La première chambre froide au monde préserve l’histoire climatique de la Terre
Mercredi 14 janvier 2026, des scientifiques ont scellé d’anciens morceaux de glace glaciaire dans un sanctuaire unique en son genre en Antarctique, dans l’espoir de préserver pour les siècles à venir ces traces du climat passé de la Terre, qui disparaissent rapidement.
Les deux carottes de glace prélevées dans les Alpes européennes sont les premières à être stockées dans une grotte de neige spécialement construite à cet effet sur le continent gelé, qui devrait un jour abriter des archives inestimables provenant du monde entier.
Situé à la station Concordia, à 3 200 mètres d’altitude au cœur de l’Antarctique, le sanctuaire de glace protégera la collection dans une chambre froide naturelle à moins 52 °C, sans aucun besoin de réfrigération.
Les carottes de glace fournissent des informations précieuses sur les conditions climatiques des millénaires passés, et ces échantillons pourraient aider les scientifiques du futur à percer leurs mystères longtemps après la disparition des glaciers.
« Préserver ce qui serait autrement irrémédiablement perdu… est une entreprise pour l’humanité », a déclaré Thomas Stocker, climatologue suisse et président de la Fondation Ice Memory, qui a mené cette initiative.
Ce projet ambitieux a nécessité près d’une décennie de préparation et a posé des défis non seulement logistiques, mais aussi diplomatiques sans précédent.
Le sanctuaire est en réalité une grotte de 35 mètres de long, 5 mètres de haut et 5 mètres de large, creusée à environ 10 mètres sous la surface dans une neige compacte où la température reste constamment négative.
Dans des conditions claires mais glaciales à Concordia, à environ 1 000 kilomètres de la côte, les scientifiques ont coupé un ruban bleu lorsque les dernières boîtes contenant des carottes prélevées au Mont Blanc et au Grand Combin ont été placées dans la chambre froide.
Au cours des prochaines décennies, les scientifiques ont l’intention d’alimenter les archives avec de la glace provenant de régions alpines telles que les Andes, l’Himalaya et le Tadjikistan, où l’AFP a assisté à l’extraction d’un carottage de 105 mètres en septembre.
Secrets invisibles
Forés au cœur des glaciers de montagne, les carottages de glace se compactent lentement au fil du temps et contiennent de la poussière et d’autres indicateurs climatiques qui peuvent nous renseigner sur les conditions météorologiques anciennes.
Une couche de glace transparente indique une période chaude pendant laquelle le glacier a fondu puis regelé, tandis qu’une couche de faible densité suggère la présence de neige tassée plutôt que de glace, ce qui peut aider à estimer les précipitations.
Les échantillons fragiles présentant des fissures indiquent quant à eux des chutes de neige sur des couches à moitié fondues qui ont ensuite regelé.
D’autres indices peuvent révéler davantage d’informations : les matériaux volcaniques tels que les ions sulfate peuvent servir de marqueurs temporels, tandis que les isotopes de l’eau peuvent révéler les températures.
Mais leur véritable valeur « réside dans l’avenir », a déclaré Carlo Barbante, climatologue italien et vice-président de la Fondation Ice Memory.
« Les scientifiques utiliseront des technologies que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui, et ils extrairont de la glace des secrets qui nous sont actuellement invisibles », a-t-il déclaré.
Mais ces archives fragiles disparaissent rapidement à mesure que la planète se réchauffe, et les scientifiques préviennent que des milliers de glaciers disparaîtront chaque année au cours des prochaines décennies.
Mercredi, les observateurs climatiques américains et européens ont confirmé que 2025 était la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, prolongeant une série de chaleurs sans précédent largement dues à la combustion de combustibles fossiles par l’humanité.
« Nous sommes dans une course contre la montre pour sauver ce patrimoine avant qu’il ne disparaisse à jamais », a déclaré M. Barbante.
Bien commun mondial
Outre les considérations environnementales, l’emplacement du sanctuaire est censé garantir le statut neutre des carottes de glace afin qu’elles soient à l’abri de toute ingérence politique et accessibles à tous.
Le sanctuaire est hébergé dans la station de recherche franco-italienne sur un territoire régi par un traité mondial, et l’accès à l’avenir ne devrait être accordé que sur la base du mérite scientifique.
Mais ces questions étaient « délicates » car il n’existait actuellement aucun cadre juridique pour régir une telle entreprise, a déclaré la directrice de la fondation, Anne-Catherine Ohlmann, à l’AFP avant l’inauguration du sanctuaire.
Il était essentiel que « ce patrimoine soit régis afin que ces carottes de glace soient disponibles dans quelques décennies, voire quelques siècles, pour les bons bénéficiaires et pour les bonnes raisons pour l’humanité », a-t-elle déclaré.

Le sanctuaire Ice Memory à Concordia, en Antarctique. (© Gaetano Massimo Macri/ENEA PRNA IPEV)
Adaptation Terra Projects
Sources : © Agence France-Presse / https://www.sciencealert.com/
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