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Méchants climatosceptiques et horribles réchauffistes

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climatVoici une réflexion des plus pertinentes du Blog de Sylvain Massip.

Le réchauffement climatique, c’est comme le père Noël. Il y a ceux qui y « croient » (les horribles réchauffistes) et ceux qui n’y « croient » pas (les méchants climatosceptiques). Outre l’utilisation du verbe croire qui indique la préséance des préjugés et des opinions dans ce domaine qui devrait être tout ce qu’il y a de plus scientifique, on peut se demander ce que « croient » ou « ne croient pas » les réchauffistes et les climatosceptiques.

Il n’y a pas qu’un seul type de climatosceptique et pas qu’un seul type de réchauffiste. Être convaincu de la nécessité de combattre le réchauffement climatique implique d’être d’accord avec une chaine logique d’affirmations :


Il y a un réchauffement climatique

Ce réchauffement est lié aux gaz à effet de serre d’origine anthropique

Ce réchauffement anthropique sera néfaste

Des milliers de personnes, scientifiques, politiciens et journalistes, prennent position dans ce débat animé, voire houleux. Afin d’éviter de faire des amalgames dignes du café du commerce, je pense qu’il est capital de bien différencier toutes les nuances qui séparent un discours réchauffiste d’un autre, ou un discours climatosceptique d’un autre. Dans cette première partie, je me risque à une petite classification des pensées réchauffistes selon leur degré de catastrophisme. Dans la seconde partie, je classerai les climatosceptiques en fonction du maillon de la chaine logique du paragraphe précédent qu’ils contestent. Il est évident que l’on pourrait les classifier de mille autres façons, tout aussi valides que les miennes.

Désagrément mineur ou crise de civilisation majeure

Ceux qui sont convaincus de l’exactitude de ces trois affirmations sont tous des partisans de la lutte contre le réchauffement climatique, au moins sur le papier. Néanmoins, on peut les différencier selon ce qu’ils estiment être la gravité du problème du réchauffement climatique.

On peut considérer que ce sera relativement mineur, que cela coûtera simplement quelques points de croissance pendant quelques années, que cela tuera quelques personnes pendant les canicules, et qu’à ce titre c’est un danger écologique qui doit être combattu comme le sont l’énergie nucléaire, la pollution atmosphérique dans les villes, le bisphénol etc…

Une seconde catégorie considère que le réchauffement climatique est plus grave que cela. Il lui attribue une récession de grande ampleur, des dizaines de millions de morts, un changement global et de longue durée de nos sociétés, une guerre mondiale etc. – attention, toujours aux problèmes d’ordres de grandeur, vu de France, des dizaines de millions de mort, cela peut paraître complètement irréaliste, mais cela ne l’est pas. La faim tue 15 millions de personnes par an dans le monde. Une baisse des rendements agricoles ou une crise économique qui entrainerait une augmentation des famines de 10% pendant 15 ans causerait plus de 20 millions de mort. –

Une troisième catégorie, peu nombreuse heureusement, est encore plus catastrophiste. Ils pensent que le réchauffement climatique va faire disparaître Homo Sapiens, voire toute vie sur terre. Il me semble cependant que l’homme (et à fortiori la vie en général) dispose de (largement) suffisamment de capacité d’adaptation pour survivre à un changement climatique même extrême.

L’un des arguments favoris des climatosceptiques qui s’expriment dans la presse grand public est d’utiliser les arguments erronés catastrophistes pour discréditer des scientifiques sérieux, beaucoup plus modérés. Citons par exemple Allègre, ou d’autres, moins connus en France, qui disent à peu près la même chose ici, ou là (mes liens renvoient vers des versions commentés sur le site de Jean-Marc Jancovici). Ainsi lorsque l’on critique les réchauffistes, il convient de préciser de quels auteurs (journalistes ou scientifiques) et de quels travaux l’on parle. Autrement, on amalgame inévitablement en pensée-unique, l’opinion diverse de très nombreux scientifiques et observateurs dont le seul point commun est de dire qu’il y a un réchauffement climatique, qu’il est anthropique et qu’il risque d’être néfaste pour l’humanité.

Différents types de « climatosceptiques »

En ce qui concerne les climatosceptiques, en théorie, on imagine qu’ils devraient aussi se ranger dans une catégorie: ils doivent contester une des trois affirmations citées dans la première partie.

Certains pensent qu’il n’y a pas de réchauffement climatique. Pour cette catégorie, le principal champs de bataille est la fameuse courbe dite de la cross de hockey, publiée par Mann, Bradley et Hughes en 1998 complété par un second article en 1999.

D’autres pensent que le réchauffement climatique est réel mais qu’il n’est pas anthropique. De nombreuses autres causes possibles du réchauffement climatique ont été identifiées, telles qu’une augmentation de l’activité du soleil etc. Pour eux aussi, la courbe de Mann est un enjeu stratégique, car elle démontre que la fin du vingtième siècle connait une croissance de température sans précédent depuis 1000 ans, ce qui est un argument fort en faveur du réchauffement climatique anthropique.

La courbe en crosse de hockey (hockey stick), le centre de nombreuses controverses et un enjeu stratégique de la guerre que se livrent climatosceptiques et réchauffistes.

Source: The Third Assessment Report of The Intergovernmental Panel on Climate Change, Chapter 2, Figure 2.20 (2001)

Ainsi, cette courbe, érigée en étendard par le GIEC dans son rapport de 2001, est devenu un enjeu stratégique de la guerre sans merci que se livrent réchauffistes et climatosceptiques. Elle est au centre de multiples controverses, autant scientifiques (méthodes statistiques utilisées, ampleur de l’optimum médiéval) que sur son utilisation comme outil de communication par le GIEC. (A ce sujet, le lecteur intéressé, anglophone et ayant un peu de temps devant lui, peut se plonger dans la lecture de l’article « hockey stick controversy » de Wikipedia)

Enfin Certains pensent que le réchauffement climatique est réel, qu’il est anthropique mais qu’il n’est pas néfaste à l’humanité. Ou tout au moins pensent-ils qu’empêcher le réchauffement climatique a un coût économique (ils ont indubitablement raison), et que ce coût est supérieur au coût que représente l’adaptation au changement climatique.

Non réchauffement climatique, non anthropique et économiquement bénéfique

Bien sûr il est possible de considérer qu’il n’y a pas de réchauffement, et que s’il y en avait un, il serait (forcément) causé par l’activité solaire ou par une autre cause non-anthropique et que même s’il était anthropique, il serait (forcément) inéluctable ou trop cher à combattre et finalement pas si catastrophique que cela. Mais cela implique soit que les « climatologues » sont tous malhonnêtes, et font parti d’un grand complot mondial fomenté par les écologistes, soit que l’on a un avis subjectif initial (le réchauffement climatique n’est pas un problème) et que l’on cherche absolument tous les arguments pour justifier cette croyance. Cette approche s’écarte sensiblement de la démarche scientifique « idéale » qui consiste a observer les faits sans à priori, pour se former un avis

Climatosceptiscisme précis et ciblé, ou écran de fumée complotiste

D’ailleurs, il est intéressant de constater que globalement, ceux qui s’opposent aux mesures prises contre le réchauffement climatique dans des publications relativement sérieuses, voire dans des publications scientifiques portent en général leur accusation sur un point particulier de la chaine logique. A titre d’exemple, citons Richard Lindzen qui pense qu’il n’y a pas de réchauffement climatique. Bjorn Lomborg, avant de changer d’avis récemment, expliquait dans « solutions for the world biggest problems », dans « cool it » ou bien ici que le réchauffement climatique anthropique était un problème réel mais qu’il est possible et économiquement plus intéressant de combattre ses conséquences, lorsqu’elles adviendront, que ses causes aujourd’hui. Un article de wikipedia qui recense les scientifiques climatosceptiques et leur position exacte, fournit de nombreux autres exemples. (Cette liste d’une quarantaine de noms est à comparer à celle des contributeurs aux travaux du Giec, qui comprend 620 noms).

A l’inverse, lorsque des sceptiques dont la légitimité scientifique sur le sujet est moyenne, voire faible, s’expriment dans les médias, il est difficile de savoir quelle est exactement leur opinion. Ils se contentent en général de dresser un écran de fumée, et de lancer des accusations floues dans toutes les directions. De nombreux exemples, référencés et commentés par Jean-Marc Jancovici, peuvent être trouvés ici, là ou là.

Ainsi, pour un débat serein et intéressant sur le réchauffement climatique, il est indispensable que les positions précises de chacun soient bien précisées. Autrement, il est très difficile de ne pas tomber dans l’amalgame et l’invective.

source : http://energies.blog.lemonde.fr/

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