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La méditerranée va connaître un tsunami majeur d’ici 30 ans

Propagation du tsunami en considérant un déport vertical de 5,4 m et une magnitude associée de Mw 7. Nature

Le risque qu’un mur d’eau se forme après un séisme est quasi certain. Les populations sont invitées à s’y préparer.

On se rappelle encore des terribles images du tsunami qui a frappé les côtes thaïlandaises notamment, le 26 décembre 2004. Jamais à l’époque, on n’aurait pu penser qu’un tel phénomène s’abatte sur notre littoral.

Pourtant la commission océanographique intergouvernementale de l’Unesco l’affirme, il faut s’attendre à une catastrophe de ce type dans les prochaines années en mer Méditerranée.

La Commission océanique internationale (COI) de l’Unesco souhaite à cette occasion étendre son programme « Tsunami Ready », créé en 2017, pour préparer les populations côtières à se préparer aux risques de tsunami et notamment en Méditerranée.

La probabilité est maximale. Le risque qu’un tsunami survienne en Méditerranée au cours des trente prochaines années « est proche de 100 % » a averti, mercredi 22 juin, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Elle a assuré qu’elle comptait étendre son programme de protection face à la menace d’un tsunami à 100% des populations côtières, d’ici à la fin de la décennie. Quelles zones seraient touchées ? Y a-t-il eu beaucoup de tsunamis en Méditerranée par le passé ?

La Méditerranée est le théâtre d’environ 10% des tsunamis survenus dans le monde, expose le sismologue Pascal Roudil, responsable du Centre d’alerte aux tsunamis (Cenalt), hébergé au Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Les exemples ne manquent pas. Le plus récent date du 30 octobre 2020. Un puissant séisme d’au moins 6,6 sur l’échelle de Richter au large de la Turquie a provoqué un tsunami sur les côtes de l’île grecque de Samos et à Izmir. L’un des exemples les plus anciens remonte au XVIe siècle avant Jésus-Christ. A la suite de l’éruption du volcan Santorin, un tsunami a touché la Crète, où vivait la civilisation minoenne. Le scénario s’est confirmé et précisé en octobre 2021 : après analyses de sédiments, le CNRS a affirmé que les côtes septentrionales de la Crête avaient été frappées par « une inondation de plus de 500 mètres à l’intérieur des terres ».

L’origine des tsunamis dans la région méditerranéenne et ses mers connexes, y compris la mer de Marmara, la mer Noire et la marge ibérique du sud-ouest dans l’océan Atlantique du nord-est, est examinée dans le cadre géologique et sismotectonique de la région. Diverses sources documentaires historiques, combinées à des signatures géologiques sur terre et au large, à des empreintes géomorphologiques, à des observations sur des sites archéologiques côtiers sélectionnés, ainsi qu’à des enregistrements instrumentaux, des récits de témoins oculaires et des images, indiquent clairement que des sources de tsunamis sismiques et non sismiques (par exemple, volcanisme, glissements de terrain) peuvent être trouvées dans toutes les mers de la région avec un potentiel tsunamigène variable.

Des tsunamis locaux, régionaux et à l’échelle du bassin ont été documentés. Une carte améliorée des 22 principales zones tsunamigènes et de leur potentiel relatif de génération de tsunamis est présentée. D’ouest en est, les zones tsunamigènes les plus importantes sont situées au large de l’Ibérie du Sud-Ouest, dans la marge nord-algérienne, dans les détroits de Calabre et de Messine tyrrhéniens, dans les segments occidentaux et orientaux de l’Arc hellénique, dans le golfe de Corinthe de la Grèce centrale, dans la mer Levantine au large de la faille transformante de la mer Morte et dans la partie orientale de la mer de Marmara. Des exemples historiques importants, y compris des tsunamis destructeurs associés à de grands séismes, sont présentés. La récurrence moyenne des tsunamis forts dans les différents bassins varie considérablement, mais la fréquence d’événement la plus élevée (1/96 ans) est observée dans le bassin méditerranéen oriental.

Pour la plupart des événements historiques, on ne sait toujours pas quelle était la source sismique responsable et si le tsunami a été provoqué par un glissement cosismique, par des glissements de terrain sous-marins déclenchés par des séismes ou par une combinaison des deux mécanismes. Dans les temps préhistoriques, les éruptions volcaniques sous-marines (c’est-à-dire l’effondrement de la caldeira, les coulées pyroclastiques massives, les glissements de terrain volcaniques) et les grands glissements de terrain sous-marins ont provoqué d’importants tsunamis, mais on sait peu de choses sur leurs mécanismes d’origine.

Nous concluons qu’une étude plus approfondie des mécanismes de génération des tsunamis est de première importance dans la région méditerranéenne. Les apports de la modélisation numérique des tsunamis ainsi que les critères de discrimination empiriques pour caractériser les sources de tsunamis se sont avérés particulièrement efficaces pour les tsunamis récents, bien documentés, dus à des glissements de terrain asismiques (par exemple, 1963 Golfe de Corinthe, 1979 Côte d’Azur, 1999 Baie d’Izmit, 2002 Volcan Stromboli). Étant donné que les mécanismes de génération des tsunamis sont contrôlés par une variété de facteurs et que la connaissance de l’activité passée des tsunamis est la pierre angulaire pour entreprendre des actions d’atténuation des risques de tsunamis, de futurs efforts de recherche interdisciplinaires sur les tsunamis passés sont nécessaires.

Quelles sont les zones françaises menacées ?

« Toute la côte méditerranéenne française est concernée, tranche Pascal Roudil. Tout dépend de l’endroit où le séisme survient. » Autrement dit, des Pyrénées-Orientales aux Alpes-Maritimes, sans oublier la Corse, la vigilance est la même. Il remarque toutefois que le fond marin vers Perpignan remonte en pente douce, ce qui pourrait amplifier les hauteurs de vagues. En revanche, au large de Nice et de Cannes, l’aplomb est à pic, ce qui a tendance à réduire la violence et la hauteur d’un éventuel tsunami.

En regardant dans le passé, des tsunamis ont déjà eu lieu sur les côtes méditerranéennes françaises. Le 23 février 1887, lors du séisme au large d’Imperia, en Italie, la France (et sa voisine) avaient été touchées par des vagues hautes de 1 à 2 mètres par endroit.

Le 16 octobre 1979, un tsunami avait causé la mort de 11 personnes et provoqué d’importants dégâts, notamment à Antibes (Alpes-Maritimes), comme le montrent ces images d’archives.

Pointer les zones déjà frappées s’avère important car « le principe général est que là où il y a eu un tsunami, il y aura un tsunami », a déclaré Bernardo Aliaga, spécialiste des tsunamis à l’Unesco. Sans oublier que plus le temps passe, plus cette probabilité augmente.

Quels seraient les dégâts entraînés par ces tsunamis ?
Il est impossible de prévoir avec exactitude la puissance du séisme qui provoquera un (grand) tsunami en Méditerranée. Une chose est certaine : il sera moins puissant que ceux qui ont lieu dans l’océan Pacifique car « les failles de subduction en Méditerranée sont moins grandes que celles du Pacifique », assure Pascal Roudil. « On estime que la magnitude maximum en Méditerranée occidentale, entre la Sicile et Gibraltar, serait atteinte au nord de l’Algérie (…). Elle serait de 7,5 », relate-t-il. A titre de comparaison, le séisme à l’origine du dévastateur et meurtrier tsunami survenu en 2004 en Asie du Sud était de magnitude 9,3.

« Selon l’orientation de la faille, si elle est tournée horizontalement vers la France, c’est-à-dire avec un maximum d’énergie vers nos côtes, les simulations montrent que l’on aurait des vagues de 3 mètres de haut, grand maximum. »

Pascal Roudil, responsable du Centre d’alerte aux tsunamis à franceinfo
Une telle hauteur serait dévastatrice. « La probabilité d’une vague d’un mètre, donc catastrophique, dans les trente prochaines années y est très élevée [en Méditerranée] », a prévenu Vladimir Ryabinine, secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale de l’Unesco. « Un tsunami de 50 centimètres de haut peut faire énormément de dégâts. C’est un mur d’eau capable de soulever une voiture et de la déposer plusieurs dizaines de mètres plus loin », a mis en garde, dans les colonnes de Libération, Bernardo Aliaga, spécialiste des tsunamis à l’Unesco.

Or les côtes méditerranéennes sont très peuplées. L’Unesco soulignait, dans une vidéo de 2013, que « la densité de population des zones littorales européennes est très importante et ne cesse d’augmenter » et que « les littoraux d’Europe et d’Afrique du Nord sont des zones d’activité intense avec de nombreux foyers industriels et quelques-uns des plus grands ports du monde ». Elle relevait également que le pourtour méditerranéen est le « premier foyer touristique du monde ». Un cocktail redoutable car « les effets d’un tsunami sont généralement plus importants dans les ports, sur les plages et dans les embouchures des fleuves ».

Les autorités de Marseille, Cannes, Alexandrie, Istanbul et Chipiona prévoient des panneaux d’informations et des procédures d’évacuation en cas d’alerte, à destination des habitants comme des touristes.

Objectif : « Nous voulons que 100% des communautés exposées à un risque avéré soient prêtes d’ici à 2030 ».

Adaptation Terra Projects

sources : https://www.midilibre.fr/ / https://www.midilibre.fr/ / https://www.leprogres.fr/

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