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Forte canicule en Inde et au Pakistan

Près de décharge de Bhalswa où un incendie c'est déclaré, au nord de New Dehli, le 27 avril. (Manish Swarup/AP)

Pour Fabio D’Andrea, chercheur au CNRS, les deux pays sont de plus en plus confrontés à des canicules pendant lesquelles les températures atteignent des niveaux qui, il y a quinze ans, étaient très rares sur Terre. Près de 50°C étaient attendus en Inde et au Pakistan à la fin d’une semaine caniculaire. Dans ces deux pays, une chaleur anormale domine depuis plusieurs semaines. Alors que les scientifiques prévoient un doublement du nombre de vagues de chaleur d’ici 2050, Fabio D’Andrea, chercheur au CNRS au laboratoire de météorologie dynamique de l’Ecole normale supérieure à Paris, rappelle que la fréquence des canicules a déjà augmenté partout dans le monde. Ce nouvel épisode en est l’illustration.

La période chaude de cette partie du monde, le sous-continent indien, se déroule de mars à début juin, jusqu’à l’arrivée de la mousson. C’est donc l’été là-bas. Mais l’épisode actuel est particulièrement chaud. En général, à cette époque, les températures moyennes en Inde et au Pakistan tournent autour de 40°C. Quand on a 5 ou 6 degrés de plus, comme ce moment on parle de vague de chaleur. Sauf que pendant l’été, il y a d’habitude un peu d’instabilité qui produit des orages, des petites pluies, ce qui rafraîchit. Or actuellement des pressions très fortes empêchent cela.

températures à 1500m – crédit ECMWF

Le phénomène se répète-t-il plus qu’avant ?

Oui. Les vagues de chaleur sont devenues plus fréquentes partout, y compris là-bas. L’an dernier, comme en 2015 et en 2019, il y a eu des vagues de chaleur horribles en Inde et au Pakistan. Au sud-ouest de Delhi, au Rajasthan, on a dépassé les 50°C. Là, on attend un peu le même niveau en termes de températures.

Pourquoi est-ce préoccupant ?

D’abord, ce sont des endroits où la densité de la population est énorme. Une vague de chaleur a des impacts sur la santé, la disponibilité en eau et en énergie. L’an dernier il y a eu un manque d’eau à Delhi, des gens luttaient pour avoir accès à cette ressource, il y a eu des désordres sociaux. Il y a aussi eu des pics de consommation d’énergie à cause de la climatisation. Et à chaque fois, la canicule fait un grand nombre de morts. Les corps et les infrastructures se sont adaptés à la climatologie locale qui est déjà très chaude d’habitude. Mais quand le thermomètre grimpe davantage, on commence à atteindre des températures terribles. Maintenant, avec le changement climatique, on peut arriver à des températures qui, il y a quinze ans, étaient très rares sur Terre.

credit Meteo-villes.com

La canicule entraine une pénurie d’électricité, « l’une des combinaisons les plus mortelles »

Des stocks de charbon en forte diminution
Mardi 26 avril, l’Inde a enregistré son record de consommation électrique à l’échelle nationale, selon le media Energyworld, dépassant un précédent pic enregistré en juillet de l’année dernière. En avril, dans le pays, la demande énergétique a même augmenté de 12%, provoquant une forte diminution des réserves de charbon, la principale source énergétique de ce pays d’1,4 milliard d’habitants. Dans la mégalopole indienne de New Delhi, où la température a atteint 43,5 °C ce vendredi, les autorités estiment qu’il reste « moins d’un jour de charbon » en stock dans de nombreuses centrales électriques.

Un rationnement a commencé à être mis en place dans certaines régions. Dans l’État du Rajasthan, où les températures dépassent les 40 °C, les autorités ont programmé des coupures d’électricité dans les usines pour faire face à la forte demande énergétique. Au Gujarat, autre État de l’ouest du pays, l’activité industrielle a également été réduite alors que la demande en climatisation augmente fortement. Ces délestages pourraient cependant ne pas suffire et menaceraient notamment le système hospitalier de la capitale.

Au Pakistan aussi, plusieurs villes ont subi jusqu’à huit heures de coupure de courant par jour la semaine dernière, tandis que des zones rurales enregistraient des délestages la moitié de la journée. Et la situation ne risque pas de s’améliorer. Les températures devraient dépasser de 8°C la normale saisonnière dans certaines parties du pays, pour culminer à 48 degrés dans certaines zones du Sind rural, mercredi, selon la Société météorologique pakistanaise.

« Toute la chaine est mise sous pression du fait de la chaleur », explique l’ingénieur Thibault Laconde, spécialiste de l’impact climatique et des questions énergétiques. « Les périodes de fortes chaleurs sont toujours des périodes de tensions sur l’alimentation en électricité. D’une part parce que ça fait augmenter la consommation. D’autre part, la chaleur met sous tension l’ensemble de la chaine de production et d’acheminement d’électricité »

Or, selon cet expert, ce phénomène est particulièrement dangereux. « Vous avez à la fois des températures qui commencent à approcher les limites physiques de l’être humain. Et en même temps, une coupure d’électricité qui fait que vous n’avez pas de ventilation, pas de frigo, le traitement de l’eau qui peut aussi être mis en défaut », alerte-t-il, listant les conséquences d’une telle situation.

« Ça fait une combinaison vraiment dangereuse », résume Thibault Laconde, qui assure que de telles situations pourraient advenir aussi dans d’autres pays qu’en Asie du Sud. Lors de la canicule sur la côte ouest américaine, en juin dernier, de telles situations locales de pénurie s’étaient déjà produites. « La conjoncture de vagues de chaleurs extrêmes et de coupures d’alimentation en électricité est une des combinaisons les plus mortelles qu’est en train de nous préparer le changement climatique », présage l’expert.

sources : https://www.liberation.fr / https://www.tf1info.fr/

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