Dernières Infos

Les moines médiévaux auraient pu consigner sans le savoir la virulence de l’activité volcanique

credit Pixabay

En décrivant les éclipses de Lune, les moines du Moyen Âge n’imaginaient pas consigner l’influence de gigantesques éruptions volcaniques survenues quelques mois auparavant et qui pourraient être l’une des causes d’un refroidissement climatique à leur époque, selon une étude.

Les éclipses lunaires se produisent quand la Lune passe dans l’ombre de la Terre, qui fait écran aux rayons du Soleil. Perdant son éclat blanc, l’astre devient rougeâtre.

En 1884, l’astronome français Camille Flammarion s’est aperçu que cette coloration rouge s’était assombrie. Il a alors suggéré un lien avec l’éruption cataclysmique du volcan Krakatoa en Indonésie, l’année précédente, qui avait éjecté une immense quantité de poussière dans le ciel.

Ce lien a été démontré plus récemment, après de grandes éruptions comme celle du mont Pinatubo, aux Philippines, en 1991, explique à l’AFP Sébastien Guillet de l’Université de Genève, auteur principal de l’étude parue mercredi dans Nature.

Ce paléoclimatologue passionné d’archives médiévales savait que les moines consignaient les phénomènes célestes, dont des éclipses de Lune : ils étaient particulièrement attentifs à sa coloration, ayant à l’esprit l’Apocalypse qui parle d’une lune rouge sang.

J’écoutais l’album Dark Side of the Moon de Pink Floyd lorsque j’ai réalisé que les éclipses de Lune les plus sombres s’étaient toutes produites environ un an après des éruptions volcaniques majeures, raconte Sébastien Guillet.

Il est établi que les 12e et 13e siècles ont connu une activité volcanique intense, avec des éruptions puissantes et rapprochées – dont celle du Samalas en Indonésie en 1257.

credit Pixabay

Ces éruptions ont laissé des traces dans les carottes de glace, qui contiennent des particules volcaniques retombées sur Terre. Mais en dehors du Samalas, la chronologie restait approximative.

La lecture exhaustive des textes rédigés par les moines des 12e et 13e siècles, principalement en Europe mais aussi au Moyen-Orient et en Asie, a permis d’affiner le calendrier.

Sur les 51 éclipses totales de Lune rapportées entre 1100 et 1300, les chroniqueurs en ont observé au moins cinq où l’astre paraissait anormalement sombre. Il y avait vraiment de quoi avoir peur, décrivait un scribe japonais le 2 décembre 1229.

Les scientifiques ont recoupé les jours exacts de ces évènements avec les renseignements des carottes de glace, et comparé ces résultats à des données contemporaines. Ils en ont déduit la date des explosions survenues quelques mois auparavant – dont les moines n’avaient pas connaissance, car trop lointaines.

Cette approche innovante réussit à pointer l’année, parfois même le mois, de l’éruption, se réjouit Anne Lawrence-Mathers, historienne à l’Université britannique de Reading, dans un commentaire joint à l’étude.

Si les moines voyaient une Lune sombre, c’est parce qu’elle était obstruée par des aérosols propulsés dans la stratosphère, à plus de 10 km d’altitude, selon le paléoclimatologue. Seules les éruptions les plus puissantes éjectent aussi haut leurs panaches de cendres – convertis en aérosols en entrant dans l’atmosphère.

Six éruptions gigantesques se sont produites en l’espace de 200 ans, ce qui est exceptionnel, souligne le scientifique.

De récentes recherches ont émis l’hypothèse que cette intense activité volcanique pourrait avoir contribué à la mise en place du petite période glaciaire, qui a touché une partie de l’hémisphère nord du 13e au 19e siècle.

Les aérosols volcaniques ont ainsi pu limiter les rayonnements du Soleil et refroidir les températures sur Terre. De fortes éruptions tropicales peuvent provoquer un refroidissement global d’environ 1 degré en quelques années, développe le géomorphologiste Markus Stoffel, l’un des auteurs de l’étude.

L’analyse des cernes de croissance des arbres, indicateurs des changements de températures, a confirmé ce coup de froid qui a affecté notamment les récoltes.

Les moines n’avaient pas vu d’été aussi froid depuis longtemps, avec l’impression de voir un brouillard constant, décrit Sébastien Guillet.

Il n’existe toutefois pas encore de consensus parmi les scientifiques sur les causes de cette période glaciaire, et il nous reste encore bien des choses à apprendre de ces éruptions, fait-il valoir, ajoutant c’est mieux de partir de leur date exacte pour comprendre si elles ont eu, ou non, un impact sur le climat et les sociétés.

source : https://ici.radio-canada.ca/

(164)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.