Þríhnúkagígur : le seul volcan au monde où l’on peut descendre dans une ancienne chambre magmatique

En Islande, ce volcan permet de descendre directement dans les entrailles de la Terre

Il existe des milliers de volcans sur notre planète, mais un seul permet aujourd’hui de vivre une expérience assez difficile à imaginer : descendre à l’intérieur même de l’ancienne chambre où circulait autrefois le magma.

Ce volcan porte un nom qui n’est pas forcément simple à prononcer : Þríhnúkagígur, parfois écrit Thrihnukagigur. Situé dans le sud-ouest de l’Islande, à une vingtaine de kilomètres de Reykjavík, il cache sous son cratère une immense cavité volcanique accessible à l’être humain. Une particularité géologique quasiment unique au monde. 

Un volcan endormi depuis environ 4 500 ans

Þríhnúkagígur signifie approximativement « cratère des trois pics ». Le nom vient de trois cônes volcaniques alignés à quelques centaines de mètres les uns des autres, formés lors de plusieurs épisodes éruptifs différents.

Le plus jeune d’entre eux est né lors de la dernière éruption du système, il y a environ 4 500 ans. Un second est légèrement plus ancien, tandis que le troisième remonterait à plus de 50 000 ans, à une époque où une importante couche de glace recouvrait encore cette partie de l’Islande. 

Depuis sa dernière éruption, le volcan est considéré comme dormant. Malgré sa situation dans une région géologiquement très active, aucun signe ne laisse actuellement penser qu’une nouvelle éruption de Þríhnúkagígur soit imminente. 

Mais où est passé le magma ?

C’est précisément là que l’histoire devient étonnante.

Lorsqu’une éruption volcanique se termine, une partie du magma reste généralement emprisonnée dans les conduits et les réservoirs qui alimentaient le volcan. En refroidissant, cette matière se solidifie progressivement. C’est pourquoi il est normalement impossible de trouver une gigantesque chambre volcanique complètement vide.

À Þríhnúkagígur, pourtant, c’est exactement ce qui s’est produit.

Après la dernière éruption, le magma semble avoir quitté la cavité au lieu de s’y solidifier. Les volcanologues pensent qu’il aurait pu redescendre vers les profondeurs de la croûte terrestre. La raison exacte de ce phénomène demeure encore mal comprise. 

Le volcanologue Haraldur Sigurdsson a comparé le phénomène à une baignoire dont on aurait retiré le bouchon : le magma se serait tout simplement vidé vers le bas. 

Le résultat est spectaculaire : une gigantesque cavité est restée ouverte.

Une salle souterraine gigantesque

Depuis la surface, rien ne laisse réellement deviner les dimensions de ce qui se trouve sous les pieds des visiteurs.

L’entrée du volcan mesure seulement quelques mètres de large. Mais une fois passée cette ouverture, on débouche sur une immense structure en forme de bouteille.

La descente principale atteint environ 120 mètres, tandis que des conduits volcaniques se prolongent encore plus profondément, jusqu’à environ 200 à 212 mètres sous la surface. Le fond de la cavité mesure environ 50 mètres sur 65 à 70 mètres. 

Pour se faire une idée, l’espace est suffisamment grand pour accueillir sans difficulté la statue de la Liberté.

Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’intérieur n’est pas uniformément noir.

Des murs jaunes, orange, bleus et violets

Les parois présentent toute une palette de couleurs : bronze, jaune, orange, bleu ou encore violet.

Certaines nuances pourraient provenir de dépôts associés à des gaz riches en soufre. D’autres seraient liées aux roches mises à nu par l’érosion et les chutes de fragments le long des parois. Des micro-organismes participeraient également à cette coloration étonnante, même si les communautés microbiennes vivant dans le volcan sont encore relativement mal connues. 

C’est d’ailleurs l’un des aspects scientifiques les plus intéressants du site. Étudier une telle cavité permet non seulement de mieux comprendre le fonctionnement interne des volcans, mais aussi d’observer des formes de vie capables de se développer dans un environnement souterrain particulièrement inhabituel. 

On peut réellement descendre dans le volcan

La cavité a été explorée pour la première fois par l’homme en 1974, lorsque le spéléologue islandais Árni B. Stefánsson y est descendu à l’aide de cordes.

D’autres explorations ont suivi dans les années 1990. Puis, en 2010, une expédition organisée notamment pour un tournage de National Geographic a nécessité l’installation d’un système plus pratique pour transporter hommes et matériel dans la cavité.

L’idée fut alors d’adapter une nacelle inspirée de celles utilisées par les laveurs de vitres travaillant sur les gratte-ciel. Depuis 2012, ce dispositif permet également aux visiteurs de descendre à l’intérieur du volcan. 

La nacelle peut accueillir plusieurs personnes et descend lentement dans le conduit vertical jusqu’à environ 120 mètres sous l’entrée du cratère.

Une fois arrivés au fond, les visiteurs peuvent se déplacer dans une partie de cette immense cavité, là où se trouvait autrefois de la roche en fusion.

Une fenêtre exceptionnelle sur le fonctionnement d’un volcan

Þríhnúkagígur n’est donc pas spectaculaire parce qu’il menace d’entrer en éruption, mais pour la raison inverse : son ancien système d’alimentation est resté vide et accessible.

Dans pratiquement tous les autres volcans, observer directement l’endroit où circulait le magma est impossible. Ici, l’étrange disparition du magma il y a plusieurs millénaires a préservé une sorte de coupe grandeur nature de la plomberie volcanique.

Le site est d’autant plus intéressant qu’il se situe au cœur de l’une des régions géologiques les plus dynamiques de la planète. L’Islande se trouve sur la dorsale médio-atlantique, là où les plaques nord-américaine et eurasienne s’écartent progressivement. Le magma profite de cette ouverture de la croûte terrestre pour remonter vers la surface, ce qui explique en grande partie l’intense activité volcanique islandaise. 

Þríhnúkagígur offre ainsi quelque chose de très rare : la possibilité de ne plus seulement observer un volcan depuis son cratère ou ses coulées de lave, mais de pénétrer physiquement dans ce qui fut autrefois son cœur brûlant.

Et quand on pense que cet immense espace était autrefois rempli de magma à plusieurs centaines voire plus d’un millier de degrés, la visite prend forcément une tout autre dimension.

Illustration

Adaptation Terra Projects 

Sources : Article d’origine : Live Science, Sascha Pare, publié le 24 avril 2026. 

Données géologiques et historique des explorations : Inside the Volcano – Þríhnúkagígur. 

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