Cold Blob : l’étrange refroidissement de l’Atlantique Nord annonce-t-il un basculement de l’AMOC au XXIe siècle ?

Le mystérieux « Cold Blob » de l’Atlantique : le signal d’alarme d’un océan qui change

Alors que la planète se réchauffe à un rythme sans précédent, une région de l’Atlantique Nord fait figure d’exception. Située entre le sud du Groenland et l’Islande, cette vaste zone océanique affiche depuis plusieurs décennies une tendance au refroidissement relatif. Les climatologues l’ont baptisée le « Cold Blob » ou « trou froid de l’Atlantique ».

Les nouvelles recherches publiées en 2026 renforcent une hypothèse qui inquiète les scientifiques depuis longtemps : ce refroidissement serait l’un des meilleurs indicateurs visibles du ralentissement de l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation), l’immense système de courants océaniques dont fait partie le célèbre Gulf Stream. 

Depuis quand observe-t-on ce Cold Blob ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce phénomène n’est pas apparu récemment.

Les analyses des températures océaniques montrent qu’il est visible dès la fin du XIXe siècle, mais qu’il devient particulièrement marqué à partir des années 1950-1970. Depuis cette époque, alors que la quasi-totalité des océans du globe se réchauffent, cette région s’est refroidie d’environ 1°C par rapport à sa situation historique. 

Les observations satellitaires depuis les années 1990 ont confirmé cette anomalie. Les chercheurs ont récemment démontré que ce refroidissement n’est pas principalement dû à une perte de chaleur vers l’atmosphère, mais à une diminution du transport de chaleur par les courants océaniques eux-mêmes. Autrement dit : l’océan apporte moins de chaleur dans cette région qu’auparavant. 

Pourquoi l’AMOC ralentit-elle ?

L’AMOC fonctionne comme un gigantesque tapis roulant océanique.

Les eaux chaudes tropicales remontent vers l’Europe. En arrivant dans l’Atlantique Nord, elles se refroidissent, deviennent plus denses et plongent vers les profondeurs avant de repartir vers le sud.

Le problème est que le Groenland fond de plus en plus vite.

Cette fonte injecte d’immenses quantités d’eau douce dans l’Atlantique Nord. Cette eau douce est moins dense que l’eau salée et empêche partiellement les eaux de surface de plonger en profondeur. Le moteur de l’AMOC perd alors de son efficacité. 

Le ralentissement est-il déjà mesurable ?

Oui.

Les études les plus récentes indiquent que l’AMOC est probablement à son niveau le plus faible depuis au moins un millénaire. Plusieurs travaux convergent vers une baisse significative de son intensité depuis le milieu du XXe siècle. 

Les modèles climatiques les plus pessimistes projettent désormais une diminution de 40 à 60 % d’ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre restent élevées. 

L’AMOC peut-elle réellement s’arrêter ?

C’est aujourd’hui l’une des plus grandes questions de la climatologie.

La réponse honnête est : personne ne sait précisément quand.

Deux grandes écoles scientifiques s’affrontent :

Les modèles climatiques traditionnels du GIEC suggèrent qu’un effondrement total avant 2100 reste peu probable, même si un fort ralentissement est attendu. 

D’autres études récentes, basées sur les observations réelles de l’océan, estiment qu’un point de bascule pourrait être atteint beaucoup plus tôt, possiblement entre 2037 et 2109 avec un scénario central autour du milieu du siècle. 

Le problème est que les incertitudes restent énormes.

Certains chercheurs considèrent même que les modèles actuels sous-estiment fortement la fragilité réelle de l’AMOC. 

Estimation basée sur l’état actuel des connaissances

Si l’on combine les observations océaniques, les travaux de Stefan Rahmstorf et les études les plus récentes :

Un ralentissement continu de l’AMOC semble quasiment certain d’ici 2050.

Une perte de 20 à 40 % de sa puissance d’ici le milieu du siècle paraît plausible.

Un effondrement complet avant 2040 me semble peu probable.

La période 2050-2100 apparaît aujourd’hui comme la fenêtre de risque principale.

Un arrêt total durant le XXIe siècle reste possible mais n’est absolument pas démontré. 

Que se passerait-il si l’AMOC s’arrêtait ?

Contrairement au film Le Jour d’après, l’Europe ne basculerait pas dans une nouvelle ère glaciaire en quelques semaines.

Les conséquences se produiraient sur plusieurs décennies :

  • Refroidissement marqué de l’Atlantique Nord.
  • Modification des trajectoires des tempêtes.
  • Hausse du niveau marin sur la côte est des États-Unis.
  • Perturbation des moussons africaines et sud-américaines.
  • Sécheresses accrues autour de la Méditerranée.
  • Réduction de certaines productions agricoles européennes. 

Conclusion

Le Cold Blob n’est plus considéré comme une simple curiosité océanographique. Les études publiées en 2026 renforcent l’idée qu’il constitue l’une des empreintes les plus visibles du ralentissement de l’AMOC. Ce n’est pas la preuve qu’un effondrement est imminent, mais c’est probablement l’un des signaux d’alerte les plus sérieux observés aujourd’hui dans le système climatique mondial. 

Pour résumer en une phrase : le ralentissement de l’AMOC est désormais très probable, mais la date éventuelle de son basculement reste l’une des plus grandes inconnues de la climatologie moderne.

Adaptation Terra Projects 

Sources principales :

Nature Geoscience – Current Atlantic Meridional Overturning Circulation Weakest in Last Millennium (Caesar et al., 2021)⁠

Étude majeure montrant que l’AMOC est probablement à son niveau le plus faible depuis au moins 1 000 ans. 

Nature

Carbon Brief – AMOC Explainer (2026)⁠

Excellente synthèse sur le fonctionnement de l’AMOC, ses risques et les dernières recherches. 

Carbon Brief

Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) – Gulf Stream System at its Weakest in Over a Millennium⁠

Travaux de Stefan Rahmstorf, l’un des spécialistes mondiaux du sujet. 

Potsdam Institut de Recherche Climatique

EGUsphere – The AMOC is Weakening: Time to Take the Evidence Seriously? (Rahmstorf, 2026)⁠

Analyse récente reliant directement le « Cold Blob » au ralentissement de l’AMOC. 

EGUsphere

Sources récentes sur le Cold Blob (2026)

Phys.org – Atlantic Cold Blob Caused by Weakening Ocean Current⁠

Présente les résultats de l’étude publiée dans Geophysical Research Letters.  Phys.org

Live Science – Mysterious Cold Blob in the Atlantic is a Sign of the Gulf Stream Weakening⁠

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