Lors de sa sortie en 2004, le film Le Jour d’après avait marqué les esprits. Tempêtes géantes, refroidissement brutal de l’Europe et de l’Amérique du Nord, effondrement climatique mondial : le scénario semblait alors relever de la pure science-fiction.
Plus de vingt ans plus tard, certaines des questions soulevées par le film sont pourtant au cœur des recherches climatiques les plus sérieuses.
Bien entendu, aucun scientifique ne prévoit aujourd’hui une nouvelle ère glaciaire surgissant en quelques jours comme dans le film. Les gigantesques tempêtes capables de congeler instantanément des villes entières appartiennent toujours au domaine de la fiction. Cependant, derrière ces excès hollywoodiens se cache un phénomène bien réel : l’affaiblissement possible de l’AMOC, la grande circulation océanique de l’Atlantique.
Le moteur thermique de l’Atlantique Nord
L’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation) est un vaste système de courants océaniques qui transporte d’immenses quantités de chaleur des régions tropicales vers l’Atlantique Nord. Le Gulf Stream en constitue l’un des éléments les plus connus.
Ce système joue un rôle essentiel dans le climat européen. Grâce à lui, l’Europe occidentale bénéficie de températures relativement douces par rapport à d’autres régions situées aux mêmes latitudes.
Depuis plusieurs décennies, les scientifiques observent toutefois des signes d’affaiblissement de cette circulation océanique. La fonte accélérée du Groenland et de l’Arctique injecte chaque année davantage d’eau douce dans l’Atlantique Nord. Or cette eau douce est moins dense que l’eau salée, ce qui pourrait perturber les mécanismes de plongée des eaux froides qui alimentent l’AMOC.
Un ralentissement observé
Plusieurs études publiées au cours des dernières années suggèrent que l’AMOC pourrait être en 2026 à son niveau le plus faible depuis plus d’un millénaire.
Les chercheurs restent prudents. Les mesures directes ne couvrent que quelques décennies et les estimations reposent également sur des reconstitutions climatiques. Toutefois, le signal observé est suffisamment préoccupant pour faire l’objet d’une surveillance constante.
Un ralentissement important de l’AMOC pourrait modifier les régimes de précipitations, influencer les trajectoires des tempêtes et affecter les températures de nombreuses régions du globe.
Faut-il craindre une nouvelle glaciation ?
La réponse est non.
Même dans l’hypothèse d’un fort affaiblissement de l’AMOC, le réchauffement climatique mondial continuerait à dominer l’évolution des températures de la planète. L’Europe pourrait connaître un réchauffement moins rapide que d’autres régions du monde, voire un refroidissement relatif dans certaines zones, mais pas une glaciation comparable à celles du passé.
Les simulations climatiques les plus récentes ne prévoient pas un scénario semblable à celui présenté dans Le Jour d’après.
Les véritables inquiétudes des scientifiques
Ce qui préoccupe aujourd’hui les chercheurs n’est pas un effondrement brutal du climat en quelques semaines, mais la possibilité de franchir certains « points de bascule » du système climatique.
Parmi eux figurent :
- l’accélération de la fonte du Groenland ;
- le dégel du pergélisol arctique ;
- la disparition progressive de certaines glaces polaires ;
- l’affaiblissement durable de l’AMOC ;
- la dégradation de grands écosystèmes comme l’Amazonie.
Ces phénomènes pourraient amplifier le réchauffement en cours et rendre certaines évolutions difficiles à inverser.
Quand la fiction rejoint la science
Le film Le Jour d’après avait tort sur les délais et sur l’intensité des événements présentés. En revanche, il avait vu juste sur un point essentiel : le climat terrestre n’est pas immuable.
Pendant longtemps, les scientifiques ont considéré le système climatique comme relativement stable à l’échelle humaine. Les recherches menées depuis vingt ans montrent au contraire qu’il peut réagir de manière complexe et parfois plus rapidement que prévu à certaines perturbations.
Le scénario catastrophe du film n’est pas en train de se réaliser. Mais les mécanismes qui l’ont inspiré sont aujourd’hui étudiés avec une attention croissante par les climatologues du monde entier.
La véritable question n’est donc plus de savoir si le climat change. Elle est de déterminer jusqu’où nous sommes prêts à laisser évoluer ces mécanismes avant d’en subir pleinement les conséquences.
Mis à jour en 2026
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