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Un monde à la Gattaca

chromosomes

chromosomes« Jusqu’à présent, nous pensions que le futur se trouvait dans les étoiles. Aujourd’hui nous savons qu’il est dans nos gènes », James Watson, Prix Nobel de Biologie.

Cette citation résume le propos de Bienvenue à Gattaca, premier long métrage et premier chef d’oeuvre de Andrew Niccol, un jeune réalisateur néo-zélandais. L’intrigue se déroule dans un futur proche, plus proche qu’on ne le pense, où la sélection génétique est devenue une pratique courante.

Dans notre futur, la société pourrait donc agrandir et créer un trou béant dans notre propre civilisation, dans notre propre espèce. Nous sommes tous responsables pour que cela n’arrive jamais. C’est en ces mots qu’en 2008, nous faisions un article d’anticipation sur la Terre du Futur. Aujourd’hui, la réalité semble vouloir dépasser la fiction avec des ambitions de la Chine sur ce sujet !


 

La Chine peut-elle vraiment sélectionner génétiquement ses génies ?

La reproduction sexuelle, c’est un coup de dés génétique. Sur une centaine d’ovules et des millions de spermatozoïdes, seuls deux se rencontreront pour former un bébé dont le capital naturel reflétera les meilleures caractéristiques de ses parents –ou les pires. Procréer par rapport sexuel, c’est jouer à la roulette russe avec l’ADN. Impossible de miser plus gros. Entre un bébé bien portant et un autre souffrant d’un handicap grave, il n’y a qu’un petit allèle de différence.

Et si la science était capable de jouer sur ces probabilités? D’augmenter les chances d’avoir un enfant intelligent et en bonne santé? La perspective est aussi exaltante qu’effrayante. Mais est-elle pour autant réaliste? En mars, un article du magazine Vice a été extrêmement partagé sur les réseaux sociaux. Il laissait entendre que la chose était aussi imminente qu’inévitable –juste qu’elle n’allait pas se produire dans nos Etats-Unis un peu trop obtus.

génie génétique

Cet article (traduit en français sous le titre: «La Chine a un nouveau plan pour dominer le monde, et il implique de l’eugénisme et des bébés génies») expliquait qu’en Chine, super-puissance asiatique et meilleure ennemie des Américains, un grand programme venait d’être lancé pour fabriquer, par ingénierie génétique, de gros intellos hyper-productifs. En voici un extrait:

«A l’Institut de génomique de Pékin (BGI), à Shenzhen, des scientifiques ont collecté des échantillons d’ADN sur 2.000 des individus les plus intelligents du monde, avant de séquencer leur génome pour identifier les allèles déterminant l’intelligence. Apparemment, ils ne seraient pas loin de les découvrir et quand ils l’auront fait, le dépistage des embryons permettra aux parents de choisir les zygotes les plus brillants et d’augmenter potentiellement l’intelligence de chaque génération de 5 à 15 points de QI. Au bout de quelques générations, chercher à concurrencer les Chinois sur le plan intellectuel reviendra à vouloir défier Lena Dunham à un concours de fous-toi-à-poil-à-la-télé.»

A première vue, un article aussi sensationnaliste était fait pour rencontrer le scepticisme de ses lecteurs avant d’être méprisé, voire démenti, par la presse généraliste. Mais non: le papier été partagé en masse sur Facebook et Reddit, et il s’est même payé les honneurs de la BBC, dans la revue de web de sa rubrique «Future».

De fait, dans ses grandes lignes, l’article dit vrai –et pas seulement en ce qui concerne les strip-teases intempestifs de Lena Dunham. Mais il est aussi à bien des égards crédule, trompeur ou très largement exagéré. Et cela vaut la peine de trier le bon grain de l’ivraie, car dans un futur pas si lointain, on peut tout à fait concevoir que des parents aient à opérer un choix crucial avant de faire leurs bébés. Un choix entre féconder des embryons en laboratoire et analyser leur ADN pour tenter de sélectionner et d’engendrer le bébé le plus robuste possible, ou en rester à la bonne vieille méthode, en laissant la génétique au hasard.

Commençons par les erreurs. La Chine n’est pas en train de fabriquer des bébés par «ingénierie génétique». Et même si c’était le cas, impossible que les scientifiques chinois sachent comment fabriquer des génies. Et même s’ils le savaient, ils ne pourraient pas garantir l’obtention d’un génie, car le génie dépend tout autant des gènes que de l’environnement.

Par contre, ses éléments de vérité sont fascinants, exaltants et inquiétants. Des scientifiques sont d’ores et déjà en train d’améliorer le dépistage génétique des embryons humains pour détecter des maladies comme la mucoviscidose ou la drépanocytose.

Chez Reprogenetics, un laboratoire privé du New Jersey, les couples porteurs d’une maladie génétique peuvent vérifier que la mutation est absente de leurs embryons avant leur implantation dans l’utérus de la femme. Il s’agit du diagnostic pré-implantatoire (DPI), une technologie qui progresse à vitesse grand V. Santiago Munné, le directeur du laboratoire, m’a expliqué qu’il pense pouvoir proposer d’ici un an un dépistage génétique unique de plus de 100 maladies, pour quelques milliers de dollars.

Le DPI est déjà un moyen pour les femmes de sélectionner le sexe de leurs embryons. Et aux Etats-Unis, le choix se porte très largement vers les filles.

La prochaine grande étape consistera à séquencer tout le génome des embryons. Ce qui ouvre non seulement la porte à la sélection du sexe ou au dépistage de maladies monogéniques, mais aussi à la détection de troubles plus complexes, comme l’autisme –et même, pourquoi pas, à certaines qualités comme la beauté ou l’intelligence. Mais pour Munné, ce genre de «sélection positive» est inacceptable:

«Sélectionner des embryons en fonction, par exemple, de la couleur de leurs yeux, cela signifie en exclure d’autres, toujours sur la base de certains traits et c’est une démarche contraire à l’éthique.»

Dans tous les cas, rien ne dit que le BGI de Shenzhen ou même le gouvernement chinois soient réellement en train de mettre au point une sorte de programme de sélection génétique. Miller, l’unique source citée par Vice, m’a expliqué qu’il fondait cette conjecture sur ses «propres spéculations liées à l’histoire des politiques démographiques chinoises» ajoutées à quelques «discussions informelles avec des personnes impliquées dans l’étude». Pour l’instant, il ne s’agit donc que d’une étude scientifique, et rien d’autre.

Mais si Miller est d’accord pour dire que Vice a sans doute choisi un angle un peu trop sensationnaliste pour son article, il défend l’idée d’une sélection embryonnaire débouchant un jour sur des gains intellectuels substantiels.

«Ce qu’il faut savoir, c’est que le projet [du BGI de Shenzhen] ne vise pas qu’une poignée de gènes à détecter puis à manipuler, ce qu’ils recherchent, ce sont les millions de variations génétiques contribuant à l’intelligence, voir comment elles se combinent les unes aux autres. Et c’est là que réside la réussite potentielle de la sélection embryonnaire de l’intelligence.»

Vous l’aurez donc compris, pour l’heure rien n’est fait, mais les portes sont ouvertes et les envies sont étalées au grand jour.

résumé et source de : http://www.slate.fr

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