Alors que l’on parle souvent de la montée du niveau des océans à l’échelle mondiale, un phénomène beaucoup moins connu attire de plus en plus l’attention des océanographes. Depuis plusieurs décennies, la côte est de l’Amérique du Nord connaît une élévation du niveau de la mer plus rapide que la moyenne mondiale. Une partie de cette hausse est liée au réchauffement climatique, mais une autre pourrait être directement connectée à l’évolution de la circulation océanique de l’Atlantique Nord.
Une hausse qui dépasse la moyenne mondiale
Depuis 1900, le niveau moyen des océans s’est élevé d’environ 20 à 25 centimètres à l’échelle du globe. Cependant, entre la Floride, les Carolines, la Virginie et jusqu’à New York, certaines régions enregistrent une augmentation nettement supérieure.
Dans plusieurs secteurs, les marégraphes montrent une hausse dépassant 30 à 40 centimètres. Certaines villes connaissent désormais des inondations lors de simples marées hautes, sans tempête ni ouragan.
Les scientifiques parlent d’une élévation dynamique du niveau de la mer.
Le rôle du Gulf Stream
Le Gulf Stream transporte chaque seconde des dizaines de millions de mètres cubes d’eau chaude vers l’Atlantique Nord.
Lorsqu’il est puissant, ce courant agit comme un immense tapis roulant. Sa vitesse crée une légère pente de la surface de l’océan : le niveau est légèrement plus élevé au large qu’au bord des côtes américaines.
Mais si cette circulation ralentit, cet effet diminue.
L’eau s’accumule alors progressivement contre la côte est des États-Unis.
Le résultat est simple : le niveau de la mer augmente localement, indépendamment de la fonte des glaciers.
Un épisode spectaculaire en 2009-2010
Les chercheurs disposent déjà d’un exemple très parlant.
Entre 2009 et 2010, les instruments mesurant l’AMOC ont observé un ralentissement temporaire d’environ 30 %.
Durant cette même période, le niveau de la mer est monté de près de 10 centimètres entre New York et Terre-Neuve, avec des pics dépassant 12 centimètres localement en seulement deux ans.
Ce phénomène a été suffisamment marqué pour être confirmé par plusieurs équipes scientifiques.
Il démontre qu’une modification de la circulation océanique peut produire des effets rapides sur le niveau marin régional.

Un indice surveillé de près
Aujourd’hui, les chercheurs suivent cette évolution avec beaucoup d’attention.
Une accélération durable du niveau de la mer sur la côte est américaine pourrait constituer l’un des nombreux indices d’un affaiblissement progressif de la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC).
Il ne s’agirait évidemment pas d’une preuve suffisante à elle seule.
Cependant, associée à d’autres observations — comme le cold blob au sud du Groenland, la perte de chaleur en profondeur ou l’apport croissant d’eau douce provenant de la fonte du Groenland — elle contribuerait à renforcer l’hypothèse d’une modification durable de la circulation océanique.
Des conséquences bien au-delà des États-Unis
Si l’AMOC continuait de ralentir, les conséquences ne se limiteraient pas aux côtes américaines.
Les modèles climatiques suggèrent également :
- une modification des trajectoires des tempêtes atlantiques ;
- une redistribution des pluies tropicales ;
- des changements du jet-stream ;
des hivers plus contrastés en Europe ; - une augmentation des risques d’inondations côtières sur certaines portions de la façade atlantique nord-américaine.
Les scientifiques restent prudents : aucun élément ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’un point de bascule a été franchi.
En revanche, l’accumulation d’indices indépendants conduit de plus en plus de chercheurs à considérer que l’évolution de l’Atlantique Nord constitue l’un des principaux sujets de surveillance climatique du XXIᵉ siècle.
Une surveillance qui ne fait que commencer
Grâce aux satellites, aux marégraphes, aux flotteurs Argo et aux réseaux de mesure de l’AMOC, les océanographes disposent aujourd’hui d’une quantité de données sans précédent.
Les prochaines années seront déterminantes. Si le niveau de la mer sur la côte est américaine continue de s’élever plus rapidement que prévu, parallèlement à un renforcement du cold blob et à un affaiblissement confirmé de l’AMOC, ces observations pourraient fournir des éléments précieux pour comprendre l’évolution future de la circulation océanique mondiale.
Adaptation Terra Projects
Sources
NOAA – Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC)
NOAA Geophysical Fluid Dynamics Laboratory – Extreme sea level rise along the U.S. Northeast coast in 2009–2010
American Geophysical Union – Études sur la relation entre l’AMOC et le niveau de la mer sur la côte est des États-Unis
IPCC AR6 – Chapitre Océans, Cryosphère et niveau de la mer
National Oceanography Centre (Royaume-Uni) – AMOC and sea level dynamics
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