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Le monde au bord de la crise nucléaire

Nuclear missiles against blue sky

L’abandon des grands traités de réduction et d’élimination des armes nucléaires conclus entre la Russie et les Etats-Unis fait peser une grave menace sur le monde.

Sommes-nous en train de sombrer dans ce qu’Emmanuel Macron a appelé « l’ensauvagement du monde » ? Jamais, depuis la chute du mur de Berlin, le monde n’a été aussi proche d’une grave crise nucléaire. A plusieurs reprises pendant la confrontation Est-Ouest, des catastrophes ont été évitées de justesse, comme ce fut le cas pendant la crise des missiles de Cuba en 1962. Dans les années 1980, il y avait près de 65.000 têtes nucléaires dans le monde capables de faire sauter plusieurs fois la Terre. Un nombre qui a été réduit à moins de 9.500 grâce aux séries de traités conclus entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, puis son héritière, la Russie.

Deux pays qui détiennent aujourd’hui encore à eux seuls quelque 90 % du stock mondial d’armes nucléaires, la France, la Chine, le Royaume-Uni, Israël, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord ne comptant que pour le reste. Or c’est toute cette architecture, complexe et fragile, qui est remise en question par Vladimir Poutine et Donald Trump. « Ce n’est pas une nouvelle course aux armements qui suppose un empilement d’armes, c’est une situation plus grave, car ce sont les règles du jeu qui disparaissent », affirme François Heisbourg, conseiller spécial à la FRS (Fondation pour la recherche stratégique). Les traités, en effet, « prévoyaient des inspections extrêmement intrusives sur place et dans les lieux de production. Le risque aujourd’hui est de ne plus connaître son ennemi ».

Ainsi, en août 2019, le président Trump a confirmé sa décision de retirer les Etats-Unis du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) , une « relique de la guerre froide » qui interdisait aux Etats-Unis et à la Russie de déployer des missiles de croisière d’une portée de 500 à 5.500 kilomètres. Ce traité avait été conclu en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev pour mettre un terme à la crise dite des « euromissiles ».

Remise en cause des traités
L’autre grand traité, le New Start Strategic Arms Reduction Treaty, signé en 2010 par Barack Obama et son homologue russe d’alors, Dimitri Medvedev, et qui arrive à terme en 2021, est menacé de ne pas être renouvelé. Son objectif est de limiter à 1.550 le nombre de bombes et de têtes de missiles nucléaires dans chaque camp. Ni Donald Trump ni Vladimir Poutine n’ont exprimé jusqu’à présent leur intention d’ouvrir des négociations.

La remise en cause de ces traités ne date pas de l’arrivée de Donald Trump en janvier 2017 à la Maison-Blanche, ni d’ailleurs de l’annexion de la Crimée en 2014 par la Russie, comme le souligne Corentin Brustlein, directeur du Centre des études de sécurité de l’Ifri. « Certains symptômes étaient perceptibles bien avant », écrit-il dans l’ouvrage collectif « Ramses 2020 ». Washington s’était déjà retiré à la fin 2001 de l’accord limitant le nombre de sites où peuvent être déployés des missiles antibalistiques (ABM).

La décision, unilatérale, de Donald Trump de dénoncer l’accord international de juillet 2015 (JCPoA) conclu avec l’Iran sur son programme nucléaire par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne et l’Union européenne, est un sérieux revers pour la non-prolifération dans le monde. Depuis ce retrait, l’Iran, signataire du TNP, a recommencé à enrichir l’uranium, nécessaire au combustible d’une bombe nucléaire. Et le risque d’une prolifération au Moyen-Orient est élevé si l’Iran se dote de l’arme nucléaire.

« Il est minuit moins deux minutes »
Aujourd’hui, le monde n’est plus simplement confronté militairement au face-à-face bipolaire entre l’Amérique et feu l’Union soviétique s’équilibrant, plus ou moins, par une terreur réciproque basée sur leurs arsenaux nucléaires. La menace recouvre désormais un champ très large, avec l’entrée en force sur l’échiquier géopolitique de la Chine, qui a développé des armes nucléaires tactiques. Un bouleversement où l’Europe continue d’être absente faute de parvenir à s’exprimer comme puissance. « Il est minuit moins deux minutes » avant le Jugement dernier, titre un article publié en janvier 2019 par le « Bulletin of the Atomic Scientists ». Si l’ensemble des traités, affirme François Heisbourg, a évité une guerre nucléaire, il reste peu de temps pour reprendre la voie de véritables négociations.

extrait et source : https://www.lesechos.fr/

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