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Le débat sur les causes de la disparition des dinosaures n’est pas terminé

Il y a 66 millions d’années la Terre était traversée par au moins deux énormes catastrophes: une chute de météorite et des éruptions volcaniques massives. De nouveaux travaux apportent des éléments contradictoires sur la chronologie de ces tragiques événements.

Les dinosaures étaient-ils condamnés à disparaître avant même l’entrée d’un astéroïde dans l’atmosphère il y a 66 millions d’années? Deux études, l’une menée par Blair Schoene de l’Université Princeton (États-Unis) et l’autre par Courtney Sprain de l’Université de Californie, paraissent simultanément dans la revue Science et apportent un nouvel éclairage sur cette période de l’histoire de notre planète. «Le moins que l’on puisse dire c’est que les dinosaures étaient déjà au bord du précipice quand la météorite est tombée», commente Thierry Adatte chercheur à l’Institut des Sciences de la Terre de l’Université de Lausanne et co-auteur des travaux de Schoene. «Connaître la chronologie précise des événements est extrêmement important pour déterminer quels rôles ont eu les différents acteurs de cette catastrophe.»

Il y a 66 millions d’années, la Terre est donc le royaume des dinosaures. Ces reptiles géants dominent la chaîne du vivant depuis plus de 100 millions d’années, mais leur règne touche à sa fin. Si la chute d’une météorite dans la péninsule du Yucatán au Mexique (découverte en 1992) porte une grande part de responsabilité dans cette catastrophe écologique, le rôle des trapps du Deccan au sud de l’Inde a peut-être été sous-estimé (le terme trapps vient du suédois «escalier», les coulées de lave successives formant des sortes de marches). «Cet événement est connu depuis très longtemps», explique Thierry Adatte. «Mais avec Blair Schoene, nous avons réussi à obtenir une précision inédite dans les datations. Et nous pouvons affirmer que les plus grosses éruptions ont eu lieu de 30.000 à 50.000 ans avant la chute de la météorite.»

Trapps du Deccan en Inde

Depuis près de 240 millions d’années, le supercontinent unique, la Pangée, s’est disloqué et les différents morceaux se déplacent à la surface du globe. La plaque indienne s’est notamment détachée du continent africain pour rejoindre l’Asie. Il y a 66 millions d’années, elle va dériver au-dessus d’une zone de très forte activité volcanique que l’on retrouve désormais au niveau de l’île de la Réunion. La migration de l’Inde au-dessus de cette zone va provoquer de très grosses éruptions qui commencent près de 250.000 ans avant la chute de la météorite de Chixculub au Mexique. Elles dureront plusieurs centaines de milliers d’années. Une catastrophe qui dérègle profondément le climat avec une alternance de phases de refroidissement puis de réchauffements. Sous l’effet de la poussière rejetée dans l’atmosphère, la température commence par chuter. Mais les quantités astronomiques de lave rejetées ont engendré un nouveau réchauffement avec une augmentation du CO2 dans l’atmosphère. «Les espèces vivantes ont été très perturbées par ces changements ressentis sur plusieurs milliers d’années», raconte Thierry Adatte. «La biodiversité était déjà en train de chuter bien avant l’impact. Il est donc fort probable que la météorite ait frappé une Terre déjà très hostile à la vie.»

Une chronologie qui se précise
Une théorie que ne partagent pas entièrement les auteurs de la seconde publication. «Nous avons une version différente de la chronologie», explique Loÿc Vanderkluysen du département d’étude de la biodiversité, de la Terre et de l’environnement de l’Université de Drexel (Pennsylvanie, États-Unis) et coauteur des travaux de Courtney Sprain. «Selon nous, l’essentiel de la lave a coulé après l’impact. La collision météoritique pourrait d’ailleurs avoir provoqué de supertremblements de terre qui ont conduit à une augmentation des éruptions.»

Au cœur de cet imbroglio scientifique, la différence des méthodes utilisées pour dater ces éruptions. «Nous avons eu recours à une méthodologie particulièrement précise mais qui demande énormément d’échantillons» , explique Thierry Adatte. «Nous datons des cristaux présents dans des sols fossilisés entre les différentes coulées de lave. L’équipe de Courtney Sprain a utilisé une méthode plus ancienne avec une marche d’erreur plus large.» De leur côté l’équipe de Courtney Sprain note une marge d’incertitude dans les cristaux utilisés pour les datations de Blair Schoene. «Nous datons la lave elle-même», réplique Loÿc Vanderkluysen. «Alors qu’avec la méthode de l’équipe de Blair Schoene, il peut exister différentes hypothèses sur l’origine de ces cristaux.»

Deux récits chronologiques qui s’opposent pour décrire une même extinction massive. Quel que soit le schéma réel, cette disparition a pris plusieurs dizaines de milliers d’années pendant lesquelles la Terre est peu à peu devenue hostile.

Quels que soient leurs désaccords Thierry Adatte et Loÿc Vanderkluysen s’accordent sur un point: «Avant l’arrivée des hommes, la Terre a connu cinq grandes crises d’extinction. Toutes se sont produites à la suite d’une super éruption volcanique, il n’y a que pour celles des dinosaures que le scénario d’extinction inclus aussi un impact de météorite.» Paradoxalement, le plus grand danger pour la vie sur Terre semble donc venir de la Terre elle-même et non pas des astres. Quant à savoir si nos contemporains risquent de connaître le même funeste destin, le danger d’une super éruption semble pour l’heure assez éloigné. En revanche, de nombreux chercheurs n’hésitent pas à parler d’une sixième d’extinction de masse tant la biodiversité est menacée par le changement climatique actuel. Et cette fois-ci, ni l’activité volcanique ni un quelconque astéroïde ne sont à blâmer…

source : http://www.lefigaro.fr/

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