L’été 2026 prend une tournure dramatique dans le sud de l’Europe. Après plusieurs vagues de chaleur particulièrement précoces, l’Espagne et l’Italie affrontent une succession d’incendies de forêt, parfois simultanés, qui mobilisent des milliers de pompiers et menacent directement les habitants, les terres agricoles et les espaces naturels.
La chaleur extrême ne provoque pas à elle seule les départs de feu. Elle transforme cependant la végétation desséchée en un combustible extrêmement inflammable et permet au moindre foyer de prendre rapidement des proportions catastrophiques.
En Espagne, un incendie gigantesque près de Madrid
La situation est particulièrement grave en Espagne, devenue en 2026 le pays de l’Union européenne le plus touché par les incendies de forêt.
Le feu le plus préoccupant s’est déclaré le 16 juillet dans la province de Guadalajara, au nord-est de Madrid. Parti à proximité de La Mierla, il s’est propagé à une vitesse considérable sous l’effet de la sécheresse, de la chaleur et du vent.
Après cinq jours de lutte, plus de 26 000 hectares avaient déjà été parcourus par les flammes. Plus d’un millier de personnes ont dû quitter leur domicile et près d’une trentaine de localités ont été directement menacées ou placées en état d’alerte. Plusieurs villages supplémentaires ont été évacués à mesure que le front de feu progressait.
D’après les premières constatations des autorités régionales, l’incendie pourrait avoir commencé lors de travaux agricoles ou d’une opération de récolte. Cette hypothèse devra toutefois être confirmée par l’enquête.
Près de 300 pompiers, agents forestiers, militaires et personnels de secours ont été engagés, avec l’appui d’avions bombardiers d’eau et d’hélicoptères. Le relief accidenté et les changements de direction du vent compliquent fortement leur travail.

Une saison déjà meurtrière en Espagne
Le gigantesque incendie de Guadalajara survient moins de deux semaines après un autre drame dans la province d’Almería, en Andalousie.
Le feu, qui a touché la région de Los Gallardos, a ravagé environ 7 000 hectares de forêts et de terres agricoles. Treize personnes ont perdu la vie dans une zone isolée où résidait notamment une communauté étrangère. Les victimes étaient de plusieurs nationalités, parmi lesquelles des Britanniques, des Belges, une Française, une Américaine et un Espagnol.
Plusieurs secteurs de Catalogne, d’Aragon, de Castille-et-León, de Madrid et de la Communauté valencienne ont également connu des incendies importants depuis le début de l’été.
Début juillet, un incendie sur la Costa Brava avait notamment brûlé environ 2 300 hectares. Dans la province de Castellón, près de 40 000 habitants avaient reçu l’ordre de rester confinés en raison des fumées et de la proximité des flammes, tandis que plusieurs centaines de personnes avaient été évacuées.
Selon les estimations disponibles, plus de 104 000 hectares auraient déjà brûlé en Espagne depuis le début de l’année 2026. Ce bilan place le pays très au-dessus de sa moyenne habituelle à cette période de l’année.


L’Italie touchée du Piémont à la Sicile
De l’autre côté de la Méditerranée, l’Italie connaît elle aussi une multiplication des incendies.
Les feux concernent aussi bien les régions du sud, traditionnellement exposées, que certaines zones du nord du pays. La Sicile, la Calabre, la Sardaigne et le Piémont figurent parmi les territoires les plus éprouvés.
En Sicile, plusieurs incendies ont été signalés autour de Palerme, de Modica et dans différentes zones rurales de l’île. Le 18 juillet, des flammes importantes ont notamment été observées à proximité d’habitations près de Modica, alors que les températures restaient très élevées.
La Sicile avait déjà enregistré, avant même le cœur de la saison estivale, environ 175 incendies et près de 4 770 hectares brûlés. Elle devançait alors la Calabre, où plus de 1 500 hectares avaient été parcourus par 156 feux.
En Sardaigne, plusieurs incendies ont également menacé des zones agricoles, des villages et des secteurs touristiques. Sur une île soumise à des vents parfois violents, un incendie peut changer brutalement de direction et couper les routes d’évacuation en quelques minutes.
Une « catastrophe écologique » dans le Piémont
La présence d’incendies persistants dans le Piémont montre que le risque ne se limite plus aux seules régions méridionales.
Depuis le début du mois de juillet, les pompiers italiens interviennent sur plusieurs feux de forêt dans les provinces de Turin, de Verceil et de Verbano-Cusio-Ossola. Certaines zones montagneuses sont particulièrement difficiles d’accès, obligeant les secours à employer des hélicoptères et des moyens aériens.
Les dommages écologiques peuvent être considérables dans ces secteurs. Les incendies détruisent non seulement les arbres, mais aussi les sols, les habitats des animaux, les insectes, les champignons et toute une partie de la biodiversité invisible.
Après le passage du feu, la disparition de la végétation augmente également le risque d’érosion, de coulées de boue et de glissements de terrain lors des prochains épisodes pluvieux.

Près de 500 incendies recensés en Italie avant l’été
Entre janvier et le 15 juin 2026, l’Italie avait déjà enregistré près de 500 incendies, ayant détruit environ 9 545 hectares. Cette superficie représentait une augmentation de plus de 36 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Les données recueillies au début du mois de juillet portaient ensuite le bilan national à environ 11 500 hectares brûlés. La multiplication des foyers en juillet laisse penser que ce chiffre continuera d’augmenter rapidement au cours des prochaines semaines.
La Protection civile italienne a placé la période allant du 1er juillet au 5 septembre au niveau maximal de vigilance saisonnière. La flotte nationale comprend notamment quinze Canadair CL-415 et quatre hélicoptères lourds Erickson S-64F. Des appareils européens du dispositif rescEU peuvent aussi être mobilisés en cas de crise majeure.
Pourquoi autant d’incendies ?
Les causes exactes varient d’un incendie à l’autre. Certains feux sont liés à des accidents agricoles, à des véhicules, à des travaux, à des lignes électriques, à des mégots ou à des brûlages mal maîtrisés. D’autres sont volontairement allumés. La foudre peut également provoquer des départs de feu, notamment lors d’orages secs.
Dans les pays méditerranéens, la grande majorité des incendies est directement ou indirectement liée à une activité humaine. Cela ne signifie cependant pas que le climat ne joue aucun rôle.
Le réchauffement climatique agit comme un puissant amplificateur. Les vagues de chaleur deviennent plus intenses, les sécheresses se prolongent et l’humidité contenue dans les sols et les végétaux diminue. Lorsqu’un incendie démarre, il peut donc brûler plus vite, plus longtemps et avec une intensité supérieure.
En Espagne, une troisième vague de chaleur était attendue autour du 21 juillet, avec des températures pouvant atteindre 42 à 44 °C dans certaines régions du sud-est. L’agence météorologique espagnole AEMET redoutait également des orages secs capables de produire de la foudre sans apporter suffisamment de pluie pour humidifier les sols.

Le rôle de l’abandon des campagnes
Le changement climatique n’est pas le seul facteur aggravant. Depuis plusieurs décennies, de nombreuses campagnes méditerranéennes se dépeuplent.
Les terres agricoles abandonnées sont progressivement envahies par des broussailles, des herbes hautes et de jeunes arbres. Autrefois entretenus par l’agriculture, le pâturage ou la collecte du bois, ces espaces forment désormais d’immenses continuités végétales.
Lorsqu’un feu se déclare, les flammes peuvent traverser ces territoires sans rencontrer de véritable coupure. Les incendies atteignent alors plus facilement les villages, les zones industrielles, les campings et les lotissements construits à proximité des forêts.
Les spécialistes réclament donc davantage de prévention : débroussaillement, entretien des pistes, création de pare-feu, remise en culture de certaines terres et développement du pâturage dans les zones à risque.
Une menace pour la santé bien au-delà des flammes
Les incendies ne représentent pas seulement un danger pour les habitants directement menacés.
Les fumées peuvent parcourir plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres. Elles contiennent des particules fines, du monoxyde de carbone et différents composés irritants ou toxiques.
Les enfants, les personnes âgées et celles souffrant d’asthme, de maladies cardiaques ou de problèmes respiratoires sont particulièrement vulnérables. Même loin du front des flammes, une forte concentration de fumées peut provoquer des irritations, des difficultés respiratoires, des maux de tête et une aggravation de certaines pathologies.
Les incendies détruisent également des cultures, des élevages, des infrastructures électriques, des réseaux d’eau et des ressources touristiques essentielles pour l’économie locale.
L’Union européenne renforce ses moyens
Face à des saisons des incendies de plus en plus longues, l’Union européenne a renforcé son dispositif de protection civile.
Pour l’été 2026, 777 pompiers originaires de quatorze pays européens ont été prépositionnés dans les États les plus exposés, dont l’Espagne et l’Italie. L’Union dispose également d’une réserve de vingt-deux avions et de cinq hélicoptères pouvant être envoyés rapidement dans les régions débordées.
Cette coopération est devenue indispensable lorsque plusieurs pays doivent affronter simultanément des incendies majeurs.
Au 15 juillet, le Centre commun de recherche de la Commission européenne recensait déjà plus de 167 000 hectares brûlés et 1 083 incendies importants dans l’Union européenne depuis le début de 2026. Les feux avaient émis environ sept millions de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère.
Un avertissement pour toute l’Europe méditerranéenne
Les incendies d’Espagne et d’Italie ne constituent pas des événements isolés. La France, le Portugal, la Grèce et plusieurs pays des Balkans connaissent eux aussi des périodes de risque extrême.
Ces feux montrent que l’Europe méditerranéenne entre dans une nouvelle réalité climatique. Les incendies commencent plus tôt, se poursuivent plus tard et peuvent désormais toucher des régions qui se pensaient autrefois relativement protégées.
Éteindre les flammes reste évidemment la priorité lorsque la crise éclate. Mais aucune flotte de Canadair, aussi importante soit-elle, ne pourra suffire face à des dizaines d’incendies simultanés alimentés par la chaleur, la sécheresse et des territoires insuffisamment entretenus.
La bataille contre les incendies se joue donc aussi pendant l’hiver et le printemps, bien avant l’apparition de la première fumée. Préserver les campagnes, réduire la masse de végétation combustible, protéger les habitations et limiter le réchauffement climatique deviennent des mesures essentielles.
En Espagne comme en Italie, l’été 2026 rappelle brutalement que les mégafeux ne sont plus seulement une menace future. Ils font désormais partie du présent.
Adaptation Terra Projects
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