ne manquera pas de provoquer la récession la plus profonde de mémoire d’homme : les cours des actions se sont déjà effondrés, ce qui, à son tour, porte préjudice aux familles de la classe moyenne dont les fonds de pension doivent investir en actions. En attendant, la solvabilité des compagnies aériennes, des aéroports et des chaînes hôtelières est mise en doute.
En réaction, les États ont lancé des plans de sauvetage économique si massifs que la plupart des gens n’ont pas encore pris conscience des conséquences. Le gouvernement américain va injecter deux trillions de dollars dans l’économie – par un mélange de paiements directs aux citoyens et de prêts aux entreprises -, soit plus de la moitié de ce qu’il perçoit en impôts en un an.

Entre-temps, les banques centrales sont passées à une forme nouvelle et agressive d’assouplissement quantitatif. Tout comme après la dernière crise financière mondiale en 2008, elles créeront de l’argent frais pour racheter la dette publique – mais cette fois, cela ne sera pas progressif, ni axé sur les obligations d’état les plus sûres. Introduit comme une mesure de panique en 2008, il semble que l’assouplissement quantitatif pourrait être présent pendant des décennies.

Les politiciens s’emploient à rassurer les électeurs en leur disant qu’il s’agira d’une « récession en V » – une forte baisse suivie d’un rebond, car l’ »économie réelle« , disent-ils, est saine.

Contrairement à l’époque de la peste bubonique, les systèmes commerciaux et financiers du XXIe siècle sont complexes – ce qui, comme nous l’avons appris en 2008, signifie qu’ils sont fragiles.

Un expert américain en politique étrangère, lauréat du prix Nobel, a averti que les États-Unis devront se joindre à un programme mondial pour surmonter les dommages causés par la pandémie de coronavirus.

Henry Kissinger, 96 ans, était le conseiller à la sécurité nationale et le secrétaire d’État des présidents Richard Nixon et Gerald Ford. Pendant le reste de sa longue carrière, il a été conseiller auprès de dirigeants politiques et d’entreprises. Le vendredi 6 avril, le Wall Street Journal a publié la réponse de ce penseur politique emblématique à l’urgence sanitaire internationale. Kissinger a déclaré que « le monde ne sera plus jamais le même après le coronavirus » et que le gouvernement des États-Unis devra maintenir « la confiance du public« .

sources : https://www.sciencesetavenir.fr/ / https://www.journaldemontreal.com / http://article19.ma/

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