Réchauffement climatique : pourquoi certaines régions peuvent-elles encore se refroidir ?

Le réchauffement climatique ne signifie pas que la température augmente partout, de façon régulière et identique. Il modifie l’ensemble du système climatique : circulation atmosphérique, courants océaniques, précipitations, vents, banquise et calottes glaciaires.

Des régions peuvent ainsi connaître temporairement des hivers plus froids, des chutes de neige plus importantes ou des anomalies de température négatives, alors même que la planète continue de se réchauffer dans son ensemble. Ce phénomène n’est pas un paradoxe : il illustre la complexité du climat terrestre.

L’Antarctique ne réagit pas partout de la même manière

Au début des années 2000, certaines études avaient observé un épaississement d’une partie de la calotte de l’Antarctique oriental. Une explication possible était déjà avancée : une atmosphère légèrement plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau, ce qui peut favoriser les chutes de neige sur le continent.

Ce mécanisme reste scientifiquement valable. Une augmentation des précipitations neigeuses a effectivement compensé une partie des pertes de glace antarctique au cours du XXe siècle. Mais elle n’a pas suffi à inverser la tendance générale. Les gains liés aux chutes de neige ne représentaient qu’environ un tiers des pertes observées au moment de l’étude publiée par la NASA.

Les observations satellitaires disponibles aujourd’hui offrent une image beaucoup plus complète qu’en 2005. Entre 2002 et 2025, l’Antarctique a perdu en moyenne environ 135 milliards de tonnes de glace par an. Cette perte a contribué à une élévation du niveau mondial des mers d’environ 0,4 millimètre par an.

La situation varie cependant fortement selon les régions. Certaines zones de l’Antarctique oriental peuvent ponctuellement gagner de la masse grâce à des chutes de neige abondantes. En revanche, l’Antarctique occidental et la péninsule Antarctique perdent beaucoup de glace, notamment parce que des eaux océaniques relativement chaudes attaquent les plateformes glaciaires par-dessous.

L’Antarctique ne peut donc pas être présenté comme un continent qui se refroidirait uniformément depuis plusieurs décennies. C’est un immense territoire soumis à des évolutions régionales très différentes.

Davantage de neige ne signifie pas nécessairement davantage de froid

L’ancienne comparaison avec le givre d’un réfrigérateur est séduisante, mais elle ne décrit pas correctement le fonctionnement du climat polaire.

Le givre d’un réfrigérateur apparaît lorsque de l’air humide pénètre dans un espace froid et que la vapeur d’eau se condense puis gèle. En Antarctique, un mécanisme comparable peut intervenir dans le sens où une atmosphère plus chaude transporte davantage d’humidité vers certaines régions froides.

Mais l’évolution d’une calotte glaciaire ne dépend pas uniquement des chutes de neige. Elle dépend aussi :

  • de la température de l’air ;
  • de la température de l’océan ;
  • de la vitesse d’écoulement des glaciers ;
  • de la solidité des plateformes de glace flottantes ;
  • des vents et des courants océaniques ;
  • de la fréquence des épisodes de fonte en surface.

Une région peut donc recevoir davantage de neige tout en perdant globalement de la glace si les glaciers accélèrent leur écoulement vers l’océan ou si leur base fond plus rapidement.

Le réchauffement peut ainsi augmenter les précipitations neigeuses dans certaines zones très froides, sans empêcher la diminution générale de la calotte.

Une troposphère qui se réchauffe et une stratosphère qui se refroidit

L’une des observations évoquées dès 2005 reste particulièrement importante : la basse atmosphère se réchauffe tandis que la stratosphère se refroidit.

Entre 1979 et 2018, les mesures satellitaires et les ballons-sondes ont montré un réchauffement de la troposphère d’environ 0,6 à 0,8 °C, accompagné d’un refroidissement de la stratosphère pouvant atteindre de 1 à 3 °C selon l’altitude et les régions.

Cette évolution constitue même l’une des signatures caractéristiques de l’augmentation des gaz à effet de serre.

Le dioxyde de carbone retient une partie du rayonnement infrarouge dans les basses couches de l’atmosphère, ce qui contribue à réchauffer la surface et la troposphère. Dans la stratosphère, le CO₂ favorise au contraire l’évacuation de chaleur vers l’espace. La diminution passée de l’ozone stratosphérique a également participé au refroidissement de certaines couches de la stratosphère.

Il ne s’agit donc pas de deux phénomènes contradictoires. Le réchauffement de la basse atmosphère et le refroidissement de la stratosphère sont deux conséquences différentes des modifications de sa composition chimique.

Pourquoi le froid favorise-t-il la destruction de l’ozone polaire ?

La destruction de l’ozone ne résulte pas simplement d’un refroidissement de la stratosphère. Elle nécessite également la présence de substances chimiques contenant notamment du chlore ou du brome, autrefois rejetées en grande quantité par les activités humaines.

Lors des hivers polaires très froids, des nuages stratosphériques particuliers peuvent se former. À leur surface, des réactions chimiques transforment les composés chlorés en formes très réactives. Au retour de la lumière solaire au printemps, ces substances détruisent rapidement les molécules d’ozone.

Ce mécanisme est particulièrement puissant au-dessus de l’Antarctique, où le vortex polaire hivernal est généralement plus froid, plus stable et plus durable que dans l’Arctique.

Des épisodes sévères peuvent néanmoins se produire au-dessus du pôle Nord. Au printemps 2020, des températures stratosphériques exceptionnellement basses et un vortex polaire très stable ont provoqué une diminution inhabituelle de l’ozone arctique, parfois qualifiée de « mini-trou » d’ozone.

Cela ne signifie pas que l’Arctique devient une copie exacte de l’Antarctique. La circulation atmosphérique du nord est beaucoup plus variable, notamment en raison de la répartition des continents, des océans et des chaînes de montagnes.

La couche d’ozone et le climat sont liés, mais distincts

Le changement climatique et la destruction de la couche d’ozone sont deux problèmes différents, même s’ils interagissent.

La couche d’ozone protège la vie terrestre contre une grande partie des rayons ultraviolets nocifs. Sa dégradation a été principalement provoquée par les chlorofluorocarbures, les halons et d’autres substances industrielles.

Le réchauffement climatique, quant à lui, est surtout lié à l’accumulation de dioxyde de carbone, de méthane et d’autres gaz à effet de serre.

Le protocole de Montréal, adopté en 1987, a permis de réduire fortement les émissions de substances destructrices de l’ozone. Leur longue durée de vie signifie toutefois qu’elles resteront présentes dans l’atmosphère pendant encore plusieurs décennies. Des épisodes de forte destruction de l’ozone demeurent donc possibles lorsque les conditions météorologiques stratosphériques sont exceptionnellement froides.

Le Gulf Stream ne s’est pas arrêté

En 2005, certains articles annonçaient déjà un possible arrêt du Gulf Stream. Cette formulation était incorrecte et confondait plusieurs composantes de la circulation océanique atlantique.

Le Gulf Stream est un puissant courant de bord ouest alimenté en grande partie par les vents et par la rotation de la Terre. Il ne devrait pas s’arrêter brutalement.

L’inquiétude scientifique concerne plutôt la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, ou AMOC. Ce vaste système transporte des eaux chaudes vers le nord de l’Atlantique et ramène en profondeur des eaux plus froides vers le sud.

Les évaluations scientifiques indiquent que l’AMOC devrait très probablement s’affaiblir au cours du XXIe siècle sous l’effet du réchauffement climatique. En revanche, cela ne signifie ni que le Gulf Stream s’est déjà arrêté, ni que l’Europe basculera soudainement dans une nouvelle ère glaciaire.

Un affaiblissement important de l’AMOC pourrait néanmoins modifier les précipitations, les tempêtes, les températures régionales et le niveau marin sur les côtes de l’Atlantique Nord.

L’Arctique et l’Antarctique suivent des trajectoires différentes

Il serait également incorrect d’affirmer que ce qui se produit en Antarctique finit nécessairement par se reproduire dans l’Arctique.

L’Arctique est principalement constitué d’un océan entouré de continents. L’Antarctique est au contraire un continent élevé entouré par l’océan Austral. Leur géographie, leur circulation atmosphérique et leur fonctionnement océanique sont donc très différents.

L’Arctique se réchauffe actuellement beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale. La banquise y perd à la fois de la surface et de l’épaisseur sur le long terme. En Antarctique, l’évolution de la banquise a longtemps été plus irrégulière, avant de connaître plusieurs années de très faible étendue. En février 2025, le minimum estival antarctique a été le deuxième plus bas de l’ensemble des observations satellitaires commencées à la fin des années 1970.

Les deux pôles subissent donc le changement climatique, mais ils n’y répondent ni au même rythme ni de la même manière.

La nature ne cherche pas à « rééquilibrer » volontairement le climat

La Terre ne possède pas de volonté propre et ne tente pas de corriger les activités humaines comme une horloge qui chercherait à revenir à l’heure.

Le climat évolue selon les lois de la physique. Lorsque l’humanité augmente la concentration de gaz à effet de serre, elle modifie l’équilibre entre l’énergie solaire reçue par la Terre et l’énergie renvoyée vers l’espace.

Les océans absorbent une grande partie de l’excès de chaleur. Les glaciers et les calottes perdent de la masse. Le niveau marin monte. Les courants atmosphériques et océaniques se modifient. Certains changements peuvent amplifier le réchauffement, tandis que d’autres peuvent temporairement l’atténuer dans une région donnée.

Ces mécanismes de rétroaction ne ramènent pas automatiquement le climat à son état antérieur. Certains peuvent au contraire prolonger les perturbations pendant des siècles.

Ce que l’on comprend mieux vingt ans plus tard

L’article publié en 2005 avait correctement pressenti plusieurs éléments : l’existence de forts contrastes régionaux, la possibilité d’une augmentation des précipitations neigeuses dans certaines régions polaires et le refroidissement de la stratosphère.

Mais les observations recueillies depuis permettent aujourd’hui d’apporter plusieurs corrections essentielles :

L’Antarctique ne se refroidit pas uniformément et sa calotte perd globalement de la masse. Les chutes de neige supplémentaires compensent seulement une partie des pertes. L’Arctique et l’Antarctique ne fonctionnent pas de la même manière. Le Gulf Stream ne s’est pas arrêté. Enfin, les variations locales de froid ou de neige ne remettent pas en cause le réchauffement global.

Le changement climatique ne transforme pas la planète de façon simple et régulière. Il dérègle un système complexe dans lequel l’atmosphère, les océans, les glaces et les écosystèmes sont étroitement liés.

C’est précisément cette complexité qui impose de distinguer les fluctuations régionales de courte durée de la tendance climatique mondiale, désormais clairement orientée vers un réchauffement rapide.

Adaptation Terra Projects

Article mis à jour en juillet 2026

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