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Neiges du Kilimandjaro : le réchauffement climatique innocenté

La fonte des glaciers est devenue une représentation emblématique du réchauffement climatique. Le Kilimandjaro et les glaciers tropicaux n’échappent pas à la règle. Mais est-on sûrs que les changements climatiques actuels soient liés à la fonte des glaces d’Afrique ? Les géophysiciens Philip Mote et Georg Kaser ne sont pas de cet avis. Dans un article publié par American Scientific, et republié ce mois-ci dans son édition française (Pour La Science), ces deux spécialistes pointent du doigt un tout autre phénomène.

Le réchauffement climatique semble être le principal coupable du recul de la plupart des glaciers depuis 150 ans. Cependant, les glaciers tropicaux ont une dynamique particulière. Au sommet des montagnes d’Afrique tropicale, les températures sont négatives. Les neiges s’y accumulent au fil des années en glaciers et couches de glaces. Pour comprendre les processus gouvernant ces glaciers, il faut s’appuyer sur des bilans d’énergie et de masse. Le bilan de la masse de la glace est régi par le gain de masse, dépendant surtout des chutes de neige et des pertes de glace liées aux phénomènes de fusion et de sublimation. Or les mesures de dépôt annuel de neige effectuées depuis 2000 informent que les chutes de neige ont été moins abondantes.

Le Kilimandjaro en 1993 (en haut) et en 2002 (en bas)
Le volcan a perdu 82% de sa couverture neigeuse depuis 1912

crédit : UNESCO

Le bilan est donc défavorable et le glacier perd progressivement en masse. Une sublimation accrue, favorisée par le rayonnement solaire net, serait donc certainement impliquée dans la perte de masse des glaciers tropicaux.

Le régime glaciaire du Kilimandjaro, pour sa part, est particulier. Ce glacier est constitué d’une calotte et de plusieurs glaciers en pente. La calotte glaciaire, qui atteint jusqu’à 40 mètres d’épaisseur, est posée à 5700 mètres d’altitude au sommet du pic volcanique le plus haut, le Kibo,. Les glaciers en pente descendent le long des flancs du Kibo jusqu’à 5200 mètres d’altitude. A ces altitudes, la température atmosphérique mesurée au niveau des glaces dépasse rarement les –3°C. L’air ambiant ne peut donc pas réchauffer la glace. L’énergie entraînant la fonte de la glace proviendrait donc directement du rayonnement solaire.

La hausse des températures atmosphériques, pointée du doigt en 2000 par Lonnie Thompson et ses collègues de l’Université de l’Ohio, serait donc très minoritaire dans le cas de ce glacier africain. Cette conclusion tranche nettement avec les diverses observations réalisées sur d’autres glaciers alpins, par exemple, où le réchauffement climatique est un des facteurs-clés du recul des glaces.

Les glaciers du Kilimandjaro, vus de l’espace par les satellites Landsat 5 et Landsat 7
Crédits : Jim Williams, NASA GSFC Scientific Visualization Studio, and the Landsat 7 Science Team

sources : http://www.spectrosciences.com/

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