Le volcan Anak Krakatau, dans le détroit de la Sonde en Indonésie, connaît dans la nuit du 4 au 5 septembre 2026 une phase éruptive particulièrement intense. Après plusieurs semaines d’activité soutenue, le volcan a brusquement changé de régime vendredi soir, donnant naissance à une imposante colonne éruptive qui a atteint la stratosphère.
Les dernières données disponibles montrent qu’il ne s’agit pas d’une simple explosion strombolienne comme celles observées régulièrement ces dernières semaines.
Le Volcanic Ash Advisory Centre (VAAC) de Darwin a détecté grâce au satellite Himawari-9 un panache atteignant le niveau de vol FL500, soit environ 15,2 kilomètres d’altitude. À l’heure où cet article est rédigé, l’activité reste suivie de très près.

Une brusque accélération dans la soirée
L’épisode paroxystique semble avoir commencé aux alentours de 23 h 30 heure locale en Indonésie, soit environ 18 h 30 en France métropolitaine.
Les premières images diffusées depuis la région montrent une activité incandescente particulièrement importante, avec de puissantes projections de matériaux et de lave au-dessus du cratère.
Un média de Lampung rapporte une forte éruption entre 23 h 30 et 1 heure du matin, avec d’importantes projections de lave incandescente. Des détonations auraient également été entendues dans plusieurs secteurs autour du détroit de la Sonde.
Mais c’est surtout l’imagerie satellitaire qui permet désormais de mesurer l’ampleur réelle de l’événement.
À 16 h 30 UTC, le VAAC de Darwin détectait déjà des cendres jusqu’au niveau FL450, environ 13,7 km d’altitude. Dix minutes plus tard, le panache atteignait FL480, avant de monter jusqu’à FL500, soit un peu plus de 15 km.
Il s’agit donc d’un changement d’échelle spectaculaire par rapport à l’activité observée encore quelques heures auparavant.
Un panache visible depuis l’espace
Le bulletin du VAAC publié à 20 h 10 UTC le 4 septembre, soit 22 h 10 en France, signalait toujours une éruption de haute altitude atteignant FL500.
La partie supérieure du nuage de cendres se déplaçait rapidement vers l’ouest, à environ 40 nœuds, soit près de 75 km/h.
Une seconde masse de cendres, plus basse, était détectée jusqu’à FL180, environ 5,5 km d’altitude, en direction du sud à sud-est.
Le satellite Himawari-9 a permis d’estimer la température du sommet du nuage autour de –68 °C, une donnée utilisée par les spécialistes pour déterminer son altitude.
Ces valeurs montrent que l’éruption a injecté des matériaux très haut dans l’atmosphère.

Une activité qui était déjà en forte augmentation
Cette éruption ne survient cependant pas sans signes précurseurs.
Depuis plusieurs semaines, Anak Krakatau était devenu de plus en plus actif.
Entre le 22 et le 31 août, les instruments indonésiens avaient enregistré :
- 174 séismes associés à des explosions ou éruptions ;
- 714 séismes liés aux émissions volcaniques ;
- 336 événements de basse fréquence ;
- 851 séismes hybrides ou multiphasiques ;
- de nombreux épisodes de tremor.
Les mesures satellitaires avaient également détecté une importante émission de dioxyde de soufre, comprise suivant les périodes entre environ 715 et 2 922 tonnes par jour, ainsi que des anomalies thermiques au niveau du cratère.
Le 4 septembre encore, quelques heures seulement avant le paroxysme, les observateurs signalaient des émissions gris-noir atteignant seulement 50 à 300 mètres au-dessus du cratère. Les sismographes enregistraient néanmoins de nombreux tremors harmoniques et séismes de basse fréquence indiquant la circulation de fluides volcaniques sous l’édifice.
En quelques heures, le volcan est donc passé d’émissions de quelques centaines de mètres à une colonne atteignant plus de 15 000 mètres.

L’une des phases les plus puissantes depuis plusieurs années
Il est encore trop tôt pour attribuer un indice VEI à cette éruption. Cet indice dépend notamment du volume total de matériaux émis et de la durée de la phase explosive, données qui ne sont pas encore disponibles.
Cependant, la hauteur atteinte par le panache montre qu’il s’agit d’un épisode très important pour l’Anak Krakatau récent.
Durant les semaines précédentes, les panaches ne dépassaient généralement que quelques centaines de mètres. Le Smithsonian indiquait encore pour la période du 6 au 12 août des émissions comprises entre environ 10 et 150 mètres au-dessus du sommet.
La différence avec la situation actuelle est donc considérable.
Le paroxysme du 10-11 avril 2020 avait déjà produit une spectaculaire activité explosive et une très haute colonne éruptive. L’épisode actuel pourrait devenir l’un des plus significatifs observés depuis cette période, mais il faudra attendre les analyses du PVMBG pour pouvoir établir une comparaison scientifique précise.
Attention à la comparaison avec le Krakatau de 1883
Le nom de Krakatau évoque immédiatement l’une des plus célèbres catastrophes volcaniques de l’Histoire.
En août 1883, le Krakatau originel fut en grande partie détruit au cours d’une gigantesque éruption de VEI 6. Les explosions et surtout les tsunamis provoqués par l’effondrement de l’édifice firent plus de 36 000 morts.
Le volcan qui entre aujourd’hui en éruption n’est toutefois pas exactement celui de 1883.
Anak Krakatau, littéralement « l’enfant du Krakatau », est apparu au centre de l’ancienne caldeira plusieurs décennies après la catastrophe et s’est progressivement reconstruit.
Son histoire récente a néanmoins montré qu’il pouvait lui aussi provoquer des phénomènes dangereux.
Le précédent dramatique de 2018
Le 22 décembre 2018, une partie importante d’Anak Krakatau s’était effondrée dans la mer pendant une phase éruptive.
Ce glissement massif avait déplacé brutalement l’eau du détroit de la Sonde et généré un tsunami qui avait frappé les côtes de Java et de Sumatra, faisant plus de 400 victimes.
C’est précisément pour cette raison que l’évolution de l’édifice est surveillée avec une attention particulière.
Pour l’instant, aucune information officielle disponible ne signale qu’un phénomène comparable est en cours le 4 septembre 2026, ni qu’un tsunami ait été déclenché par cette nouvelle éruption.
Il faut donc éviter d’associer automatiquement une forte éruption d’Anak Krakatau à un tsunami.
Les autorités indonésiennes rappellent néanmoins que les populations du détroit de la Sonde doivent connaître les itinéraires d’évacuation en raison de la possibilité, beaucoup plus rare, d’un tsunami volcanique non tectonique.
Le niveau d’alerte reste à III
Avant cette brusque intensification, Anak Krakatau était déjà placé au niveau III – Siaga, sur une échelle indonésienne comportant quatre niveaux.
Les autorités interdisent actuellement l’accès dans un rayon de 3 kilomètres autour du centre de l’activité volcanique.
Le PVMBG considère que la dynamique du magma superficiel reste élevée et que de nouvelles éruptions sont possibles.
Cette recommandation concerne également les touristes, pêcheurs et embarcations s’approchant de l’île.

Que peut-il se passer maintenant ?
Tout dépendra de la durée du paroxysme.
Trois évolutions principales sont envisageables.
Le volcan peut rapidement perdre de sa puissance et revenir à une activité strombolienne beaucoup plus modérée.
Il peut également connaître plusieurs nouvelles impulsions explosives dans les prochaines heures ou les prochains jours, ce qui est fréquent lors de ce type de crise volcanique.
Enfin, les volcanologues surveilleront particulièrement toute modification importante de l’édifice, car Anak Krakatau reste un volcan insulaire aux flancs potentiellement instables.
Il serait néanmoins prématuré de parler d’un scénario comparable à 1883 ou même à 2018. Une colonne éruptive atteignant 15 km constitue un phénomène spectaculaire et potentiellement dangereux pour l’aviation, mais elle ne signifie pas à elle seule qu’une catastrophe majeure est imminente.

Une éruption à suivre heure par heure
Cette nuit du 4 au 5 septembre 2026 restera quoi qu’il arrive comme une nette rupture dans la crise éruptive qui touche Anak Krakatau depuis cet été.
En seulement quelques heures, un volcan qui produisait encore des panaches de quelques centaines de mètres a envoyé ses cendres à plus de 15 kilomètres d’altitude.
À 22 h 10 heure française, le VAAC de Darwin indiquait toujours une « high level eruption », une éruption de haute altitude, avec des cendres détectées jusqu’au niveau FL500.
Les prochaines observations satellitaires et les données du PVMBG, du VAAC de Darwin et des autorités indonésiennes permettront de déterminer si ce paroxysme commence à décliner ou s’il marque le début d’une phase éruptive encore plus importante.
Adaptation Terra Projects
Sources
PVMBG / Badan Geologi – Indonésie ; VAAC Darwin / Australian Bureau of Meteorology ; BPBD Lampung Selatan ; Smithsonian Global Volcanism Program ; BMKG Indonésie ; médias locaux de Lampung.
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