Dernières Infos

L’OTAN avertit d’un brusque changement climatique

L’OTAN avertit que le réchauffement global pourrait déclencher un brusque changement climatique apportant un fort refroidissement sur l’hémisphère Nord.

Ici cette étude de l’OTAN est accompagnée d’études du GIEC et une nouvelle facette de cet organisme qui démontre qu’un réchauffement en cours peut réellement déclencher un très fort refroidissement dans un système où le seuil de basculement est inconnu.

LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES : UNE MENACE A LONG TERME ?

12. L’atmosphère joue un rôle vital dans le maintien des températures terrestres à des niveaux qui permettent la vie sur terre. Ce mécanisme régulateur est ce que l’on appelle l’effet de serre, par lequel certains composants de l’atmosphère, les gaz à effet de serre, retiennent la chaleur. Les gaz à effet de serre les plus répandus sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane et l’oxyde d’azote. Ils sont le résultat de processus naturels et de beaucoup d’activités humaines, notamment la combustion des combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz ainsi que les activités agricoles telles que l’élevage du bétail et la culture du riz. L’existence de l’effet de serre est incontestable; sans lui, la Terre serait trop froide pour être habitée.

13. Au cours des dernières années, plusieurs études scientifiques ont fait état des conséquences néfastes des changements climatiques provoqués par une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, non seulement pour les divers écosystèmes terrestres, mais aussi sur l’économie, l’agriculture et les politiques sociales de plusieurs pays. Les médias rapportent souvent, à l’aide d’images ou de récits sensationnalistes, des catastrophes météorologiques attribuées automatiquement au réchauffement de la planète.

14. Bien que les bases scientifiques sur lesquelles repose la théorie des changements climatiques soient d’une extrême complexité, que l’avis des scientifiques soit coloré d’incertitudes vu l’existence de nombreux modèles de prévisions météorologiques et, enfin, que plusieurs groupes d’intérêts aux idées divergentes exercent des pressions importantes auprès des décideurs politiques afin de faire reconnaître leur point de vue dans les politiques gouvernementales de nombreux États, une chose demeure : depuis le début de la révolution industrielle, au XIXe siècle, le climat de la Terre s’est réchauffé et ce phénomène est particulièrement imputable aux activités industrielles des humains.

15. Déjà, en 1998, la Commission des sciences et des technologies de l’AP-OTAN avait étudié dans un rapport spécial cette question ainsi que les options qui s’offraient aux décideurs politiques, notamment le Protocole à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, relatif à une réduction des émissions de gaz à effet de serre (le Protocole de Kyoto), pour réduire les effets du réchauffement des températures.1

16. Or, de nouvelles données publiées au cours des dernières années sur les changements climatiques ont provoqué une prise de conscience, voire une grande inquiétude auprès des scientifiques et de nombreux gouvernements. Jusqu’à tout récemment, la plupart des études climatologiques présentaient leurs effets à long terme de façon linéaire et graduelle, s’étendant sur plusieurs décennies au gré de l’influence naturelle et humaine. Aujourd’hui, elles n’écartent plus la possibilité que, passé un certain seuil critique difficilement déterminable, le réchauffement des températures pourrait entraîner des changements climatiques brusques et irréversibles engendrés par un refroidissement des températures dans l’hémisphère Nord.

17. En 2002, la National Academy for Science définissait de la façon suivante ce phénomène qui pourrait avoir des conséquences majeures environnementales, économiques, politiques et géostratégiques pour tous les pays de la communauté de l’Atlantique Nord :

 » Les changements climatiques brutaux se réfèrent généralement à une modification importante du climat qui perdure pendant plusieurs années, avec des effets sur la température moyenne. Ils peuvent altérer les modèles climatiques qui provoquent les tempêtes, les inondations ou les sécheresses. Ils se produisent sur une superficie géographique qui peut atteindre la dimension d’un pays, voire d’un continent. Ils surviennent tellement rapidement et soudainement que les humains ou les écosystèmes peuvent difficilement s’y adapter. Lorsqu’on mentionne les changements climatiques brusques survenus par le passé, le terme  » rapidement  » signifie habituellement qu’ils s’étalent sur une période d’une décennie. « 2 (Traduction)

18. En 2001, le Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) – créé conjointement, en 1988, par l’Organisation météorologique mondiale et le Programme pour l’environnement des Nations Unies – a publié son Troisième rapport d’évaluation sur les changements climatiques.3 Ce groupe a pour mission de fournir une évaluation des connaissances relatives à tous les aspects de l’évolution du climat, et notamment de la façon dont les humains peuvent à la fois causer de tels changements et en subir les effets.4

19. Après avoir présenté divers scénarios de réchauffement climatique, le GIEC mentionnait que de nombreux pays devaient s’attendre, au cours du XXIe siècle, à une instabilité climatique accrue et une augmentation en intensité et en fréquence d’événements météorologiques comme El Nin?o dans l’océan Pacifique Sud. Ils devaient aussi envisager des changements brusques dans certains écosystèmes dont plusieurs pourraient être irréversibles.5 Enfin, le groupe d’experts précisait aussi que la communauté internationale pourrait assister à l’affaiblissement  de la circulation océanique notamment dans la région de l’Atlantique Nord.

20. En 2002, une autre étude importante réalisée par un groupe d’experts, cette fois-ci, pour le compte de la prestigieuse National Academy for Science, évoquait un scénario semblable.6 Selon d’importantes recherches paléoclimatologiques menées au cours des dernières années, le rapport concluait que le climat a parfois évolué très rapidement, de façon brusque, au cours des 100 000 dernières années et qu’un tel phénomène pourrait se reproduire prochainement dans l’hémisphère Nord.7 Encore une fois, le rapport affirmait que l’affaiblissement, voire l’interruption complète, de la circulation océanique dans la région de l’Atlantique Nord, pouvait être responsable de ces changements.

21. Une telle possibilité semble avoir inquiété les autorités gouvernementales américaines au plus haut point. En effet, au moment même où le terrorisme international était perçu comme étant la plus grande menace à la sécurité nationale des États-Unis, le Département américain de la Défense a publié, en 2004, un rapport sur les effets possibles d’un changement climatique brusque engendré par un refroidissement des températures dans l’hémisphère Nord, les conséquences politiques et économiques régionales et mondiales d’une telle situation et, finalement, ses implications pour la sécurité nationale des États-Unis.8

22. Cela dit, avant d’approfondir les changements climatiques brusques et leurs conséquences pour la communauté de l’Atlantique Nord, il est important d’expliquer brièvement les mécanismes qui peuvent les engendrer. Dans ce domaine, les recherches scientifiques tendent à démontrer que le réchauffement présentement en cours dans l’Arctique pourrait être l’un des éléments déclencheurs de ce phénomène.

Source: United States National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA)

LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES BRUSQUES : L’AFFAIBLISSEMENT DE LA CIRCULATION OCEANIQUE DANS LA REGION DE  L’ATLANTIQUE NORD

52. A première vue, le réchauffement de l’Arctique, outre certains avantages que nous avons mentionnés quant à la végétation, pourrait favoriser, à condition que les changements se produisent graduellement, le développement des communautés nordiques, dans le nord de la Russie, en Alaska et au Canada dans les domaines de l’exploration minière et pétrolière. La fonte des glaces marines pourrait également ouvrir de nouvelles voies maritimes hautement lucratives. Si cela se produit, certains pays de la communauté de l’Atlantique Nord comme le Canada, les États-Unis, la Norvège et la Finlande risquent d’être confrontés à de nouveaux défis économiques et géostratégiques. Ils s’exposeront aussi à de possibles catastrophes environnementales dans un écosystème déjà grandement fragilisé par les changements climatiques.

53. Cela dit, nous avons évoqué au début de cette étude un autre problème tout aussi inquiétant susceptible de toucher la plupart des pays de l’hémisphère Nord. Nous avons mentionné que, passé un certain seuil critique difficilement identifiable, le réchauffement global pourrait enclencher des changements climatiques brusques tel un refroidissement marqué des températures dans certaines régions du globe. Comment cela pourrait-il se produire et quel rôle joue l’Arctique dans ce phénomène?

54. L’hémisphère Nord, plus particulièrement l’est de l’Amérique du Nord, l’Islande et l’Europe, jouit d’un climat tempéré accompagné d’hivers doux. À cet égard, l’Europe est particulièrement choyée. Alors que les villes de Londres, Paris et même Moscou bénéficient d’hivers où les températures sont relativement clémentes et où il y a peu d’averses de neige, des villes situées à des latitudes comparables au Canada doivent affronter des saisons hivernales où les températures diurnes ne dépassent pas les -15oC pendant plusieurs jours et où les tempêtes de verglas et de neige se succèdent laissant plusieurs dizaines de centimètres de glace et de neige au sol entre les mois de novembre et mars.

55. Cette situation résulte de la circulation océanique planétaire qui traverse à la fois les océans Atlantique, Antarctique, Indien puis Pacifique. Ce que certains appellent le Grand convoyeur des océans transporte la chaleur provenant des zones équatoriales jusqu’aux latitudes nordiques. Sans cette circulation, les températures seraient plus élevées dans la région de l’Équateur et plus froides dans l’hémisphère Nord.

56. L’eau de surface des océans bénéficie d’un apport important de chaleur sous les tropiques lui permettant d’atteindre des températures entre 25oC et 30oC alors que dans les régions polaires, elle ne dépasse guère la température de congélation de l’eau de mer, soit -2 oC. Ainsi, il se forme une couche d’eau chaude atteignant parfois une profondeur de plusieurs dizaines de mètres qui est transportée vers le nord grâce au courant de l’Atlantique Nord, mieux connu sous le nom de Gulf Stream. Près des côtes de l’Europe, du Groenland et de l’Islande, la température de l’eau se refroidit puisque la chaleur s’évapore dans l’atmosphère. La chaleur est ensuite reprise par les vents provenant de l’Ouest et soufflée vers l’Europe. Une fois libérées de cette chaleur, les eaux de surface possèdent un taux de salinité élevé faisant en sorte qu’à mesure qu’elles se refroidissent, elles s’enfoncent profondément dans l’océan pour rejoindre les eaux plus denses et froides provenant de l’Arctique par le biais des courants du Labrador, du Danemark (Groenland) et des Îles Faeroe, situées à l’ouest de l’Islande. Elles s’écoulent ensuite vers le sud, garantissant l’apport constant d’eau chaude dans les latitudes nordiques.

57. Ce mécanisme marin illustré par l’image 4 est en perpétuel mouvement et, en conséquence, joue un rôle crucial dans la régulation du climat mondial. Son fonctionnement dépend d’un fragile équilibre entre l’eau douce et l’eau salée. Il porte le nom de  » circulation thermohaline « , thermo qui signifie  » chaleur  » et haline qui représente la  » salinité de l’eau  » et permet d’amoindrir les différences de températures entre les régions équatoriales et les zones polaires.47 À cet égard, l’Arctique joue un rôle important puisque la formation de glace marine permet de maintenir le taux de salinité des eaux de mers, garantissant la formation d’eau plus dense qui alimente la circulation thermohaline.48

58. Selon le Ocean and Climate Change Institute (OCCI) affilié au Woods Hole Oceanographic Institution du Maryland aux États-Unis, l’influence décisive du courant de l’Atlantique Nord ne doit pas être négligée puisque ce dernier permet de transporter deux fois plus de chaleur que ne le feraient les courants marins engendrés par les vents. Or, selon les relevés de données paléoclimatologiques réalisées par ce même institut, le courant de l’Atlantique Nord constitue également le plus instable des chaînons de la circulation thermohaline mondiale.49

59. Cette instabilité historique s’explique notamment par l’influence du réchauffement climatique dans l’Arctique, quoique des recherches plus approfondies soient nécessaires au cours des prochaines années pour confirmer cette théorie. Comme nous l’avons mentionné, l’augmentation des températures fait fondre la glace marine ainsi que la neige beaucoup plus rapidement, provoquant ainsi un afflux toujours plus grand d’eau douce dans l’océan Arctique qui s’écoule ensuite vers l’océan Atlantique Nord. Combinée à l’augmentation des précipitations prévue par le GIEC en 2001, l’accroissement du taux d’eau douce n’a pas seulement pour effet d’élever légèrement le niveau des mers. Il brise également le fragile équilibre entre les masses d’eau douce et celles plus salées. En d’autres mots, plus il y a d’eau douce dans l’océan Atlantique Nord, plus le taux de salinité de l’eau située à basse latitude sera élevé, ce qui fait en sorte qu’une fois franchi un certain seuil critique que les scientifiques ne peuvent pas établir à l’heure actuelle, les eaux de surface ne seront plus assez denses pour plonger dans les profondeurs de l’océan et perpétuer la circulation thermohaline. Suivant l’augmentation du niveau d’eau douce, la circulation thermohaline peut soit s’affaiblir ou complètement s’arrêter pour une période s’étalant sur plusieurs décennies, voire plus d’un siècle.50

60. Les modèles utilisés par le OCCI précisent qu’un affaiblissement marqué ou une interruption totale du courant de l’Atlantique Nord provoquerait une baisse de température dans l’hémisphère Nord de 3 à 5oC, soit au moins le tiers des refroidissements climatiques recensés au cours des périodes de glaciation majeures qu’a connues la Terre au cours des millénaires.

61. Ces modifications climatiques sont loin d’être négligeables. Selon l’OCCI, elles sont deux fois plus importantes que celles observées lors des pires hivers dans l’est de l’Amérique du Nord. Il est toutefois important de préciser qu’un refroidissement des températures dans l’hémisphère Nord n’affectera pas la planète entière. En effet, les changements survenant dans les hautes latitudes sont moins susceptibles, selon les climatologues, d’influencer le climat mondial que ceux qui se produisent à basse latitude comme ceux engendrés par El Nin?o.51

62. Les données paléoclimatologiques utilisées non seulement par le OCCI, mais également par les scientifiques de la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis et par ceux qui ont réalisé l’étude précitée pour le compte du National Academy for Science sur les changements climatiques brusques, tendent à démontrer qu’un affaiblissement important du courant de l’Atlantique Nord aurait provoqué, il y a 12 700 ans, un refroidissement à la fois brusque et marqué des températures dans l’hémisphère Nord, et ce pour une période de 1 300 ans. Ce phénomène se serait produit à la suite d’un réchauffement important des températures à la fin de la dernière grande ère glaciaire, il y a 14 500 ans. Après un réchauffement climatique rapide de plus de 10oC, les températures chutèrent brutalement, en l’espace de quelques décennies, de plus de 5oC au Groenland. Cette période plus froide accompagnée d’un climat sec est connue comme étant celle du Dryas Récent, du nom d’une fleur qui poussait en Europe à cette époque. Ce refroidissement est survenu au moment même où les afflux d’eau douce étaient très élevés dans l’océan Atlantique Nord. À l’époque, il n’était pas rare de trouver des glaciers près des côtes du Portugal. Cette période s’est brusquement terminée, il y a 11 400 ans, par une augmentation de la température, toujours au Groenland, de 10oC en une seule décennie !52

63. Un refroidissement de moindre envergure s’est produit dans l’hémisphère Nord, il y a 8 200 ans, après une période de réchauffement climatique semblable à celle que nous vivons actuellement. Cet épisode où la température au Groenland a chuté de 5oC aurait également été provoqué par un affaiblissement important du courant de l’Atlantique Nord.53 Plus récemment, des données paléoclimatologiques suggèrent que le Petit Âge glaciaire qui a durement frappé l’Europe de 1300 à 1850 aurait été causé à la fois par un affaiblissement du courant de l’Atlantique Nord, des éruptions volcaniques et une baisse momentanée de l’énergie provenant du soleil. Au cours de cette période, la température dans l’ouest de l’hémisphère Nord a baissé de 1oC, entraînant une réduction des précipitations qui a durement affecté l’agriculture et l’économie européenne. La rareté de la nourriture et d’autres ressources a également provoqué de nombreux problèmes politico-militaires, de grandes famines – notamment au pays des Vikings entre 1315 et 1319 et en Irlande où un million de personnes sont décédées – et des épidémies de pestes dévastatrices.

64. Dans son rapport publié en 2001, le GIEC affirme que, malgré le relevé de températures plus chaudes au cours du Moyen Âge, les données paléoclimatologiques démontrent que, du XIe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle, au début de la Révolution industrielle, la température de l’hémisphère Nord affichait une tendance lourde à la baisse, tendance qui s’est brutalement renversée comme le démontrent les données que nous avons déjà citées.54

65. Cela dit, le courant de l’Atlantique Nord pourrait-il de nouveau s’affaiblir au cours des prochaines décennies au point que des épisodes comme le Petit Âge glaciaire ou, pire, le Dryas Récent se reproduiraient, menaçant ainsi la stabilité économique, politique et géostratégique de l’hémisphère Nord, notamment en Europe ? Au cours des dernières années, le magazine Nature a publié une série d’études scientifiques fondées sur des observations récentes et des données paléoclimatologiques qui confirment un certain affaiblissement du courant au cours des 40 dernières années, plus particulièrement depuis le début des années 90.55 En résumé, elles affirment que le taux de salinité de l’eau dans l’Atlantique Nord, surtout celle qui provient des courants profonds du Labrador, du Danemark et des Îles Faeroe, a légèrement diminué alors que plus au sud, près de l’Équateur, il a légèrement augmenté, attaquant ainsi l’équilibre sur lequel repose la circulation thermohaline dans cette région. D’ailleurs, plusieurs de ces études, tout comme celle réalisée pour le Conseil de l’Arctique, constatent que la partie ouest de l’Atlantique Nord s’est refroidie au cours des dernières années alors que l’Arctique s’est grandement réchauffé.

66. Le 16 juin 2005, le magazine Science a publié une étude inédite financée par le Woods Hole Oceanographic Institution et le Norwegian Research Council qui confirmait les constats susmentionnés.56 Pour la première fois dans l’histoire scientifique, des experts ont évalué qu’une quantité d’eau douce supplémentaire de 19 000 kilomètres cubes (km3) s’était écoulée de l’Arctique vers l’Atlantique Nord, entre 1960 et 1995, par le biais des courants profonds situés à la fois à l’ouest et à l’est du Groenland. Habituellement, 5 000 km3 d’eau douce s’écoulent annuellement dans ces profondeurs marines. L’étude précise que près de la moitié de ce débit supplémentaire s’est ajout , 3;e, à la fin des années 60, à celui normalement enregistré faisant ainsi augmenter ce dernier de plus de 40 %, soit à 7 000 km3.57 Malgré l’existence de plusieurs incertitudes scientifiques qui devront être éliminées au cours de recherches subséquentes, les auteurs de cette étude affirment tout de même que ce processus inquiétant devrait se poursuivre. Ils précisent également que, au-delà d’un seuil critique difficilement identifiable qui pourrait être franchi au cours du XXIe siècle, la circulation océanique dans l’Atlantique Nord pourrait être perturbée d’ici 2200.

67. Les auteurs de toutes ces études ne disposent pas de données suffisantes pour confirmer s’il s’agit d’un phénomène momentané ou d’une tendance lourde, annonciatrice de changements climatiques importants à long terme pour l’Europe et l’Amérique du Nord, semblables à ceux survenus dans le passé. Ils s’entendent toutefois pour dire qu’il s’agit peut-être là des conséquences du réchauffement global des températures, de la fonte de la glace marine et de la neige et, enfin, de la hausse des précipitations dans l’Arctique.

68. En 2001, le GIEC mentionnait dans son rapport que les modèles de simulation de réchauffement climatique pour le XXIe siècle laissent entrevoir un affaiblissement du courant de l’Atlantique Nord. Toutefois, au-delà de 2100, ces modèles prévoient que ce même courant pourrait s’interrompre complètement, de façon irréversible, si le réchauffement se poursuit à un rythme accéléré tout au long du XXIe siècle.58

69. Les auteurs de l’étude réalisée pour le compte du Département américain de la défense sur les conséquences d’une interruption de la circulation thermohaline dans l’Atlantique Nord ont fondé leur scénario sur l’épisode du refroidissement survenu il y 8 200 ans. Ils ont simulé un affaiblissement marqué de cette dernière entre 2010 et 2020. Selon leur scénario, une telle situation entraînerait une chute des températures dans l’hémisphère Nord de près de 5oC, une diminution des précipitations de 30 % et une augmentation de la force des vents de 15 % au cours de cette décennie.

70. Les auteurs affirment d’emblée que leur scénario ne repose sur aucune étude scientifique spécifique qui prévoit sa concrétisation d’ici les 15 prochaines années et que, dans le cas contraire, il se produirait plutôt sur plusieurs décennies ou siècles. Or, leur étude a le mérite de simuler les effets sur l’homme, l’économie, la politique et la géostratégie qu’un tel refroidissement, et plus particulièrement la baisse des précipitations aurait sur la communauté de l’Atlantique Nord.

71. Certains diront que cet événement ne se concrétisera peut-être jamais ou que les nombreuses incertitudes entourant les résultats d’études paléoclimatologiques et scientifiques citées dans ce rapport doivent inciter les décideurs politiques à la plus grande prudence et à concentrer leur efforts sur les mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Nous estimons avoir agi avec discernement et honnêteté intellectuelle afin de décrire de façon rigoureuse un phénomène ne constituant, pour l’instant, qu’une simple menace théorique. Les données présentées dans ce rapport démontrent toutefois qu’il risque peut-être de se produire de nouveau et que ses répercussions pourraient être plus graves que dans le passé vu le degré d’avancement économique et technologique des sociétés vivant dans l’hémisphère Nord. Comme le rappelait Richard B Alley, responsable du comité de recherche qui a piloté les travaux de la National Academy for Science dans ce domaine :  » Les modèles utilisés pour prévoir les changements climatiques futurs et leurs effets ne sont pas toujours efficaces pour simuler l’envergure, la vitesse et l’ampleur des changements antérieurs, provoquant ainsi les nombreuses incertitudes inhérente aux projections sur cette question. Ainsi, il est donc probable que des surprises climatiques soient au rendez-vous. « 59 (Traduction) Il ne s’agit pas d’être alarmiste mais bien de mieux prévenir des situations chaotiques provoquées par des changements climatiques brusques importants auxquelles la race humain n’a jamais été confrontée.

source : extrait de L’OTAN

(5807)