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Un monde qui sombre dans la peur permanente

Cri de Munch

L’année 2020 aura marqué un tournant, celle d’une peur permanente, raisonnée ou irraisonnée, cette peur justifiée ou injustifiée est bien là.

Les Français jugent sévèrement la façon dont les médias ont couvert la pandémie de Covid-19, jugée excessive et anxiogène, selon une étude réalisée par Viavoice pour les Assises du journalisme et plusieurs médias.

En septembre, environ 60% des personnes interrogées estiment que les médias ont accordé une place trop importante à l’épidémie, contre 10% d’avis contraire et 25% qui trouvent qu’elle a été «équilibrée», selon cette étude effectuée pour les Assises du journalisme de Tours en partenariat avec France Télévisions, France Médias Monde, Le Journal du Dimanche et Radio France.
Par ailleurs, les sondés, appelés à choisir jusqu’à trois qualificatifs pour évaluer le traitement global de la crise sanitaire dans les médias, ont répondu à 50% qu’elle était «anxiogène», à 45% «excessive» et à 28%
«catastrophiste».

Alimenter la peur

Les commentaires positifs sont moins fréquents: seuls 24% des répondants ont trouvé que l’information sur l’épidémie était «utile», 12% «concrète» et 9% qu’elle était «constructive, porteuse de solutions».
Lorsqu’on leur demande comment les médias se sont comportés par rapport à la peur de la pandémie, 43% estiment qu’ils l’ont alimentée et 32% qu’ils l’ont exploitée pour faire de l’audience. Seuls 13% estiment qu’ils les ont aidés à maîtriser cette peur.

Il faut mesurer l’épreuve de vérité que fut la pandémie pour l’information. Le Covid-19 a obligé les différents médias à se mobiliser de façon exceptionnelle, avec cette difficulté que cette information fut un paroxysme d’incertitude, de peur et d’expertise. Et, donc, à chaque fois l’information a été traitée sur un mode ambivalent, évolutif et parfois contradictoire. On avait rarement vu cela. Voilà en somme ce que nous dit Hervé Brusini sur la Croix.

En octobre et selon un autre sondage, dans cette lignée, ils sont 75% à estimer que les médias ont alimenté la peur du virus et ont même utilisé cette peur pour faire de l’audience ».

La peur est un outil

Mais la peur peut être un outil : La Politique de la peur est une expression qui désigne la politique d’un gouvernement qui utilise la peur collective de la population pour faire adopter des mesures réduisant les libertés individuelles.

Dès le début du xxe siècle, H. L. Mencken, journaliste, écrivain, célèbre critique de la culture américaine, considérait que « le but de la politique est de garder la population inquiète et donc en demande d’être mise en sécurité, en la menaçant d’une série ininterrompue de monstres, tous étant imaginaires »

Certaines associations de défense des droits de l’homme décrivent la politique de la peur comme utilisant un discours alarmiste afin de justifier ainsi l’adoption de mesures disproportionnées, dont le résultat serait le contrôle des populations que ces mesures étaient censées protéger. Amnesty International, dans son rapport de 2007, décrivait un « monde divisé » en conséquence de la politique de la peur menée dans la guerre contre le terrorisme.

Pour susciter la confiance en leur candidature, les hommes et femmes politiques jouent sur la peur depuis toujours : ce sont ses instruments qui se renouvellent à chaque mandat, selon les leviers les plus pertinents (la guerre, la crise économique…). En même temps, ils ne font que répondre aux revendications de sécurité émises par les citoyens, ou bien n’est-ce qu’un cercle vicieux. En effet, l’Etat est garant des droits fondamentaux de tous les êtres humains. Au final, un citoyen qui a peur est un bon électeur. Mais un citoyen ne peut prétendre réfléchir et agir avec sagesse et non-violence que s’il se débarrasse de ces peurs, du moins les maîtrise avec la prise de recul adéquate.

La peur est l’un des moteurs classiques de la politique. La peur a toujours été un levier efficace pour obtenir le pouvoir et le garder. Mais le maniement de la peur est une cupidité partagée par les gouvernants et les gouvernés, car il existe de fait une connivence tacite entre ceux qui font peur et ceux qui ont peur.

La sécurité est donc devenu un produit qui se vend bien. Côté électoral, le thème de la sécurité est aussi en pleine croissance.

Il peut être utile de se souvenir des propos du cardinal de Retz — « de toutes les passions la peur est celle qui affaiblit le plus le jugement » — tant ces mots aident à garder les pieds sur terre, et sont au b.a-ba de la non-violence.

Le Web et la peur

Tandis que le Web donne plus facilement accès aux connaissances qu’avant, les réseaux sociaux ont été conçus pour s’adresser à nos émotions. Que ce soit Facebook ou YouTube, ces plateformes mettent en valeur les contenus les plus « engageants », qui créent des réactions. Le principe est simple : plus une publication fait réagir, plus elle est partagée et plus elle est mise en valeur. Et la plupart des gens réagissent à la peur et à l’indignation.

« Depuis l’avènement d’Internet et de l’information plus libre, il y a une mise au jour de tout un tas de scandales sanitaires, industriels, de mensonges d’Etat, les écoutes de la NSA, l’omerta en Chine sur les Ouïghours…, pointe Thibaut Nguyen, directeur du département Tendances et Prospective chez Ipsos, pour expliquer le climat de méfiance. L’idée que les puissants nous mentent se conjugue à un avenir de plus en plus sombre qui génère beaucoup de peurs, et la peur demande souvent, en exutoire, de trouver des coupables ». Un grand nombre de séries à succès mettent en scène le complot. Stranger ThingsWestworld, Arès… « On découvre de saison en saison qu’une puissance tire les ficelles derrière une puissance qui tire les ficelles », observe Thibaut Nguyen. Ce qui donne un terreau favorable à l’idée que la vérité est ailleurs.

La défiance par rapport à une parole officielle (scientifique, politique, médiatique), selon Rudy Reichstadt, n’explique pas tout. « Et certainement pas que des gens se mettent à croire et prendre pour argent comptant des sources d’information qui n’en sont pas et qui sont mille fois plus vérolées que des médias classiques », déplore-t-il. D’autant que, selon lui, il est rare qu’un mensonge d’Etat ne soit pas révélé au grand jour. « On finit par le savoir grâce à des journalistes qui font leur travail, et pas grâce à des gens connectés sur Facebook », ironise-t-il.

Les théories du complot

Les théories du complot sont autant un symptôme de la défiance qu’un agent actif du creusement de cette défiance. « C’est un phénomène de crédulité : on a envie de croire », poursuit Rudy Reichstadt. Il n’est plus question d’esprit critique, bien au contraire. « Douter de tout ou tout croire, ce sont des solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir », confirmait (avec un siècle d’avance) le philosophe des sciences Henri Poincaré.

Et ça ne va pas s’arranger. Dans une société de l’information rapide, avec des techniques de manipulation de l’image de plus en plus sophistiquées, on est laissés devant la croyance. Avec l’apparition de nouvelles formes narratives comme les deepfakes, le monde passe un cran dans les capacités de trucage de l’information. Ces nouvelles formes d’infox permettent de faire dire ce que l’on veut à une personnalité, avec son exacte gestuelle et tonalité de voix, grâce à l’intelligence artificielle. Comment croire une information s’il n’est plus possible de la distinguer d’une fake news ?

Mais où est la vérité ?

A ce train-là, il va peut-être falloir accepter de faire une croix sur la vérité. « On va vers un monde qui se fragmente, prévoit Thibaut Nguyen. On est en train de se replier sur des communautés, qu’elles soient à l’échelle de la nation, transnationales ou virtuelles. Tout conduit à une multiplication des vérités, sauf si un futur autoritaire se dessinait avec une reprise en main de l’information par le pouvoir. Et en même temps, comment imaginer le maintien d’une démocratie où cohabitent des populations qui ne partagent plus le même réel ?

Adaptation Terra Projects

extraits et sources : https://www.strategies.fr/ / https://www.la-croix.com/ / https://www.francetvinfo.fr/ / https://fr.wikipedia.org / https://www.alternatives-non-violentes.org/ / https://www.20minutes.fr/

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