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Un monde désacralisé

génie génétique

Des scientifiques chinois ont modifié des gènes d’embryons humains. Quand toucher au génome humain atteint les limites du sacré.

Des scientifiques chinois ont annoncé avoir réussi à modifier le génome d’embryons humains. Cette étude, une première dans l’histoire, a été publiée samedi 18 avril 2015 dans Protein & Cell. Mais cette découverte fait polémique, la communauté scientifique s’indignant que l’on touche au génome humain, rapporte le magazine scientifique Nature, dans un article repéré par le Washington Post.

Cette équipe de chercheurs, dirigée par le généticien de l’Université Sun Yat-sen à Guangzhou Junjiu Huangu, a modifié le génome sur des embryons humains non viables. Les scientifiques ont substitué un «mauvais» code génétique responsable d’une maladie sanguine mortelle pour le remplacer par un «bon».

Technique qui n’est pas aboutie

Cette technique de substitution n’est cependant pas finalisée: Moins d’un tiers des embryons traités (sur 86) ont eu un résultat positif, et de nombreuses mutations «hors cible», anormales, sont apparues sur ces embryons. Cette technique a enfin des conséquences imprévisibles sur les générations futures.

Cette découverte rouvre un vaste débat éthique dans la communauté scientifique. Les partisans du travail sur le génome humain avancent la possibilité d’en finir avec les maladies génétiques héréditaires, telle que la mucoviscidose. Les détracteurs craignent les dérives eugénistes, en voulant créer des bébés «parfaits».

Le scientifique chinois a annoncé pour sa part vouloir poursuivre ses recherches, mais en travaillant notamment sur des embryons d’animaux. Selon une source chinoise, rapporte Nature, au moins quatre équipes scientifiques chinoises travaillent sur des projets concernant la modification du génome humain.

Modifier le génome humain : appel au moratoire. Mais comment obtenir sa mise en œuvre ?

La tribune, signée Edward Lanphier, Fyodor Urnov, Sarah Ehlen Haecker, Michael Werner et Joanna Smolenski, annonce la publication des résultats de l’étude de Harvard comme imminente, en soulignant les problèmes d’éthique et de sécurité liés à tout travail visant à modifier le génome humain, en apportant une claire distinction entre les travaux qui portent sur les cellules somatiques et ceux qui tentent de manipuler les cellules reproductrices.

« Les effets de la modification génétique de l’embryon humain sur les générations seraient incalculables », avertissent les chercheurs, en prônant la mise en place d’un moratoire. Ils envisagent avec inquiétude l’exploitation de ce savoir « pour des modifications non-thérapeutiques ». « Nous sommes inquiets du tollé qu’une telle transgression éthique pourrait provoquer, et qui pourrait entraver la recherche thérapeutique si prometteuse qui consiste à apporter des modifications génétiques non transmissibles aux générations futures » : ajoutent-ils – il s’agit tout de même aussi de conserver la bonne presse de techniques qui ouvrent la porte au transhumanisme.

On prendra cependant la mesure de la préoccupation éthique de ces chercheurs qui veulent un moratoire sur une technique inquiétante, mais qui dans le même temps prônent la fécondation in vitro et le tri embryonnaire pour les parents porteurs de gènes qui prédisposent à certaines maladies.

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Le Monde commente l’information en rappelant à quel point la mise en œuvre d’interdits sur la recherche est malaisée. Il signale – ce que les chercheurs américains ne font pas – les « dérives eugénistes évidentes » liées à la manipulation du génome humain pour obtenir des hommes améliorés sur le plan physique ou intellectuel. Le rêve des transhumanistes est à portée de main…

Il qualifie également le moratoire de solution « en trompe-l’œil », à l’heure où il est déjà possible de transformer les cellules somatiques – celles de la peau par exemple – en gamètes en utilisant la technique des cellules pluripotentes induites (iPS). Cette manière d’obtenir des cellules souches sans passer par la destruction d’embryons avait été saluée en son temps comme la solution « éthique » aux problèmes de la recherche. Mais là encore, les garde-fous s’avèrent insuffisants.

sources : http://www.20minutes.fr/ / http://reinformation.tv/

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