Dernières Infos

Vers un monde multipolaire

Pixabay License

Alors que le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, a comparé l’Europe à un jardin et le reste du monde à une jungle qui pourrait envahir le jardin si l’Europe ne maintient pas un dialogue avec elle. Confiants, les Occidentaux attendaient une hausse de la production de pétrole de l’OPEP. Ils ont été gratifiés d’une baisse et il est donc peu probable de voir les cours baisser significativement. Leur oscillation entre les 120 dollars le baril constatés au mois de juin les 75 de septembre, devrait, sauf imprévu, se poursuivre. La baisse de la production est en effet compensée par les craintes de ralentissement économique mondial. De la guerre en Ukraine aux masochistes sanctions occidentales en passant par l’absurde politique sanitaire chinoise, les occasions ne manquent pas pour précipiter le monde dans la récession.

La décision de l’OPEP a ulcéré les Américains, Joe Biden en tête. Dans sa relation avec l’Arabie Saoudite, ce dernier aura multiplié les virages. Après avoir tonitrué qu’il ferait du royaume wahhabite « un paria » pour le punir de l’assassinat du journaliste d’opposition Kashoggi, il s’y est finalement rendu l’été dernier. Tout sourire, comme il sait si bien le faire, il a plaidé pour une hausse significative de la production de l’OPEP. Mohamed ben Salmane (MBS) n’a rien refusé, rien concédé non plus. L’argument maintes fois utilisé (« il ne faut pas financer la guerre de Poutine ») ne pouvait que laisser froid celui qui ne se sent pas concerné par la guerre en Ukraine, conflit purement européen estime-t-il, comme d’ailleurs bien d’autres dirigeants. De plus, les leçons de morale permanentes de l’Occident, et à géométrie variable, exaspèrent le royaume.

Et puis le couperet est tombé : l’OPEP+ (comprenant la Russie) a acté une baisse de production de 2 millions de barils/jours. Le contraire de ce qu’attendait Biden et ses vassaux occidentaux. Cerise sur le gâteau : il semble bien que l’Arabie Saoudite ait pesé de tout son poids (et il est fort important) pour qu’une telle décision soit prise.

Elle est lourde de sens. L’Europe, obsédée par sa croisade anti-russe, n’a pas anticipé les conséquences énergétiques des sanctions prises contre son principal fournisseur. L’Amérique avait promis son aide diplomatique, et voilà qu’elle est inopérante. Car qu’on ne s’y trompe pas : si les Américains sont ravis de vendre leur coûteux GNL (Gaz Naturel Liquéfié) à l’Europe, ils ne peuvent quantitativement compenser le gaz et le pétrole russes.

Tout cela en dit long sur la nouvelle donne géopolitique en cours. L’Occident, à force de parler sans cesse de l’isolement russe, ferait bien de changer de prisme. Vu d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine, le climat est bien différent. L’alliance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud) se porte bien et l’on dit que l’Algérie et l’Iran frappent à sa porte. L’Iran qui a justement intégré l’OCS (Organisation de coopération de Shangaï) dont le sommet de Samarcande (Ouzbékistan) fut une réussite où l’on a célébré la naissance d’un monde multipolaire qui tentera de mettre fin au monde unipolaire tenu par l’empire américain et accepté par ses vassaux européens.

En Afrique

Les BRICS sont un élément important pour l’émergence d’un nouveau monde multipolaire, a déclaré le responsable sud-africain Zolani Mkiva.
L’Afrique, déjà représentée au sein des BRICS par Prétoria, devrait être appelée à jouer un plus grand rôle dans cette institution, a affirmé à Sputnik Zolani Mkiva, délégué au Conseil national des Provinces d’Afrique du Sud.

Les BRICS représentent déjà une part considérable de la population mondiale mais l’addition de pays africains, voire de l’Afrique entière dans ses rangs, lui donnerait encore plus de poids, affirme le responsable.

« Pour moi, les BRICS doivent être étendus à tout le continent africain. Si l’Afrique, la Russie, l’Inde, la Chine et le Brésil se rejoignent, nous réussirons. Une fois que nous aurons des instruments de gouvernance, des instruments de financement, comme la Banque de développement des BRICS […] alors nous ferons des merveilles. Les BRICS ont un avenir. Cela doit continuer », explique ainsi Zolani Mkiva à Sputnik.

Les BRICS pourraient, en outre, être un outil important pour construire un monde multipolaire, concept que le président russe Vladimir Poutine a notamment appelé à approfondir. L’émergence d’un monde multipolaire permettrait en particulier de secouer le joug du dollar et de réformer le système financier international, affirme Zolani Mkiva.

« Le système multipolaire nous aidera à commencer à penser librement, à sortir des sentiers battus et à proposer des modes de transaction créatifs qui aideront les gens ordinaires. Car au bout du compte, le système financier international unique, qui a longtemps reposé sur le dollar, a créé une grande pauvreté dans le monde », explique ainsi le responsable sud-africain.

La Chine voit d’un bon œil les ambitions de l’Algérie d’adhérer à la famille des BRICS, le groupe des nations émergents regroupant le Brésil, la Chine, l’Afrique du Sud, la Russie, l’Inde.

En Amérique Latine

Alors que l’élection présidentielle brésilienne va bientôt connaître son dénouement, il est utile, pour en comprendre la portée internationale, d’analyser la relation toujours plus étroite que Brasilia entretient avec Pékin.

Depuis 2009, la Chine est, devant les États-Unis, le premier partenaire commercial du Brésil, tandis que ce dernier est le premier partenaire de la Chine en Amérique latine.

Les rapports entre les deux géants, tous deux membres du groupe des BRICS (avec l’Inde, la Russie et l’Afrique du Sud), illustrent parfaitement l’asymétrie des liens entre, d’une part, une Chine à la puissance économique sans cesse croissante depuis trois décennies et, d’autre part, les pays et les sociétés non occidentales, où la RPC investit largement.

Pékin développe sa stratégie latino-américaine dans un triple objectif : diversifier ses sources d’approvisionnement en ressources naturelles et agricoles ; incarner un leadership non occidental en matière de développement ; et étouffer Taïwan.

En 2008, la Chine publie son Livre Blanc des relations avec l’Amérique latine et les Caraïbes. Le Brésil, plus grand pays d’Amérique latine, et dont les dimensions démographique et géographique peuvent laisser penser qu’il a les moyens d’entretenir une « relation équilibrée » avec la Chine, sera au cœur des ambitions de Pékin dans la région.

Les banques chinoises (China Development Bank, Bank of China, EximBank, ICBC) octroient des prêts colossaux (plus de 30 milliards de dollars comptabilisés en 2020) au secteur pétrolier brésilien (compagnie Petrobras) suite à la découverte de gisements offshore. Très vite, les opérateurs chinois vont s’associer à Petrobras dans l’exploration et l’exploitation, ainsi que dans le soutien à la livraison d’infrastructures pétrolières.

L’Amérique latine, ou plus précisément l’Amérique du Sud, n’est plus le pré carré de Washington. La plupart des pays du Cône Sud, qui s’étend de la Colombie à l’Argentine, priorisent aujourd’hui leurs liens commerciaux avec la Chine. De leur côté, les États-Unis n’ont pas dit leur dernier mot, notamment en Amérique centrale et surtout au Mexique, pays qui concentre 70% du commerce latin de Washington.

Si l’Argentine est loin de détenir l’exclusivité de l’intérêt chinois dans la région, elle fait partie des pays qui ont le plus intensifié leur liens lors de ces derniers mois. Au menu de ce rapprochement sino-argentin: la promesse d’une adhésion au groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), avec une candidature d’ores et déjà validée par le géant asiatique. De cette manière, Buenos Aires scelle le renforcement de ses liens avec Pékin, devenu cette année le premier partenaire commercial, devant le voisin brésilien.

«Ce projet argentin d’intégration aux BRICS revient à confirmer en acte la position du président Fernández, enclin à un rapprochement avec la Chine, résume Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

En Asie

Alors que l’Occident continue de jouer la carte d’une opposition éculée entre démocratie et autocratie, les pays du Moyen-Orient se réjouissent de la perspective d’une nouvelle ère propice à des alternatives.

Aujourd’hui, alors que les États-Unis n’ont jamais été aussi faibles à l’étranger et polarisés à l’échelle nationale, leurs ambitions – que les échecs en série ne découragent pas – n’ont jamais été aussi grandes. Ils cherchent à contenir à la fois la Russie et la Chine.

L’Amérique, le dernier empire idéologique, tente aujourd’hui l’impossible : contenir deux grands pays en même temps. Ce n’est pas la première fois qu’elle essaie cela. Les États-Unis ont essayé de contenir à la fois l’Iran et l’Irak pendant trois décennies, et dans les deux cas, cela s’est mal terminé. L’Iran n’a pas été contenu, tandis que si le régime irakien a été changé, le pays lui-même a été perdu.

En juillet dernier à l’occasion d’un entretien avec la presse, le président Abdelmadjid Tebboune avait déclaré pour la première fois que son pays envisage intégrer le BRICS parce qu’ils constituent une puissance économique et politique. « L’adhésion à ce groupe mettrait l’Algérie, pays pionnier du non-alignement, à l’abri des tiraillements entre les deux pôles » avait lancé le chef de l’Etat algérien.

Riyad réfléchit à l’idée d’accepter le yuan au lieu du dollar pour les ventes de pétrole, tandis que le président chinois Xi Jinping devrait bientôt se rendre en Arabie saoudite. La comparaison entre les politesses envers Xi Jinping et celles récemment accordées à Biden sera révélatrice : dans le monde arabe, la forme se rapporte toujours au fond.

La guerre en Ukraine et les tensions croissantes autour de Taïwan sont les points de mire de ce nouvel effort, qui s’accompagne de graves répercussions : crises énergétiques et alimentaires mondiales causées par les sanctions contre la Russie, perturbations de la chaîne d’approvisionnement, tensions commerciales et course technologique, le tout accompagné d’une récession et d’une stagflation imminentes.

Moscou comme Pékin sont accusés de rompre l’ordre mondial fondé sur des règles. Mais les preuves ne sont pas convaincantes.

Cette confrontation pourrait encore déclencher un réalignement mondial – vers un système dans l’idéal véritablement multipolaire, mais plus probablement tripolaire. Le premier pôle est le bloc démocratique occidental dirigé par les États-Unis, incarné par la triade G7-OTAN-UE – une nouvelle sainte alliance.

Le deuxième est le bloc eurasien dirigé par la Chine et la Russie, auxquelles se joignent l’Iran et certaines républiques d’Asie centrale. Le troisième bloc sera constitué des États souhaitant garder leurs distances avec les deux blocs – le reste du monde, désormais appelé le Sud. Il restera sur la touche pendant que la démocratie cherchera à l’emporter face à l’autocratie dans une guerre froide 2.0.

Un haut diplomate britannique m’a dit un jour : « Être ami avec les États-Unis, c’est beaucoup plus difficile que d’être leur ennemi. » Ainsi, deux blocs économiques et commerciaux concurrents pourraient émerger : New York, Londres et le dollar américain pourraient ne plus être les centres névralgiques et outils exclusifs du système financier mondial.

La Chine et la Russie travaillent sur des alternatives au dollar américain, au système de paiement mondial SWIFT et aux bourses de New York et de Londres. Les entreprises d’État chinoises se retirent des bourses américaines, tandis que Pékin revoit à la baisse les titres obligataires du Trésor américain qu’elle détient.

Malgré les efforts déployés par l’Occident pour structurer le système international selon une logique rigide du « nous contre eux », la réalité émergente est bien plus complexe. Les pays du Moyen-Orient, y compris les alliés traditionnels des États-Unis, se réjouissent de la perspective d’un tout nouvel ordre mondial où de nombreuses nouvelles options pourraient être à leur disposition. Depuis que la guerre en Ukraine a été déclenchée : «l’Occident est en train de s’effondrer», lance Vladimir Poutine. Et si c’était vrai ?

sources : https://actucameroun.com/ / https://www.lesalonbeige.fr/ / https://www.maliweb.net/ / https://theconversation.com/ / https://www.afrique-sur7.ci/ / https://www.slate.fr/ / https://www.middleeasteye.net/ / https://www.leparisien.fr/

(253)

Laissez un message

%d blogueurs aiment cette page :