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Soleil Vert : 2022 c’est l’an prochain

En 2022, les hommes ont épuisé les ressources naturelles. Seul le soleil vert, sorte de pastille, parvient à nourrir une population miséreuse qui ne sait pas comment créer de tels aliments. Omniprésente et terriblement répressive, la police assure l’ordre. Accompagné de son fidèle ami, un policier va découvrir, au péril de sa vie, l’effroyable réalité de cette société inhumaine.

Soleil vert (Soylent Green) est un film américain d’anticipation réalisé par Richard Fleischer, sorti en 1973.

Inspiré du roman Soleil vert (1966) de Harry Harrison1, le film met en vedette les acteurs Charlton Heston et Leigh Taylor-Young, et donne son dernier rôle à l’acteur Edward G. Robinson.

Librement inspirée du roman de Harrison, cette dystopie combine le genre du film policier et de la science-fiction, à savoir l’enquête sur le meurtre d’un riche homme d’affaires et un avenir où les océans sont mourants et la canicule est présente toute l’année en raison de l’effet de serre, conduisant à l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, la pauvreté, la surpopulation et l’euthanasie volontaire.

Plus précisément, l’histoire se déroule en 2022 dans la ville de New York où, comme dans le reste du monde, la pollution et la surpopulation ont cours. Le manque de nourriture amène les autorités à créer des aliments artificiels et industriels conçus par la société Soylent. Le détective Thorn, assisté par le vieux professeur « Sol » Roth, véritable mémoire du temps passé, enquête sur la mort d’un certain Simonson, un riche privilégié proche des cercles dirigeants. Alors qu’il progresse dans son enquête, Thorn s’aperçoit que cette caste fait tout pour l’empêcher de découvrir la vérité.

Le film a notamment remporté le Grand Prix du Festival d’Avoriaz 1974, alors qu’il était en concurrence avec le film Mondwest de Michael Crichton, sorti la même année.

«Soleil vert», de Richard Fleischer (1973). — © DR

Voici le résumé de ce film :

Le film commence par une succession d’images présentant l’industrialisation de la planète amorcée au xixe siècle et amplifiée durant le xxe siècle et le xxie siècle, celle-ci conduisant à la surpopulation et à la pollution mondiale. Les ressources naturelles étant maintenant épuisées, la population est nourrie par Soylent Industries, une entreprise qui se présente comme fabricant d’aliments de synthèse à partir du plancton océanique.

L’action du film se déroule à New York en 2022. La métropole est devenue une mégapole de 44 millions d’habitants. Il règne en permanence une température élevée, soit 33 °C. L’eau est rare. La faune et la flore ont quasiment disparu. La nourriture issue de l’agriculture également. La plupart des habitants n’ont pas les moyens d’acheter des aliments naturels, les prix étant exorbitants. Ils en sont réduits à manger des produits de synthèse, fournis par la multinationale Soylent Industries, sous forme de tablettes carrées de couleur jaune, rouge ou bleue. Un nouvel aliment vient d’être lancé, le Soylent Green ; beaucoup plus nutritif, cet aliment est cher et disponible uniquement le mardi. Mais ce jour-là, des émeutes de citoyens affamés ne sont pas rares et sont sévèrement réprimées à l’aide d’engins appelés « dégageuses » (scoop), sortes de camions-benne munis d’un large godet ramassant les émeutiers afin de canaliser l’émeute.

Frank Thorn, un policier détective « de premier ordre » du New York City Police Department, vit avec son ami Solomon « Sol » Roth, un vieux juif lettré dans le petit appartement délabré d’un immeuble surpeuplé, où la cage d’escalier est occupée par de nombreux sans-abri. Sol peste contre l’état du monde et a la nostalgie du passé, tandis que Thorn se contente des seules choses qu’il a connues, à savoir la nourriture synthétique et la canicule perpétuelle.

Dans le même temps, William Simonson, l’un des dirigeants de la société agroalimentaire Soylent Corporation, est exécuté dans son appartement situé dans une tour sécurisée des beaux quartiers de Chelsea. Thorn est chargé de l’enquête et va découvrir que cette affaire, rapidement étiquetée comme étant un crime crapuleux, se révèle être en fait un assassinat visant à empêcher Simonson de révéler un terrible secret. Thorn comprend que Tab Fielding, le garde du corps du dirigeant, est complice car absent au moment du meurtre et le système de sécurité était en panne. Thorn rapporte chez lui divers objets dont des aliments frais, de la viande et du bourbon qu’il dérobe chez la victime et les partage avec Sol.

«Soleil vert», de Richard Fleischer (1973). — © DR

Poursuivant son enquête, Thorn revient dans l’appartement, noue une relation avec la « compagne » de Simonson, Shirl, ayant le statut de simple « mobilier » et dont le prochain locataire disposera.

Thorn découvre que Tab Fielding est propriétaire d’un bel appartement et qu’il a les moyens d’acheter de la nourriture naturelle, telle que de la confiture de fraises : les soupçons du policier se confirment et il refuse donc de clôturer l’enquête. Thorn se révélant trop curieux, Donovan, l’homme chargé de la sécurité de l’État et qui travaille pour Santini, le gouverneur, décide de le supprimer par l’intermédiaire de son tueur à gages, Gilbert, aussi auteur de l’exécution de Simonson. Profitant d’une émeute due à l’épuisement des stocks de Soylent Green, Gilbert tente de tuer Thorn en lui tirant dessus mais échoue par deux fois, tant la foule est dense. Thorn finit par maîtriser Gilbert et l’envoie bouler sous une « dégageuse ».

Pendant ce temps, Sol se rend à l’« Échange », une bibliothèque où se réunissent des gens instruits, sorte de comité des sages consultatif pouvant émettre un avis auprès d’instances internationales. Sol leur montre les deux rapports d’activité de la société Soylent Corporation que Thorn avait découverts chez Simonson. Face aux conclusions du comité, horrifié et désemparé, Sol comprend pourquoi Simonson est assassiné. Il décide alors d’aller au « Foyer », endroit où l’on se fait euthanasier. Thorn arrive trop tard pour empêcher Sol de mourir mais il réussit à assister aux dernières minutes de son ami : sur un immense écran, Thorn voit défiler, en écoutant des extraits du premier mouvement de la sixième symphonie de Beethoven (la Pastorale) et du Peer Gynt d’Edward Grieg (Au matin et La Mort d’Åase), les images de ce qu’est la Terre autrefois : des paysages magnifiques, la vie sauvage, la beauté de la nature. Avant de mourir, Sol lui demande de trouver la preuve que la société Soylent n’est pas ce qu’elle prétend être.

Thorn se glisse dans l’un des camions-bennes qui emmènent les cadavres à l’extérieur de la ville, vers un crématorium. En explorant les locaux de l’usine, il découvre alors que le Soylent Green est, en réalité, fabriqué à partir des cadavres de personnes euthanasiées : selon le discours officiel, cet aliment est censé être fabriqué à partir du plancton. En réalité, même les océans sont devenus stériles et l’anthropophagie fait désormais partie intégrante de la chaîne alimentaire humaine et en est même le principal maillon. Pourchassé par les tueurs au service du gouverneur Santini, dont Tab Fielding, Thorn finit par être sévèrement blessé. Quand son supérieur arrive à sa rescousse, Thorn lui dit que le « Soylent Green est fabriqué avec des gens » (« Soylent Green is made out of people! ») à l’image, lui dit-il, du bétail utilisé pour faire de la nourriture. Il supplie son supérieur de tout révéler, celui-ci acquiesçant avec une certaine ambiguïté sur ses intentions futures. Alors qu’on l’emmène sur un brancard, il crie à la foule assemblée autour de lui : « Soylent Green, c’est les gens ! » (« Soylent Green is people! »).

«Soleil vert», de Richard Fleischer (1973). — © DR

De la Science Fiction à aujourd’hui !

Il y a des films dont le succès est tel qu’ils ont totalement occulté le roman dont ils sont l’adaptation. C’est le cas de Soleil vert, l’un des films de science-fiction les plus marquants des années soixante-dix, considéré aujourd’hui comme un classique bien au-delà du seul cercle des amateurs du genre. Dans ce cas précis, il est allé jusqu’à faire oublier le titre original du livre (Make Room ! Make Room !) au profit d’un autre tout à fait incongru puisqu’à aucun moment dans le roman il n’est question de ce fameux soleil vert. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’aucun des passages les plus marquants du film (la révélation sur la nature véritable du soleil vert, les manifestations dispersées à grands coups de tractopelles, la mort de Sol, le personnage qu’interprète Edward G. Robinson) n’apparaît dans le livre.

« Soleil vert » ou les débuts de la conscience écologique sur grand écran. Ce film de Richard Fleischer, avec Charlton Heston, décrivant un monde suffocant et apocalyptique. Un plaidoyer écologique qui a, depuis, fait de nombreux émules à Hollywood. Il suffit de regarder l’extraordinaire générique de Soleil vert pour comprendre où veut nous mener le réalisateur de 20 000 lieues sous les mers et du Voyage fantastique : plusieurs photographies défilent rapidement – l’Amérique des Pères fondateurs, une nature resplendissante puis, soudain, le rythme des visuels se ralentit alors que s’impose la révolution industrielle. Ce ne sont alors plus que des décharges et des bidonvilles. Le mythique espace américain, qui semblait infini, s’est soudain fermé.

Mais, à sa sortie, l’impact de Soleil vert tient surtout à la présence de la star Charlton Heston. Bien avant de devenir l’étendard de la NRA, le lobby américain des armes à feu, l’acteur a incarné Moïse dans Les Dix Commandements et s’est impliqué en faveur du mouvement des droits civiques. Il symbolise à sa manière la conscience morale américaine. Le voir brandir le poing, à la manière des Black Panthers, pour révéler, dans le dénouement final, que le soleil vert est fabriqué à partir d’humains et non de plancton, depuis longtemps disparu avec la pollution des mers, prend une résonance particulière. Comme si à la lutte des minorités pour leur émancipation devait succéder un combat encore plus crucial : celui pour la survie de notre espèce.

Les images qui défilent au rythme endiablé de l’orchestre symphonique nous montrent une population toujours plus dense, des constructions et destructions toujours plus nombreuses, l’étau d’une empreinte humaine qui envahit tout, enlaidit tout. Le montage souvent en split screen renforce cette cadence infernale, marche forcée vers un futur où l’homme prend toute la place. En revoyant aujourd’hui ces images fixes, on est frappé de constater à quel point elles ressemblent finalement à notre quotidien.

La nourriture industrielle consiste en une sorte de biscuit prétendument dérivé du plancton et présenté sous trois couleurs différentes. Seuls quelques quartiers privilégiés sont préservés, là où habitent les puissants et riches, qui vivent dans un environnement protégé et agréable.

Si déjà en 1973, le film de Fleischer se démarquait par un parti pris extrêmement réaliste (on était alors submergés par une vague de films catastrophe parfois effectivement catastrophiques), la force de son propos n’a hélas fait que gagner en crédibilité. Pourtant, pas plus que Harrison dans son roman, le cinéaste n’a voulu donner au film une allure de sombre prophétie. C’est ce parti pris anti-apocalyptique qui détermine d’ailleurs à mon sens la force du message. Nous pouvons le regarder presque innocemment comme on regarde un thriller, mais insidieusement l’arrière-plan, comme dans un fondu enchaîné, prend la place de l’avant-plan. Les protagonistes ne sont plus que des mouches se débattant au centre de la toile d’une araignée de pierre. Un peu comme nous, pris par nos « priorités » quotidiennes sur fond de délitement du monde, de raréfaction des sols, de disparition des espaces et des espèces ?

« Le monde était si beau et nous l’avons gâché » chante Dominique A dans Rendez-nous la lumière.

Sans avoir de réponse à apporter à un problème qui dépasse chacun d’entre nous, je ne peux m’empêcher de me poser une dernière question. Alors que nous sommes désormais plus de sept milliards sur terre (soit le double par rapport à 1970) et qu’à l’échelle du globe, la superficie des terres arables se réduit de 100 000 km2 par an, comment se fait-il que le problème de la bombe démographique ne soit pratiquement jamais au centre des préoccupations des responsables politiques, écologistes inclus ? Un sujet peu porteur électoralement ?

Certes, les cas d’urgence à résoudre sont incroyablement variés et nombreux, mais si la bombe D était la mère de toutes les bombes ? Le respect des êtres humains n’est-il pas profondément lié au respect de la nature qui l’environne ? N’avons-nous pas un héritage, une qualité de vie à transmettre ?

Adaptation Terra Projects

Sources : Wikipedia / https://www.noosfere.org/ / https://www.lemonde.fr/ / https://karoo.me/

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