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La grande panne spatiale

La grande panne du ciel : il ne nous avait fallu que 50 ans entre le 1er avion et la conquête spatiale et depuis, rien de très nouveau sous le soleil

La NASA célèbre en ce moment les premiers pas d’un homme dans l’espace. C’était en 1957. Quelques années plus tard, l’homme marchait sur la lune. Pourtant, depuis, les évolutions semblent s’être arrêtées ou du moins ralenties.

Jusqu’à la fin des années 60, les avancées en terme de conquête spatiales ont semblé colossales. De la conquête du ciel à celle de l’espace, quelles ont été ces avancées ? Qu’est-ce qui les a motivées ?

Olivier Sanguy : Les avancées spectaculaires de la conquête spatiale des années 1960 s’expliquent par le climat d’affrontement qui existait alors entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique. Les deux pays, dans un contexte de Guerre Froide, faisaient la démonstration de leurs capacités techniques en mettant en avant leurs succès spatiaux. C’était bien évidemment aussi l’occasion pour chacun des deux pays de mettre sur pied une logique de propagande, leurs avancées spatiales étant alors une vitrine des mérites de leur système politique et économique.

De fait, les budgets alloués, en pourcentage de la richesse nationale, étaient plus importants qu’aujourd’hui. De nos jours, la NASA reçoit moins de 1 % du budget fédéral américain.

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En comparaison, depuis les années 70 les avancées semble moindres. En quoi ont-elles consisté ?

Il faut dire que l’Amérique a remporté la course à la Lune dans le contexte expliqué précédemment. De fait, pour le grand public, il était difficile de faire mieux que l’extraordinaire exploit que représente le fait d’envoyer des astronautes sur notre satellite naturel. Pourtant, des sondes ont été envoyées explorer le système solaire et d’énormes progrès ont été accomplis au niveau des vols habités autour de la Terre avec notamment la Station Spatiale Internationale qui réunit les Etats-Unis, la Russie, le Canada, le Japon et l’Europe. Enfin, il y a eu une véritable explosion de l’utilisation de l’espace pour notre planète avec les satellites météo, d’observation, de positionnement, de télécommunications, etc.

Pourquoi les projets nous semblent-ils moins spectaculaires ?

Parce qu’ils sont intégrés de façon cachée dans notre vie quotidienne sans que leur aspect spatial soit visible. Quand on utilise un GPS avec un smartphone, on ne voit pas qu’une trentaine de satellites sur orbite avec des horloges atomiques à bord sont indispensables ! Regarder un événement sportif en direct qui se déroule à l’autre bout de monde fait appel aux satellites de télécommunications, mais on ne marque plus comme avant, ou beaucoup moins, « par satellite ». En fait, le spatial est partout dans notre quotidien et c’est là que réside cette avancée spectaculaire. Le problème est qu’elle ne se voit pas. Si on coupait du jour au lendemain tous les satellites, là on s’apercevrait qu’on en peut plus se passer du spatial.

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Qu’est-ce qui peut expliquer que la conquête spatiale ne progresse pas de façon exponentielle, contrairement à l’idée que le progrès est justement exponentiel ? Qu’est-ce qui justifie cette perte de vitesse ?

A nouveau, il y a des tas d’aspects dans le spatial où le progrès a été exponentiel. Si on songe à la somme de données qu’un satellite de météo fournit aujourd’hui par rapport aux années 1960 ou 1970, on est dans l’exponentiel ! Certes, c’est moins spectaculaire que les premières sorties en scaphandre qui se sont déroulées côté soviétique puis américain voici maintenant 50 ans. La perte de vitesse est donc selon moi du côté de la visibilité médiatique mais pas forcément au niveau technologique. C’est juste qu’on est passé à des progrès cachés qui se traduisent par des applications (météo, télécommunications, positionnement) dont le lien avec l’espace n’est pas toujours souligné.

Les médias semblent également s’en être relativement désintéressés. Comment le comprendre alors qu’au siècle dernier la question de la conquête spatiale déchaînait l’enthousiasme populaire ?

Cet enthousiasme venait du fait que l’affrontement entre les Etats-Unis et l’URSS s’est focalisé sur les vols habités, ce qui créée un lien fort puisque des hommes et des femmes sont impliqués. Il y avait aussi un enjeu politique. De plus, on était dans une logique de premières : premier homme dans l’espace, première femme, première sortie en scaphandre, premiers hommes sur la Lune, etc. Ensuite, ne négligeons pas le fait que les budgets spatiaux ont baissé en pourcentage de richesse nationale : il a donc fallu faire des choix et se diriger vers des programmes certes utiles mais peut-être moins épiques, même si de grandes choses ont été réalisées et qui continuent à susciter l’intérêt, comme l’atterrissage de la sonde Philae sur la comète 67P en novembre de l’année dernière.

La NASA espère pouvoir envoyer un homme sur mars en 2030, pour y parvenir une « soucoupe volante » (parachute géant) est en train d’être mise au point. Quels sont aujourd’hui les projets les plus prometteurs ?

En fait, cette « soucoupe volante » est un engin qui permet de tester des techniques de rentrée atmosphérique pour se poser sur Mars. Lors des premiers pas sur la Lune, on annonçait l’Homme sur Mars pour les années 1980 ! Techniquement, certains ingénieurs affirment qu’on peut dès aujourd’hui faire une mission habitée sur Mars. Mais il manque clairement la volonté politique. 2030 est à la fois une date raisonnable (il faudrait 15 ans et Apollo a eu moins de dix ans pour atteindre son objectif voulu par Kennedy, pourtant tout restait à inventer) et aussi une date qui n’engage aucun politicien puisqu’elle est au-delà de leurs échéances électorales. Une mission martienne habitée se fera si une grande coopération internationale est mise sur pied, ou si une nouvelle course à l’espace est relancée en raison d’un contexte géopolitique. N’oublions pas toutefois que d’autres projets spatiaux sont prometteurs pour notre avenir : les satellites d’observations de la Terre qui nous permettront de mieux gérer nos ressources naturelles et de surveiller l’évolution du climat, l’émergence d’un secteur spatial privé qui ambitionne de jouer un rôle grandissant dans les vols habités, la miniaturisation qui aboutit à des satellites de plus en plus petits et donc à une baisse du coût de l’accès à l’espace, de futures mission robotiques d’exploration, etc. Ainsi, le 14 juillet prochain, pour la première fois, une sonde va survoler Pluton. Un monde lointain aux confins du système solaire dont on sait très peu de choses !

sources : http://www.atlantico.fr/

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