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En 1609, on pensait déjà vivre un changement climatique

Combien de temps les événements climatiques extrêmes survivent dans la mémoire collective ? Selon l’historien du climat Emmanuel Garnier, des calculs opérés à partir de la base de données méridionales montrent que l’espérance de vie moyenne d’un événement anormal, entre 1500 et 1900, est de l’ordre de deux à cinq ans, tandis que les phénomènes plus catastrophiques comme les inondations ou les sécheresses majeures survivent généralement dans les mémoires une trentaine d’années.

En matière d’événements climatiques la mémoire des hommes est relative et courte
Qui se souvient que les hivers 2005-06 et 2008-2009 [6] furent les plus froids en France depuis 1970 ? Ou bien que février 1986 fut le mois de février le plus froid (sur la moitié nord du pays) après celui de 1956, que du 10 au 22 janvier 1987 à Paris la température n’est pas montée au-dessus de -10 °C à Paris. Nous savons grâce aux historiens du climat que les événements qui focalisent tant l’attention de nos contemporains étaient aussi fréquents et aussi intenses à l’époque où les activités humaines n’émettaient pas de gaz à effet de serre. Qu’il s’agisse de tempêtes de canicules ou d’inondations, les archives regorgent d’événements extrêmes :

Tempêtes : « Pendant quatre jours et quatre nuits, dans un tumulte sans repos la tempête avait soufflé de façon si intense que nous ne pouvions appréhender dans nos imaginations la possibilité de plus de violence… les eaux telles des rivières inondaient l’air… les vents et la mer étaient aussi déments que la fureur et la rage».

C’est le récit donné par le vice-gouverneur de la Virginie de l’époque, William Strachey, du grand ouragan de 1609 qui a inspiré» La Tempête» à William Shakespeare.

Le grand Ouragan de 1780 qui s’est abattu sur les îles des Caraïbes, tuant plus de 20 000 personnes est connu comme l’une des tempêtes les plus mortelles jamais enregistrées ; seul l’ouragan Mitch en 1998 qui a fait plus de 11 000 morts en Amérique centrale, s’est approché du grand ouragan de 1780 en termes de vies perdues. La tempête de 1703 popularisée par Daniel Defoe sous l’appellation «The great Storm» se déchaîna dans le sud de l’Angleterre à la fin du mois de novembre ; les témoignages permettent d’avancer des vitesses de vent de plus de 180 km/h, soit plus de 12 sur l’échelle de Beaufort. L’ouragan de 1739, signalé en Ecosse le 13 janvier atteignit la Normandie le 14 janvier et l’est de la France le 16 janvier, soit une vitesse de propagation analogue à l’ouragan Lothar de décembre 1999. Le 14 novembre 1854, sur la mer noire pendant la guerre de Crimée , un ouragan cause le naufrage de 28 navires de la flotte franc oAnglo-Turque provoquant la mort de 400 marins. Le 18 septembre 1926 un ouragan catastrophique ravagea le sud de la Floride avec des vents de plus 241 km/h : le «Grand ouragan de Miami» a été au moins aussi fort que Katrina qui s’est abattue sur la Nouvelle-Orléans en 2005. En France, selon E. Garnier [13], les tempêtes majeures ont été plus nombreuses au 18e siècle événements, dont 6 entre 1700 et 1750) qu’au 20e siècle (8 événements), même en y incluant Lothar-Martin : en tout 22 tempêtes de force 10 à 12 ont touché la France depuis 1700. … les tempêtes de 1893 et 1915 (effacées de la mémoire collective) ont été d’intensité au moins égale à la tempête Klaus (janvier 2009) pourtant présentée comme un phénomène exceptionnel. Plus récemment, dans la nuit du 13 au 14 mars 1937, à propos d’une très violente tempête associée à de forts coefficients de marée le journal Ouest-France évoqua «un véritable raz de marée qui déferle sur les côtes atlantiques «.

S’exprimant dans Libération à propos de la canicule de 2003 E. Leroy Ladurie a dit : «J’aurais plutôt tendance à la relativiser… Ce genre de grande sécheresse n’a pas manqué dans l’histoire française».

Qu’on en juge : 500 000 morts lors de l’été 1636 ou de l’été 1705, 700 000 lors des étés caniculaires de 1718-1719 (la canicule de 1719 dura de juin à septembre) avec même l’apparition de nuées de sauterelles et une forme de climat saharien sur l’Ile-de-France. Plus près de nous, l’été 1911 fut une catastrophe dans toute l’Europe, la température atteignant des sommets en juillet, août et jusqu’au début du mois de septembre, mais elle toucha plus spécialement la France, les Pays-Bas et la Belgique ; la canicule de 1911 fait plus que 40 000 morts en France. Juillet 1921 [17] est aussi le plus chaud depuis plus d’un siècle. Le 13 juillet, on releva un maximum de 44°8 à Bourg (il s’agit de la valeur non officielle la plus élevée mesurée à l’ombre, en France). La vague de chaleur atteignit son maximum les 28 et 29 juillet où l’on mesura des températures supérieures à 38° sur les trois quarts de la France (40 à 42° à Vesoul, Besançon, Albertville, Bourg-en-Bresse et Moulin). L’été 1947, qui a été le plus chaud du 20e siècle, avec une période caniculaire au cours de laquelle, comme en 2003, les 40 °C ont été dépassés en particulier à Paris. La grande différence par rapport à 2003, c’est que ce ne sont pas principalement des personnes âgées qui sont mortes mais des enfants, et surtout des enfants nourris au biberon. La canicule de 1947 en revanche n’a pas connu de pointes importantes de décès. Peut-être est-ce dû au fait que les durs hivers de guerre (1940, 41, 42, 44, 45), accentués par les privations, et l’hiver 1946-1947 avaient déjà «fauché» précocement les personnes les plus fragiles qui auraient pu succomber lors de cet été 1947 caniculaire.

L’Europe a connu aussi des inondations dévastatrices
Le 14 Décembre 1287, une marée de tempête a provoqué une inondation qui a touché les Pays-Bas et l’Allemagne du Nord, tuant entre 50 000 à 80 000 personnes ; cet événement est classé comme la sixième plus grande inondation de l’histoire. Le déluge de Saint Marcellus (1362) a été provoqué par un ouragan de l’Atlantique qui a balayé les îles britanniques, les Pays-Bas, nord de l’Allemagne, et le Danemark anéantissant des villes et des quartiers entiers, comme causant la mort d’au moins 25.000 personnes. La tempête qui a frappé les Pays-Bas, l’Allemagne et la Scandinavie dans la nuit de Noël de 1717 a provoqué la mort de 14 000 personnes. En France, la crue de 1910 est celle dont tout le monde se souvient, lors de celle de 1658 le niveau de la Seine dépassa de plus de 30 cm le seuil maximal de 1910. Les crues des années 1658, 1740, 1802, 1910 entrent toutes dans la catégorie des inondations dites centennales de la Seine. [21] L’inondation de l’Oise et de tous ses affluents en 1784 demeurera la référence jusqu’en 1910. Selon E. Garnier :

C’est le 18e siècle (avec 18 débordements) qui détient le record de désastres : a contrario les 16e, 19e et 20e siècles «font figure de siècles sages.»

Pour plus d’informations sur les événements extrêmes, lire l’article «Il n’y a pas d’augmentation des événements climatiques extrêmes »
source : https://www.dreuz.info/

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