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Vers un refroidissement drastique de l’Atlantique Nord ?

Dans l’Atlantique nord, les courants océaniques faiblissent depuis quelques décennies. C’est déjà arrivé par le passé. Et des chercheurs nous expliquent aujourd’hui le processus qui a mené, à plusieurs reprises déjà, à l’effondrement de ces courants cruciaux pour l’équilibre du climat.

La circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, celle que les scientifiques appellent l’Amoc, est ni plus ni moins que l’un des ensembles de courants océaniques les plus importants au monde. Des courants qui remontent l’eau chaude des tropiques vers le nord et ramènent aussi les eaux plus froides vers le sud. Leur manière à eux de contribuer à réguler le climat de notre Terre.

Par le passé, il est déjà arrivé que l’Amoc s’effondre. Tout à fait naturellement. Mais pas une seule fois depuis le début de notre civilisation. La dernière fois, le processus a eu pour effet, la fin d’une ère glaciaire. Et des chercheurs ont d’ores et déjà montré que le changement climatique anthropique pourrait être à même, lui aussi, de bousculer la routine de l’Amoc, accélérant davantage encore le réchauffement en cours. Comment ? Cela restait mystérieux. Mais une équipe internationale de scientifiques avance aujourd’hui une hypothèse.

Les chercheurs ont travaillé sur des sédiments marins recueillis entre le Canada et le Groenland. Et sur des reconstitutions de la température dans la région, une région particulièrement sensible de la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique. En découvrant qu’un réchauffement des eaux situées sous la surface de l’Atlantique nord aux hautes latitudes a précédé la libération massive d’icebergs dans la région, les scientifiques ont pu établir la séquence des événements responsables de cet effondrement de l’Amoc.

Nous pouvons comparer la Terre à une habitation avec un chauffage central, dont la chaudière serait chauffée par notre étoile, le Soleil. Les radiateurs-accumulateurs sont constitués par l’océan avec, le cas échéant, une évaporation intense responsable d’une augmentation de la teneur en vapeur d’eau de l’atmosphère et des précipitations intenses. Cependant, la maison ne sera bien chauffée que s’il y a une pompe de circulation : c’est la circulation thermohaline des océans (THC), ou « thermal conveyor belt ».

Selon Eirıksson et al., 2006, une interaction évidente existe entre les processus atmosphériques et la THC, comme en atteste la grande variabilité de la température de l’océan au Moyen-âge et pendant le Petit Age glaciaire (PAG). Cela a été aussi le cas pour les températures à la surface de la mer d’Islande et sur la marge ibérique, plus élevées pendant la période chaude romaine que pendant la période chaude médiévale. Cependant, bien qu’un certain nombre de données indiquent un réchauffement des eaux côtières et du plateau continental au cours des 200 dernières années, le XXe siècle ne semble pas inhabituel par rapport aux deux derniers millénaires. Les périodes climatiquement instables et plus fraîches sont associées à de très fortes tempêtes (Lamb & Frydendahl 1991; van Vliet-Lanoë et al. 2014; Goslin et al., 2018), comme le rappelle l’épisode de l’Invincible Armada espagnole qui a perdu en 1588 trois fois plus de navires face aux tempêtes que face à la marine anglaise.

Au cours du dernier millénaire, des changements notables ont été enregistrés des températures chaudes à la surface de la mer (SST) associées une THC active entre 700 et 1000 AD, une phase de transition beaucoup plus froide associée à des tempêtes monstrueuses entre 890 et 1060 AD (Van Vliet-Lanoë et a.l, 2014) et un ralentissement de la THC entre 1000 et 1300 AD, remplacée pendant le PAG, par des SST plus froides jusqu’à 1900 AD, puis suivi d’une légère ré-accélération très brève de la THC, des eaux de surface étant légèrement plus chaudes au milieu du XXe siècle.

Les phases de fonte épidermiques du Groenland et l’éjection de la banquise ancienne du bassin arctique dans les années 1990-2000 ont considérablement modifié le climat continental européen en ralentissant la THC dans l’Atlantique Nord. L’eau douce de fonte a réduit la salinité de l’Atlantique Nord rendant l’eau de surface moins dense (et moins lourde), de sorte qu’elle ne peut pas couler correctement dans les profondeurs. Comme le courant océanique profond ne coule pas aussi vite qu’en surface, il cause un « embouteillage », ce qui ralentit tout le courant.

La THC se ralentit en fait rapidement depuis la déglaciation du PAG (Minimum de Dalton ;1800-1815) avec une réduction de plus en plus rapide les dernières décennies (Thompson et al., 2010; Rahmstorf et al., 2015; Caesaer et al., 2021 ; Fig. 1), accentuée possiblement par d’autres effets liés directement ou indirectement aux forces de marée du système solaire.

Néanmoins le décalage entre le réchauffement atmosphérique, l’apport d’eau douce de fonte et le réchauffement de la masse océanique est de l’ordre de 300 ans, donc le milieu du XIX s, confortant les anomalies de température. Cette évolution est parallèle avec l’évolution des SST au Nord de l’Islande et sur la marge Ibérique (Eiriksson et al. 2006). Cependant ces courants ne se sont jamais arrêtés, même au plus froid de la dernière glaciation, amenant une exacerbation du contraste entre les centres de pressions de l’Atlantique et une extension de l’aridité sur l’Ouest Européen et sur l’ouest de l’Afrique.

Indice de l’intensité de la circulation de retournement Atlantique (AMOC), calculé à partir de la température dans l’Atlantique subpolaire par rapport à la température moyenne de l’hémisphère Nord (courbes rouge et bleue). La courbe verte montre les données coralliennes de Sherwood et ses collègues. Source : Rahmstorf et al., 2015 .

L’Amoc, ce n’est pas seulement un courant qui transporte un volume d’eau colossal – quelque 18 millions de mètres cubes par seconde -, mais aussi une circulation qui charrie de l’énergie. L’équivalent de 100.000 fois la production de la plus puissante centrale hydroélectrique au monde. En s’effondrant, la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique redistribue cette énergie en altérant le climat de notre Planète. Notamment le régime des précipitations. Avec des pluies diluviennes qui pourraient tomber sur l’est de l’Australie, par exemple. Et des sécheresses intenses qui pourraient au contraire s’abattre sur le sud-ouest des États-Unis.

Simulation d’une AMOC négative

Vers un point de basculement ?

Prise séparément, chacune de ces données manque de précision. Mais rassemblées, elles permettent aux chercheurs de conclure que l’Amoc a d’abord connu la stabilité jusque vers le milieu du XIXe siècle. Puis, avec la fin de la petite période glaciaire, il a commencé à décliner. Avant de connaître un déclin plus radical, de 15 % environ, à partir du milieu du XXe siècle. Un affaiblissement sans précédent en plus d’un millénaire.

Le tout possiblement sous l’effet du réchauffement climatique anthropique. Car l’augmentation des précipitations et la fonte des glaces au Groenland, notamment, ajoutent de l’eau douce en surface. Cela perturbe le cycle du courant. Et ce faisant, pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer sur la côte est des États-Unis. En Europe, l’affaiblissement de l’Amoc pourrait mener à plus d’événements météorologiques extrêmes comme des vagues de chaleur ou des sècheresses estivales.

« À ce rythme-là, la dernière génération de modèles climatiques montre que l’Amoc pourrait s’affaiblir de 34 à 45 % d’ici 2100. De quoi nous approcher dangereusement du point de basculement au-delà duquel le courant devient instable », conclut Stefan Rahmstorf, chercheur, dans un communiqué Potsdam institute for climate impact research.

extraits et sources : https://www.futura-sciences.com/ / https://www.climato-realistes.fr/

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