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Les médicaments de la mer

«La mer est une immense chimiothèque. » La formule est de Gilles Barnathan, un enseignant chercheur de l’Isomer (Institut des substances et organismes de la mer). Elle résume bien l’énorme potentiel des fonds sous-marins comme pourvoyeurs des médicaments de demain. Pour l’instant, la « pharmacie océanique » est quasi vide : les médicaments préparés avec des modèles issus de la mer se comptent sur les doigts des deux mains. Un maigre résultat qui s’explique par la nouveauté des recherches et les tâtonnements qui en résultent. La quasi-absence de médication traditionnelle a contraint à pêcher à l’aveuglette des dizaines de milliers d’organismes dans l’espoir de trouver des molécules rares et actives…

Aujourd’hui, la recherche est beaucoup plus sélective : « Pour choisir, il suffit d’observer in situ ces organismes marins,dit Jean-Michel Kornprobst, professeur à l’Isomer… et plongeur passionné. Nous ciblons par exemple les animaux fixés, comme les coraux, les éponges ou les ascidies. Leur immobilité les oblige à se protéger des prédateurs en utilisant de véritables armes chimiques. Ceux qui font le vide autour d’eux sont a priori bien dotés. »

Molécule anticancer

Mais l’analyse va plus loin : « Quand nous découvrons des végétaux ou animaux propres, c’est-à-dire vierges de petits organismes divers, cela signifie qu’ils sécrètent des substances antibactériennes ou antibiotiques. »

Jean-Michel Kornprobst se montre optimiste : une quinzaine de molécules sont en phase préclinique ou essais cliniques. Parmi elles, la squalamine, qui provient du requin, animal jamais atteint de cancer. « Cette molécule freine fortement la croissance des vaisseaux sanguins des cellules cancéreuses, provoquant l’asphyxie de celles-ci. Elle est très active sur plusieurs types de cancers touchant le cerveau, le sein, la prostate, les ovaires ou le côlon. »

Autre produit aux portes de l’autorisation de mise sur le marché, le KRN 7000, issu d’une éponge japonaise : « Sur la souris, elle s’est révélée fortement antitumorale, pour le cancer du côlon notamment. Ou le GST 21, seule molécule d’origine marine testée contre la maladie d’Alzheimer, et qui provient d’un ver, le némerte. »

La possible homologation de ces molécules représente un enjeu économique considérable. C’est pourquoi les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, l’Espagne renforcent leurs investissements dans la recherche sous-marine. Avec des zones maritimes métropolitaines ou outre-mer exceptionnelles, la France a sa carte à jouer en s’appuyant sur l’Isomer. Surtout si l’expérience des équipes de Jean-Michel Kornprobst et de Gilles Barnathan se voit prochainement reconnue, avec la création d’une unité CNRS.

source : http://www.lepoint.fr/

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