À un peu moins de deux mois du début de l’hiver météorologique, les premières tendances saisonnières deviennent suffisamment cohérentes pour dessiner un scénario général. Il ne s’agit évidemment pas de prévoir la météo d’un jour précis en janvier ou en février, mais de repérer les grandes tendances de fond qui pourraient dominer l’hiver 2026-2027.
Et cette année, un acteur prend beaucoup de place : El Niño.
L’épisode en cours s’est renforcé très rapidement. Dans son bulletin du 10 septembre, la NOAA estimait à plus de 90 % la probabilité qu’El Niño atteigne une intensité très forte durant l’automne et l’hiver. Elle évaluait même à 75 % le risque que l’épisode d’octobre à décembre atteigne ou dépasse +2,5 °C selon son nouvel indice RONI, ce qui le placerait dans la catégorie des événements les plus puissants observés depuis 1950.
Mais El Niño ne décide pas seul de l’hiver européen. Son influence sur la France est beaucoup moins directe qu’en Amérique du Nord. Il faut donc regarder également la QBO, le vortex polaire, la NAO et les températures de l’Atlantique Nord.
Un El Niño très puissant et très oriental
L’une des particularités de l’épisode actuel est son caractère très marqué vers l’est du Pacifique.
En août, la NOAA mesurait environ +3,4 °C dans la région Niño 1+2, proche des côtes sud-américaines, contre +1,8 °C dans Niño 3.4 et seulement +0,1 °C dans Niño 4, beaucoup plus à l’ouest. Nous sommes donc face à un événement fortement orienté Eastern Pacific, ou EP.
Ce type d’El Niño peut provoquer une importante réorganisation de la circulation atmosphérique mondiale. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, un El Niño très fort ne signifie pas automatiquement un hiver froid en Europe.
Il augmente plutôt la probabilité de certains régimes atmosphériques, notamment en modifiant le Pacifique Nord et en envoyant davantage d’ondes planétaires vers la stratosphère.
C’est là que le vortex polaire entre en jeu.
Un vortex polaire plutôt solide pour commencer
Au début de l’automne, le vortex polaire stratosphérique recommence progressivement à se former au-dessus de l’Arctique.
Pour l’instant, aucun signal solide ne permet d’annoncer un vortex particulièrement faible ni un réchauffement stratosphérique soudain.
Un autre indice va même plutôt dans le sens inverse : la QBO est passée en phase occidentale. À 30 hPa, les vents équatoriaux sont devenus d’ouest au printemps et atteignaient environ +14,7 m/s en août. Les 51 scénarios saisonniers ECMWF maintiennent actuellement cette QBO occidentale pendant l’hiver.
Statistiquement, une QBO occidentale favorise davantage un vortex polaire robuste qu’une QBO orientale.
Nous avons donc actuellement deux forces qui pourraient en partie s’opposer :
El Niño très fort → possibilité d’un vortex davantage perturbé en cours d’hiver.
QBO occidentale → tendance plutôt favorable à un vortex solide.
Cette opposition est l’une des raisons pour lesquelles la deuxième moitié de l’hiver reste particulièrement incertaine.
Les modèles saisonniers privilégient néanmoins la douceur
Lorsque l’on compare actuellement cinq grands modèles saisonniers européens — ECMWF, Met Office britannique, Météo-France, CMCC italien et DWD allemand — ils donnent tous une anomalie thermique positive à l’échelle européenne pour décembre, janvier et février.
La moyenne des cinq modèles tourne autour de :
+1,0 °C en décembre,
+0,9 °C en janvier,
+0,9 °C en février,
par rapport à leur climatologie de référence propre.
Il faut toutefois être prudent avec ces chiffres : ils représentent une moyenne sur toute l’Europe et ne signifient évidemment pas que chaque journée sera plus chaude d’un degré.
Ils indiquent simplement que le scénario d’un hiver globalement plus doux que la normale reste actuellement le plus probable.
Cela n’empêche absolument pas une vague de froid de quelques jours ou de quelques semaines. Météo-France rappelle régulièrement que les tendances saisonnières décrivent une moyenne sur plusieurs mois et ne permettent pas de prévoir les épisodes froids individuels.
Décembre : l’Atlantique pourrait prendre le contrôle
Le signal le plus cohérent pour décembre est actuellement celui d’une circulation relativement océanique.
Les modèles saisonniers privilégient une anomalie de pression plus basse vers le nord-ouest de l’Europe et des pressions plus élevées plus au sud, ce qui favoriserait un courant d’ouest ou de sud-ouest assez fréquent.
Façade ouest : Bretagne, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine
Ce serait probablement la région la plus directement exposée aux perturbations atlantiques.
On pourrait donc connaître une succession de périodes pluvieuses et venteuses, entrecoupées de journées plus calmes.
Les températures seraient souvent relativement douces, surtout près de l’océan.
Les fortes gelées durables seraient moins fréquentes que lors d’un hiver dominé par un anticyclone continental.
Le risque principal pourrait davantage venir des fortes précipitations et des coups de vent que de la neige.
Nord et Bassin parisien
Même tendance générale : douceur fréquente, passages perturbés et vents d’ouest.
Des périodes anticycloniques pourraient néanmoins apporter brouillards et inversions thermiques, avec parfois des températures beaucoup plus basses au sol que ne le suggère la moyenne saisonnière.
La neige en plaine resterait possible lors de brefs conflits de masses d’air, mais elle n’apparaît pas actuellement comme un signal dominant.
Est de la France
Alsace, Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté et les vallées alpines pourraient connaître davantage de contrastes.
L’influence océanique y arrive souvent plus affaiblie, ce qui permet plus facilement des inversions, du gel et quelques séquences froides.
Mais la tendance saisonnière resterait également plutôt douce dans l’ensemble.
Sud et Méditerranée
Le scénario dépendra énormément de la latitude du courant-jet.
S’il reste très au nord, le pourtour méditerranéen pourrait connaître de longues périodes relativement calmes.
S’il descend ponctuellement vers la péninsule Ibérique ou la Méditerranée occidentale, les perturbations pourraient au contraire devenir très actives sur le Languedoc, PACA ou la Corse.

Janvier : probablement le mois charnière
Janvier est actuellement le mois le plus intéressant.
Les modèles conservent dans l’ensemble une anomalie douce en Europe, autour de +0,9 °C en moyenne dans le multi-modèle actuel.
Mais c’est aussi à partir de cette période que les conséquences d’un El Niño exceptionnellement puissant pourraient commencer à davantage toucher la stratosphère et l’Atlantique Nord.
Si le vortex polaire reste solide et que la NAO devient positive, le scénario serait assez simple :
Atlantique très actif, perturbations fréquentes, douceur et périodes venteuses.
Mais si le vortex commence à s’affaiblir et que la NAO bascule négative, le scénario peut complètement changer.
Un anticyclone pourrait alors se développer vers le Groenland, l’Islande ou la Scandinavie, forçant le courant-jet à descendre vers le sud.
Dans ce cas, des descentes d’air froid deviendraient possibles sur la France et l’Europe occidentale.
C’est probablement la principale porte d’entrée vers un vrai épisode hivernal cet hiver.

Février : davantage d’incertitude et potentiellement plus de contrastes
Curieusement, février est le mois pour lequel le signal chaud des modèles s’affaiblit légèrement chez ECMWF, même si le consensus multi-modèle reste doux.
ECMWF passe par exemple d’une anomalie européenne proche de +1 °C en décembre à environ +0,65 °C en février. D’autres modèles restent nettement plus doux.
Cela ne signifie pas que février sera froid.
Mais cela laisse davantage de place à des changements de circulation.
C’est également la période où un éventuel affaiblissement du vortex polaire pourrait avoir les conséquences les plus importantes en basse atmosphère.
On pourrait donc imaginer un hiver où décembre serait franchement océanique, janvier ferait la transition et février deviendrait beaucoup plus variable.
Alpes : un hiver potentiellement très dépendant de l’altitude
Pour les Alpes, la situation est particulièrement intéressante.
Un courant d’ouest fréquent peut apporter énormément d’humidité.
À haute altitude, si les températures restent suffisamment basses, cela pourrait se traduire par des épisodes neigeux importants.
Certaines projections saisonnières suggèrent justement que les hauts massifs alpins au-dessus de 1 800 à 2 000 mètres pourraient bénéficier de bonnes quantités de neige, alors que les stations de moyenne altitude souffriraient davantage des périodes de redoux.
Le scénario pourrait donc être très différent selon l’altitude :
au-dessus de 2 000 m : potentiel neigeux plutôt intéressant ;
1 200 à 1 800 m : alternance neige/pluie et fonte plus fréquente ;
basses vallées : neige probablement irrégulière.
Le vrai risque serait la succession :
fortes chutes de neige → redoux → pluie en altitude → regel, un cocktail propice aux avalanches.
Pyrénées : situation plus fragile
Les Pyrénées pourraient être davantage pénalisées par une circulation océanique douce.
Un courant d’ouest ou de sud-ouest peut certes provoquer de fortes précipitations sur le versant français, mais avec une limite pluie-neige souvent assez élevée.
À haute altitude, les quantités de neige pourraient rester importantes lors des grosses perturbations.
En revanche, les stations moyennes ou basses seraient davantage exposées aux redoux.
Le scénario changerait complètement si le courant-jet descendait vers l’Espagne : les Pyrénées pourraient alors connaître de très gros épisodes neigeux.
C’est donc probablement le massif français où la trajectoire précise des dépressions sera déterminante.

L’Atlantique, l’autre grande inconnue
Il ne faut pas oublier l’océan.
Les eaux de l’Atlantique et des mers européennes ont connu des températures particulièrement élevées ces derniers mois.
Un océan chaud fournit davantage d’énergie et d’humidité aux dépressions.
Cela peut amplifier certaines précipitations lorsque de l’air froid arrive au-dessus de l’Europe occidentale.
Mais un Atlantique chaud ne garantit pas un hiver doux.
Ce qui comptera surtout sera la disposition des anomalies océaniques et leur influence sur le courant-jet.
Alors, quel hiver pour la France ?
À ce stade, le scénario qui ressort le plus clairement n’est pas celui d’un hiver rigoureux.
Le scénario dominant serait plutôt :
Décembre
Doux, humide et assez souvent perturbé, particulièrement sur l’ouest et le nord.
Janvier
Toujours plutôt doux en moyenne, mais davantage de possibilités de changements de régime.
Février
Le mois actuellement le plus incertain, avec un potentiel plus important de blocages et de séquences froides, sans qu’un scénario froid puisse pour autant être privilégié.
Pour résumer régionalement :
Ouest : probablement le secteur le plus humide et océanique.
Nord : souvent doux et perturbé, mais exposé aux éventuelles descentes froides en cas de blocage nordique.
Est : plus continental et donc potentiellement plus froid lors des périodes calmes ; épisodes neigeux possibles.
Sud : souvent plus doux, mais possibilité de périodes très humides si les dépressions plongent vers la Méditerranée.
Alpes : potentiel neigeux intéressant en altitude, mais enneigement plus fragile aux altitudes intermédiaires.
Pyrénées : enneigement potentiellement très variable et dépendant de la latitude du courant-jet.
Les trois indices à surveiller cet automne
Trois paramètres pourraient encore bouleverser complètement ce scénario.
Le premier sera la NAO. Une NAO positive renforcerait fortement le scénario doux et océanique.
Le deuxième sera le vortex polaire. Un affaiblissement marqué en janvier ou février augmenterait les possibilités de froid.
Et le troisième sera évidemment El Niño, dont la puissance pourrait atteindre des niveaux historiques cet automne. La NOAA estime actuellement que l’événement devrait persister durant tout l’hiver 2026-2027.
C’est peut-être finalement ce qui rend cet hiver particulièrement intéressant : les signaux de douceur sont solides, mais les ingrédients permettant un retournement brutal en deuxième partie d’hiver existent également.
Autrement dit, un hiver doux en moyenne ne signifie pas forcément un hiver sans hiver.À un peu moins de deux mois du début de l’hiver météorologique, les premières tendances saisonnières deviennent suffisamment cohérentes pour dessiner un scénario général. Il ne s’agit évidemment pas de prévoir la météo d’un jour précis en janvier ou en février, mais de repérer les grandes tendances de fond qui pourraient dominer l’hiver 2026-2027.
Et cette année, un acteur prend beaucoup de place : El Niño.
L’épisode en cours s’est renforcé très rapidement. Dans son bulletin du 10 septembre, la NOAA estimait à plus de 90 % la probabilité qu’El Niño atteigne une intensité très forte durant l’automne et l’hiver. Elle évaluait même à 75 % le risque que l’épisode d’octobre à décembre atteigne ou dépasse +2,5 °C selon son nouvel indice RONI, ce qui le placerait dans la catégorie des événements les plus puissants observés depuis 1950.
Mais El Niño ne décide pas seul de l’hiver européen. Son influence sur la France est beaucoup moins directe qu’en Amérique du Nord. Il faut donc regarder également la QBO, le vortex polaire, la NAO et les températures de l’Atlantique Nord.
Un El Niño très puissant et très oriental
L’une des particularités de l’épisode actuel est son caractère très marqué vers l’est du Pacifique.
En août, la NOAA mesurait environ +3,4 °C dans la région Niño 1+2, proche des côtes sud-américaines, contre +1,8 °C dans Niño 3.4 et seulement +0,1 °C dans Niño 4, beaucoup plus à l’ouest. Nous sommes donc face à un événement fortement orienté Eastern Pacific, ou EP.
Ce type d’El Niño peut provoquer une importante réorganisation de la circulation atmosphérique mondiale. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, un El Niño très fort ne signifie pas automatiquement un hiver froid en Europe.
Il augmente plutôt la probabilité de certains régimes atmosphériques, notamment en modifiant le Pacifique Nord et en envoyant davantage d’ondes planétaires vers la stratosphère.
C’est là que le vortex polaire entre en jeu.
Un vortex polaire plutôt solide pour commencer
Au début de l’automne, le vortex polaire stratosphérique recommence progressivement à se former au-dessus de l’Arctique.
Pour l’instant, aucun signal solide ne permet d’annoncer un vortex particulièrement faible ni un réchauffement stratosphérique soudain.
Un autre indice va même plutôt dans le sens inverse : la QBO est passée en phase occidentale. À 30 hPa, les vents équatoriaux sont devenus d’ouest au printemps et atteignaient environ +14,7 m/s en août. Les 51 scénarios saisonniers ECMWF maintiennent actuellement cette QBO occidentale pendant l’hiver.
Statistiquement, une QBO occidentale favorise davantage un vortex polaire robuste qu’une QBO orientale.
Nous avons donc actuellement deux forces qui pourraient en partie s’opposer :
El Niño très fort → possibilité d’un vortex davantage perturbé en cours d’hiver.
QBO occidentale → tendance plutôt favorable à un vortex solide.
Cette opposition est l’une des raisons pour lesquelles la deuxième moitié de l’hiver reste particulièrement incertaine.
Les modèles saisonniers privilégient néanmoins la douceur
Lorsque l’on compare actuellement cinq grands modèles saisonniers européens — ECMWF, Met Office britannique, Météo-France, CMCC italien et DWD allemand — ils donnent tous une anomalie thermique positive à l’échelle européenne pour décembre, janvier et février.
La moyenne des cinq modèles tourne autour de :
+1,0 °C en décembre,
+0,9 °C en janvier,
+0,9 °C en février,
par rapport à leur climatologie de référence propre.
Il faut toutefois être prudent avec ces chiffres : ils représentent une moyenne sur toute l’Europe et ne signifient évidemment pas que chaque journée sera plus chaude d’un degré.
Ils indiquent simplement que le scénario d’un hiver globalement plus doux que la normale reste actuellement le plus probable.
Cela n’empêche absolument pas une vague de froid de quelques jours ou de quelques semaines. Météo-France rappelle régulièrement que les tendances saisonnières décrivent une moyenne sur plusieurs mois et ne permettent pas de prévoir les épisodes froids individuels.
Décembre : l’Atlantique pourrait prendre le contrôle
Le signal le plus cohérent pour décembre est actuellement celui d’une circulation relativement océanique.
Les modèles saisonniers privilégient une anomalie de pression plus basse vers le nord-ouest de l’Europe et des pressions plus élevées plus au sud, ce qui favoriserait un courant d’ouest ou de sud-ouest assez fréquent.
Façade ouest : Bretagne, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine
Ce serait probablement la région la plus directement exposée aux perturbations atlantiques.
On pourrait donc connaître une succession de périodes pluvieuses et venteuses, entrecoupées de journées plus calmes.
Les températures seraient souvent relativement douces, surtout près de l’océan.
Les fortes gelées durables seraient moins fréquentes que lors d’un hiver dominé par un anticyclone continental.
Le risque principal pourrait davantage venir des fortes précipitations et des coups de vent que de la neige.
Nord et Bassin parisien
Même tendance générale : douceur fréquente, passages perturbés et vents d’ouest.
Des périodes anticycloniques pourraient néanmoins apporter brouillards et inversions thermiques, avec parfois des températures beaucoup plus basses au sol que ne le suggère la moyenne saisonnière.
La neige en plaine resterait possible lors de brefs conflits de masses d’air, mais elle n’apparaît pas actuellement comme un signal dominant.
Est de la France
Alsace, Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté et les vallées alpines pourraient connaître davantage de contrastes.
L’influence océanique y arrive souvent plus affaiblie, ce qui permet plus facilement des inversions, du gel et quelques séquences froides.
Mais la tendance saisonnière resterait également plutôt douce dans l’ensemble.
Sud et Méditerranée
Le scénario dépendra énormément de la latitude du courant-jet.
S’il reste très au nord, le pourtour méditerranéen pourrait connaître de longues périodes relativement calmes.
S’il descend ponctuellement vers la péninsule Ibérique ou la Méditerranée occidentale, les perturbations pourraient au contraire devenir très actives sur le Languedoc, PACA ou la Corse.
Janvier : probablement le mois charnière
Janvier est actuellement le mois le plus intéressant.
Les modèles conservent dans l’ensemble une anomalie douce en Europe, autour de +0,9 °C en moyenne dans le multi-modèle actuel.
Mais c’est aussi à partir de cette période que les conséquences d’un El Niño exceptionnellement puissant pourraient commencer à davantage toucher la stratosphère et l’Atlantique Nord.
Si le vortex polaire reste solide et que la NAO devient positive, le scénario serait assez simple :
Atlantique très actif, perturbations fréquentes, douceur et périodes venteuses.
Mais si le vortex commence à s’affaiblir et que la NAO bascule négative, le scénario peut complètement changer.
Un anticyclone pourrait alors se développer vers le Groenland, l’Islande ou la Scandinavie, forçant le courant-jet à descendre vers le sud.
Dans ce cas, des descentes d’air froid deviendraient possibles sur la France et l’Europe occidentale.
C’est probablement la principale porte d’entrée vers un vrai épisode hivernal cet hiver.
Février : davantage d’incertitude et potentiellement plus de contrastes
Curieusement, février est le mois pour lequel le signal chaud des modèles s’affaiblit légèrement chez ECMWF, même si le consensus multi-modèle reste doux.
ECMWF passe par exemple d’une anomalie européenne proche de +1 °C en décembre à environ +0,65 °C en février. D’autres modèles restent nettement plus doux.
Cela ne signifie pas que février sera froid.
Mais cela laisse davantage de place à des changements de circulation.
C’est également la période où un éventuel affaiblissement du vortex polaire pourrait avoir les conséquences les plus importantes en basse atmosphère.
On pourrait donc imaginer un hiver où décembre serait franchement océanique, janvier ferait la transition et février deviendrait beaucoup plus variable.
Alpes : un hiver potentiellement très dépendant de l’altitude
Pour les Alpes, la situation est particulièrement intéressante.
Un courant d’ouest fréquent peut apporter énormément d’humidité.
À haute altitude, si les températures restent suffisamment basses, cela pourrait se traduire par des épisodes neigeux importants.
Certaines projections saisonnières suggèrent justement que les hauts massifs alpins au-dessus de 1 800 à 2 000 mètres pourraient bénéficier de bonnes quantités de neige, alors que les stations de moyenne altitude souffriraient davantage des périodes de redoux.
Le scénario pourrait donc être très différent selon l’altitude :
au-dessus de 2 000 m : potentiel neigeux plutôt intéressant ;
1 200 à 1 800 m : alternance neige/pluie et fonte plus fréquente ;
basses vallées : neige probablement irrégulière.
Le vrai risque serait la succession :
fortes chutes de neige → redoux → pluie en altitude → regel, un cocktail propice aux avalanches.
Pyrénées : situation plus fragile
Les Pyrénées pourraient être davantage pénalisées par une circulation océanique douce.
Un courant d’ouest ou de sud-ouest peut certes provoquer de fortes précipitations sur le versant français, mais avec une limite pluie-neige souvent assez élevée.
À haute altitude, les quantités de neige pourraient rester importantes lors des grosses perturbations.
En revanche, les stations moyennes ou basses seraient davantage exposées aux redoux.
Le scénario changerait complètement si le courant-jet descendait vers l’Espagne : les Pyrénées pourraient alors connaître de très gros épisodes neigeux.
C’est donc probablement le massif français où la trajectoire précise des dépressions sera déterminante.
L’Atlantique, l’autre grande inconnue
Il ne faut pas oublier l’océan.
Les eaux de l’Atlantique et des mers européennes ont connu des températures particulièrement élevées ces derniers mois.
Un océan chaud fournit davantage d’énergie et d’humidité aux dépressions.
Cela peut amplifier certaines précipitations lorsque de l’air froid arrive au-dessus de l’Europe occidentale.
Mais un Atlantique chaud ne garantit pas un hiver doux.
Ce qui comptera surtout sera la disposition des anomalies océaniques et leur influence sur le courant-jet.
Alors, quel hiver pour la France ?
À ce stade, le scénario qui ressort le plus clairement n’est pas celui d’un hiver rigoureux.
Le scénario dominant serait plutôt :
Décembre
Doux, humide et assez souvent perturbé, particulièrement sur l’ouest et le nord.
Janvier
Toujours plutôt doux en moyenne, mais davantage de possibilités de changements de régime.
Février
Le mois actuellement le plus incertain, avec un potentiel plus important de blocages et de séquences froides, sans qu’un scénario froid puisse pour autant être privilégié.
Pour résumer régionalement :
Ouest : probablement le secteur le plus humide et océanique.
Nord : souvent doux et perturbé, mais exposé aux éventuelles descentes froides en cas de blocage nordique.
Est : plus continental et donc potentiellement plus froid lors des périodes calmes ; épisodes neigeux possibles.
Sud : souvent plus doux, mais possibilité de périodes très humides si les dépressions plongent vers la Méditerranée.
Alpes : potentiel neigeux intéressant en altitude, mais enneigement plus fragile aux altitudes intermédiaires.
Pyrénées : enneigement potentiellement très variable et dépendant de la latitude du courant-jet.
Les trois indices à surveiller cet automne
Trois paramètres pourraient encore bouleverser complètement ce scénario.
Le premier sera la NAO. Une NAO positive renforcerait fortement le scénario doux et océanique.
Le deuxième sera le vortex polaire. Un affaiblissement marqué en janvier ou février augmenterait les possibilités de froid.
Et le troisième sera évidemment El Niño, dont la puissance pourrait atteindre des niveaux historiques cet automne. La NOAA estime actuellement que l’événement devrait persister durant tout l’hiver 2026-2027.
C’est peut-être finalement ce qui rend cet hiver particulièrement intéressant : les signaux de douceur sont solides, mais les ingrédients permettant un retournement brutal en deuxième partie d’hiver existent également.
Autrement dit, un hiver doux en moyenne ne signifie pas forcément un hiver sans hiver.
Adaptation Terra Projects
Sources
NOAA Climate Prediction Center — ENSO / El Niño 2026-2027
Copernicus Climate Change Service (C3S) — prévisions saisonnières Europe
ECMWF — Seasonal Forecasts / vortex polaire
NOAA Physical Sciences Laboratory — QBO et NAO
Météo-France — El Niño, tendances saisonnières et enneigement
Copernicus Marine — températures de l’Atlantique Nord et vagues de chaleur marines
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