Depuis plusieurs années, une région volcanique située sous et autour de la baie de Naples inquiète de plus en plus les scientifiques.
Il s’agit des Campi Flegrei, aussi appelés les Champs Phlégréens, une immense caldeira volcanique considérée comme l’un des systèmes volcaniques les plus surveillés au monde.
Contrairement à un volcan classique possédant un cône bien visible comme l’Etna ou le Vésuve, les Campi Flegrei forment une vaste zone volcanique composée de nombreux cratères, fumerolles et fractures souterraines. Sous cette région vivent aujourd’hui plusieurs centaines de milliers d’habitants, notamment autour de Pozzuoli et dans l’agglomération de Naples.

Depuis le début des années 2000, les chercheurs observent un phénomène qui semble s’accélérer progressivement : le sol se soulève de plus en plus rapidement. Les mesures GPS extrêmement précises montrent que certaines zones ont déjà gagné plusieurs dizaines de centimètres en peu de temps, et localement plusieurs mètres sur des périodes plus longues. Ce phénomène est appelé le “bradyséisme”. Il correspond à un gonflement lent du sol provoqué par une augmentation de pression dans les profondeurs du volcan. Cette pression peut être liée à des remontées de gaz, de fluides brûlants ou parfois de magma. Les graphiques publiés récemment montrent une évolution particulièrement frappante. Pendant de nombreuses années, le soulèvement progressait relativement lentement.
Mais depuis environ 2020, la courbe s’accélère nettement. Plus le temps passe, plus la pente devient raide, ce qui signifie que le terrain monte de plus en plus vite. Les scientifiques utilisent alors des modèles mathématiques pour essayer de comprendre cette évolution. Certains de ces modèles suggèrent qu’en poursuivant cette tendance actuelle, le système volcanique pourrait approcher d’un “point critique” au cours de la prochaine décennie. Cela ne signifie pas qu’une éruption est prévue avec certitude pour une date précise. Les modèles ne sont pas des prophéties.
Ils servent surtout à identifier des comportements anormaux dans le système volcanique. Dans le cas des Campi Flegrei, ce que les chercheurs observent est une accélération qui ressemble à celle que l’on retrouve parfois avant des ruptures géologiques ou des crises volcaniques majeures. En d’autres termes, la croûte terrestre située au-dessus du volcan pourrait devenir de plus en plus fragile sous l’effet des pressions internes.
Parallèlement au soulèvement du sol, l’activité sismique augmente elle aussi fortement. Des milliers de petits séismes sont enregistrés sous la caldeira. La plupart sont faibles, mais leur nombre et leur fréquence progressent. Ces secousses correspondent aux roches qui se fissurent sous la pression. Sur certaines cartes scientifiques, les séismes dessinent littéralement des réseaux de fractures souterraines.

Les volcanologues considèrent souvent ce type d’évolution comme un signe que le système volcanique devient plus instable. Ces dernières années, plusieurs essaims sismiques ont d’ailleurs inquiété les habitants de la région de Naples. Certaines secousses ont été ressenties jusque dans les immeubles, provoquant des évacuations temporaires et une montée de l’inquiétude dans la population. Beaucoup d’habitants vivent avec la sensation que le sol “travaille” sous leurs pieds. Même si la plupart des séismes restent modérés, leur répétition constante rappelle que le volcan est loin d’être endormi.
Un autre élément surveillé de très près concerne les gaz volcaniques. Les chercheurs analysent en permanence les émissions de dioxyde de carbone, de sulfure d’hydrogène et de vapeur d’eau qui s’échappent des fumerolles des Campi Flegrei, notamment dans la zone de la Solfatara. Or, les analyses montrent également des changements importants dans la composition de ces gaz. Cela pourrait signifier que des fluides plus chauds remontent depuis les profondeurs, voire que du magma se rapproche progressivement de la surface.
Pour les volcanologues, c’est la combinaison de tous ces phénomènes qui attire l’attention : le soulèvement du sol, l’augmentation des séismes et l’évolution chimique des gaz se produisent simultanément. Pris séparément, chacun de ces phénomènes pourrait parfois avoir une explication limitée. Mais lorsqu’ils augmentent tous ensemble, cela indique généralement qu’un système volcanique entre dans une phase de réactivation importante.
Les Campi Flegrei possèdent aussi une histoire géologique impressionnante. Il y a environ 39 000 ans, cette région a connu l’une des plus puissantes éruptions d’Europe : l’éruption des Ignimbrites campaniennes. Elle aurait projeté d’immenses quantités de cendres dans l’atmosphère et profondément modifié le climat régional.
Plus récemment, en 1538, une autre éruption a donné naissance au Monte Nuovo en seulement quelques jours après une intense phase de soulèvement et de séismes. Cela montre que cette région peut changer extrêmement rapidement.
Cependant, il est important de rappeler qu’une forte agitation volcanique ne conduit pas forcément à une catastrophe imminente. Les Campi Flegrei pourraient rester dans un état instable pendant encore de nombreuses années sans produire de grande éruption. Le système peut également relâcher une partie de sa pression progressivement.
Les scientifiques restent donc prudents. À l’heure actuelle, personne ne peut dire avec certitude si une éruption aura lieu bientôt, ni quelle serait son ampleur. Ce qui inquiète surtout les experts, c’est la densité de population autour du volcan.
La région de Naples est l’une des plus peuplées d’Europe à proximité immédiate d’une zone volcanique active. Même une éruption modérée pourrait avoir des conséquences considérables sur les infrastructures, les transports, la santé publique et l’économie italienne. C’est pour cette raison que les autorités italiennes surveillent continuellement l’évolution du système et mettent régulièrement à jour les plans d’évacuation.
Aujourd’hui, les Campi Flegrei sont donc considérés comme un volcan en réactivation lente mais sérieuse. Les données scientifiques montrent que quelque chose évolue dans les profondeurs de la caldeira. Les chercheurs ne parlent pas encore d’éruption imminente, mais ils reconnaissent que le système volcanique traverse une phase d’accélération inhabituelle.
Pour beaucoup de volcanologues, les années à venir seront probablement cruciales pour comprendre si cette montée en pression va finir par se stabiliser… ou conduire à une nouvelle phase éruptive dans la région de Naples.

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