Dossier Refroidissement – Épisode 1 : le réchauffement climatique peut-il paradoxalement refroidir certaines régions ?

Lorsqu’on évoque le changement climatique, l’image qui vient immédiatement à l’esprit est celle d’une planète qui se réchauffe. Pourtant, la réalité du système climatique est bien plus complexe.

Depuis plusieurs décennies, les scientifiques étudient la possibilité que certaines régions du globe puissent connaître un refroidissement relatif malgré le réchauffement global de la planète. Cette apparente contradiction est liée au fonctionnement des grands courants océaniques, notamment dans l’Atlantique Nord.

Le rôle essentiel du Gulf Stream

Le Gulf Stream est l’un des courants océaniques les plus connus au monde. Il transporte d’immenses quantités de chaleur depuis les régions tropicales vers l’Atlantique Nord.

Grâce à lui, l’Europe occidentale bénéficie d’un climat relativement doux par rapport à d’autres régions situées aux mêmes latitudes. Sans cette circulation océanique, les hivers européens seraient nettement plus rigoureux.

Mais le Gulf Stream n’est en réalité qu’une partie d’un système beaucoup plus vaste appelé AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation), ou circulation méridienne de retournement de l’Atlantique.

Pourquoi les scientifiques surveillent-ils l’AMOC ?

L’AMOC fonctionne comme un gigantesque tapis roulant océanique. Les eaux chaudes remontent vers le nord, se refroidissent progressivement puis plongent en profondeur avant de repartir vers le sud.
Ce mécanisme dépend en partie de la salinité et de la densité de l’eau.
Or, la fonte accélérée du Groenland et de la banquise arctique apporte de grandes quantités d’eau douce dans l’Atlantique Nord. Cette eau étant moins dense que l’eau salée, elle pourrait perturber certains mécanismes qui alimentent l’AMOC.
Plusieurs études suggèrent qu’un affaiblissement est déjà en cours depuis plusieurs décennies.

Faut-il craindre une nouvelle ère glaciaire ?

La réponse est non.
Les modèles climatiques actuels ne prévoient pas une glaciation soudaine de l’Europe ni un scénario comparable à celui du film Le Jour d’après.

Même dans l’hypothèse d’un ralentissement important de l’AMOC, le réchauffement global continuerait à influencer fortement les températures mondiales.

En revanche, certaines régions pourraient connaître :
des modifications des régimes de précipitations ;
des hivers localement plus froids que prévu ;
des changements dans les trajectoires des tempêtes ;
des perturbations des écosystèmes marins ;
une élévation régionale du niveau de la mer.

Les leçons du passé

Les archives climatiques montrent que la Terre a déjà connu des changements rapides de circulation océanique.

Des événements survenus à la fin de la dernière période glaciaire semblent avoir provoqué des refroidissements régionaux marqués dans l’Atlantique Nord. Ces épisodes constituent aujourd’hui un sujet majeur de recherche.

Cependant, les conditions actuelles sont différentes de celles qui existaient il y a plusieurs milliers d’années. Les scientifiques restent donc prudents lorsqu’ils comparent ces événements passés à notre situation actuelle.

(Rainer Lesniewski/iStock/Getty Images Plus)

Une réalité plus complexe que les idées reçues

Le changement climatique ne signifie pas simplement que toutes les régions de la planète vont se réchauffer au même rythme.
Le système climatique agit comme un immense réseau d’interactions entre océans, atmosphère, glaces, continents et biosphère. Certaines zones peuvent connaître des évolutions très différentes de la tendance moyenne mondiale.

C’est pourquoi les chercheurs surveillent avec attention l’évolution du Groenland, de l’Arctique et de l’AMOC. Ces régions pourraient jouer un rôle majeur dans l’évolution du climat au cours du XXIᵉ siècle.
La véritable question n’est plus de savoir si le climat change, mais comment ces différents mécanismes vont interagir et quelles seront leurs conséquences pour les générations futures. 

Article mis à jour en 2026

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