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Quand les Greco Romains polluaient l’Atmosphère.

L’HISTOIRE DE LA POLLUTION ATMOSPHERIQUE PAR LE CUIVRE REVELEE PAR LES GLACES DU GROENLAND.

Ceci ne serait peut être qu’une histoire de plus d’une pollution humaine. Mais voici que même après 2500 ans, on découvre que l’Humanité a agit sur son environnement. Voici la plus grande pollution antique créée par l’Humanité…

 

L’histoire de la pollution par le plomb de l’hémisphère Nord depuis les civilisations grecques et romaines avait pu être retracée il y a trois ans par Claude Boutron et son équipe du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble (LGGE, CNRS/Université de Grenoble)*. Il était apparu que les Grecs et les Romains avaient déjà pollué à grande échelle l’atmosphère de l’hémisphère Nord près de deux mille ans avant la Révolution industrielle. Ces résultats avaient été permis grâce à l’analyse des glaces du carottage GRIP (Greenland Ice Core Project) effectué à Summit au Groenland en 1990-1992 dans le cadre d’un programme européen auquel la France avait participé. Après celle du plomb, l’équipe du LGGE s’est attachée à l’analyse du cuivre dans ces mêmes carottes glaciaires. Les résultats obtenus montrent que les glaces du Groenland central ont gardé la trace de l’histoire de la production de cuivre, notamment pendant l’Antiquité. Les chercheurs ont pu déterminer que les retombées de cuivre anthropique, sur l’ensemble de la calotte glaciaire du Groenland, ont été plus de 10 fois supérieures entre -2 500 ans et la Révolution industrielle qu’entre la Révolution industrielle et maintenant. Ces études ouvrent la voie à une approche quantitative de la paléométallurgie qui a joué un rôle important dans le développement des sociétés humaines.

Les 21 sections de carottes analysées ont été choisies de façon à couvrir une période de 2 500 ans, allant de 1 000 ans avant Jésus Christ jusqu’à la Renaissance, ce qui correspond aux civilisations grecques et romaines, aux temps médiévaux et à la Renaissance. Deux sections de carottes vieilles de plus de 7 000 ans ont également été analysées, de façon à pouvoir déterminer les concentrations naturelles de cuivre présentes avant le début de la production de ce métal par l’homme. Le cuivre étant présent à de très basses concentrations dans les glaces polaires (de l’ordre de 10-12 g par g de glace), les analyses étaient extrêmement délicates à effectuer, ce qui rendait indispensable le recours à des techniques sophistiquées de décontamination des carottes, à des salles blanches et à des techniques spectrométriques ultrasensibles. Les résultats (voir figure) montrent que les concentrations de cuivre ont commencé à s’élever au-dessus des niveaux naturels il y a environ 2 500 ans. Pendant l’époque gréco-romaine, les concentrations sont en moyenne le double des concentrations naturelles. Elles restent à ce niveau pendant les temps médiévaux, avant de monter rapidement après la Révolution industrielle. Ces variations ne peuvent pas être expliquées par des changements des apports naturels, ils sont la marque des émissions de cuivre vers l’atmosphère liées aux activités de production de ce métal. Ceci indique que l’atmosphère de l’hémisphère Nord était déjà polluée par le cuivre plus de 2 000 ans avant la Révolution industrielle. Pour le confirmer, les chercheurs se sont livrés à une compilation des données publiées sur la production de cuivre au cours de l’histoire, non seulement en Europe, mais aussi par exemple en Chine. Cette production a débuté il y a 7 000 ans environ. Elle n’est cependant devenue significative qu’il y a 5 000 ans environ, après la mise au point de techniques pour le traitement des minerais de carbonates et oxydes de cuivre et après l’introduction du bronze dans la fabrication de l’étain, qui marqua le début de l’âge du Bronze. La production n’a ensuite cessé de se développer pour culminer une première fois à l’apogée de la République et de l’Empire Romain, avec une production maximale de l’ordre de 15 000 tonnes/an. Elle a ensuite fortement décru en Europe.

Depuis l’Antiquité, la pollution atmosphérique s’est accrue considérablement jusqu’à ce jour, parallèlement à l’accroissement de la population et au développement des industries.  Une partie importante de cette pollution atmosphérique est constituée d’aérosols anthropiques de différentes origines (i.e. chauffage au charbon, mines, industries et carburants). Ces fines particules de poussière de taille variant de 1 à 100 microns sont déposées et incorporées dans les sols, libérant des métaux lourds comme le plomb, le zinc, le cuivre, le cadmium, etc. Ces métaux contaminent fortement les sols et plus particulièrement les tourbières. Ces métaux potentiellement dangereux excèdent souvent les concentrations naturelles observées dans les tourbes plus profondes (i.e. plus anciennes).

Et aujourd’hui ?

Il y a beaucoup d’endroits où les eaux superficielles et les eaux souterraines sont envahies par des déchets industriels, agricoles et municipaux. Selon la Commission mondiale de l’eau pour le XXIe siècle, plus de la moitié des grands fleuves mondiaux sont tellement appauvris et pollués qu’ils mettent en danger la santé humaine et empoisonnent les écosystèmes environnants. Dans beaucoup de grandes villes du monde en développement, l’eau potable est contaminée. Le moitié seulement des 550 millions d’habitants de l’Asie du Sud-Est ont accès à une eau potable salubre.

Des maladies imputables à des métaux lourds sont connues depuis l’Antiquité romaine, quand des pots et des conduites en plomb et des fonderies de plomb étaient tenus responsables pour la perte d’intelligence des enfants et le comportement anormal des adultes. Aujourd’hui, les métaux lourds libérés dans l’environnement proviennent d’émissions non contrôlées de fonderies et d’autres activités industrielles, de l’évacuation de déchets industriels dans des conditons dangereuses et du plomb que renferment les conduites d’eau, la peinture et l’essence.

Parmi les métaux lourds dangereux pour la santé, il faut citer le plomb, le mercure, le cadmium, l’arsenic, le cuivre, le zinc et le chrome. Ces métaux se trouvent à l’état naturel dans le sol, sous forme de traces qui posent peu de problèmes. Cependant, quand ils sont concentrés dans des aires particulières, ils posent un grave danger. L’arsenic et le cadmium, par exemple, peuvent causer le cancer. Le mercure peut provoquer des mutations et des dégâts génétiques, tandis que le cuivre, le plomb et le mercure peuvent causer des lésions au cerveau et aux os.

Les additifs au plomb contenus dans l’essence peuvent causer de nombreux problèmes de santé dans certains pays. En Thaïlande, par exemple, une étude effectuée en 1990 a constaté qu’environ 70.000 enfants vivant à Bangkok risquaient de perdre au moins quatre points de leur QI (quotient intellectuel), établi d’après des tests normalisés, parce qu’ils étaient fortement exposés aux émissions de plomb provenant de véhicules à moteur. En Amérique latine, quelque 15 millions d’enfants de moins de deux ans courent des risques de santé à cause de la pollution par le plomb.

C’est ainsi, que les grecos romains ont commencé à polluer l’environnement, il y a 2500 ans. Aujourd’hui, nous avons atteind le seuil de ce qui peut se faire en matière de danger. Que restera t-il de nos pollutions pour les générations futures ?

Sources : http://www.cnrs.fr/Cnrspresse/n23a4.html / http://www.ulg.ac.be/urap/tourbe-paleoclimats.htm /http://www.infoforhealth.org/pr/prf/fm15/m15chap2_2.shtml

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