Une « horloge solaire » pourrait annoncer l’intensité des tempêtes spatiales sept ans à l’avance ?
Une nouvelle méthode d’analyse du cycle solaire pourrait permettre aux scientifiques d’estimer la puissance de la prochaine période d’activité du Soleil jusqu’à six ou sept ans avant son maximum. Développée notamment par la physicienne britannique Sandra Chapman, de l’Université de Warwick, cette approche repose sur l’identification d’un moment très particulier : celui où les phénomènes solaires les plus extrêmes semblent s’interrompre presque brutalement.
Cette découverte pourrait améliorer considérablement les prévisions de météo spatiale à long terme. Elle ne permet cependant pas de prévoir précisément une éruption solaire ou une tempête géomagnétique plusieurs années avant son déclenchement. Elle offre plutôt une estimation de l’intensité globale du prochain cycle solaire et, par conséquent, du niveau de risque auquel les satellites, les réseaux électriques et les systèmes de communication pourraient être exposés.
Le Soleil suit un cycle d’environ onze ans
L’activité du Soleil n’est pas constante. Elle augmente et diminue selon un cycle d’une durée moyenne d’environ onze ans, appelé cycle de Schwabe. Pendant la phase ascendante, le nombre de taches solaires augmente progressivement, tout comme la fréquence des éruptions solaires et des éjections de masse coronale.
Le cycle atteint ensuite un maximum solaire, avant d’entrer dans une phase de déclin conduisant à un minimum d’activité. Au cours de chaque cycle, le champ magnétique global du Soleil s’inverse également : son pôle Nord magnétique devient un pôle Sud, et inversement.
Toutefois, aucun cycle solaire ne ressemble exactement au précédent. Leur durée et leur intensité varient, ce qui rend les prévisions particulièrement difficiles. Certains cycles sont relativement calmes, tandis que d’autres produisent davantage de taches solaires et d’éruptions puissantes.

Un arrêt brutal des événements les plus extrêmes
En étudiant plus d’un siècle d’observations solaires et géomagnétiques, Sandra Chapman et le chercheur français Thierry Dudok de Wit, du CNRS et de l’Université d’Orléans, ont identifié un phénomène récurrent.
Au cours de la phase descendante de chaque cycle, les événements de météo spatiale les plus violents ne diminueraient pas simplement de façon progressive. Ils semblent au contraire s’interrompre à un moment relativement précis, qualifié de « switch-off », c’est-à-dire de point d’extinction.
Pour mettre en évidence ce comportement, les chercheurs ont conçu une sorte d’« horloge solaire ». Grâce à une méthode mathématique appelée transformée de Hilbert, ils ont ramené les cycles solaires, pourtant de durées différentes, sur une même échelle temporelle. Ils ont ensuite superposé les données provenant de treize à quatorze cycles solaires.
Cette représentation montre qu’une période relativement calme apparaît systématiquement autour du minimum solaire. Les tempêtes géomagnétiques les plus extrêmes deviennent alors beaucoup plus rares.
Le rôle déterminant de la latitude des taches solaires
Au début d’un cycle, les nouvelles taches solaires apparaissent généralement à des latitudes relativement élevées, de part et d’autre de l’équateur du Soleil. Au fil des années, ces régions actives migrent progressivement vers l’équateur, dessinant sur les graphiques ce que les astronomes appellent le « diagramme en papillon ».
Les chercheurs ont constaté que le point d’extinction des événements extrêmes survient lorsque plus de 90 % des régions actives se trouvent à moins d’environ 15 degrés de latitude de l’équateur solaire.
Cette limite pourrait avoir une explication physique. Le Soleil ne tourne pas comme un corps solide : son équateur effectue une rotation plus rapide que ses régions proches des pôles. Cette rotation différentielle contribue à étirer et à torsader les lignes du champ magnétique.
À proximité de l’équateur, les différences de vitesse de rotation entre les latitudes deviennent cependant moins importantes. Le mécanisme capable d’accumuler une grande quantité d’énergie magnétique serait alors moins efficace, réduisant la probabilité des éjections de masse coronale les plus puissantes.

Compter les taches pour prévoir le cycle suivant
Le principal intérêt de cette découverte réside dans un autre résultat : le nombre de taches solaires présentes au moment de ce point d’extinction semble être lié à l’intensité maximale du cycle suivant.
En mesurant l’activité du Soleil à cet instant, les chercheurs pourraient donc estimer le nombre maximal de taches solaires que produira le prochain cycle. Comme le point d’extinction survient plusieurs années avant le pic suivant, cette méthode pourrait fournir une prévision avec six à sept ans d’avance.
Les méthodes classiques utilisent souvent des observations réalisées autour du minimum solaire, notamment l’intensité du champ magnétique aux pôles. La nouvelle technique pourrait donc permettre d’obtenir une indication plus tôt, tout en apportant des informations supplémentaires sur le fonctionnement de la dynamo solaire, le mécanisme interne qui génère le champ magnétique du Soleil.
Une méthode testée avec le cycle solaire 25
Selon les chercheurs, cette approche avait indiqué que le cycle solaire 25, actuellement en cours, serait plus actif que certaines prévisions initiales ne le suggéraient.
Ce cycle a effectivement produit une activité importante, notamment en mai 2024. Plusieurs puissantes éjections de masse coronale avaient alors atteint la Terre, provoquant une tempête géomagnétique classée au niveau G5, le plus élevé de l’échelle utilisée par les services américains de météo spatiale.
Des aurores boréales avaient été observées très loin au sud des régions polaires, notamment dans une grande partie de l’Europe et jusque dans le sud de la France.
Cette concordance ne suffit toutefois pas, à elle seule, à démontrer que la méthode fonctionnera systématiquement. Les événements extrêmes restent rares, et les données disponibles ne couvrent qu’un nombre limité de cycles solaires observés avec précision. Les résultats devront donc être confirmés lors des prochains cycles.

Une première estimation pour le cycle solaire 26
Sandra Chapman a présenté en juillet 2026 une première estimation concernant le cycle solaire 26, qui succédera au cycle actuel.
D’après cette prévision encore très préliminaire, le prochain cycle pourrait atteindre un maximum compris entre environ 100 et 120 taches solaires. Il serait donc modéré, probablement comparable au cycle 25 ou légèrement plus faible.
Cette estimation reste néanmoins très incertaine. Le cycle solaire 25 ne devrait atteindre son véritable point d’extinction que dans environ deux ans. Tant que ce moment n’aura pas été directement observé, les chercheurs devront utiliser des extrapolations.
Lorsque le point d’extinction sera atteint, le comptage réel des taches solaires devrait permettre d’affiner considérablement la prévision du cycle 26. Les scientifiques disposeraient alors encore d’environ sept années avant son maximum probable.

Peut-on vraiment prévoir les tempêtes sept ans à l’avance ?
Le titre vu dans certains médias selon lequel une physicienne serait capable de prévoir « les prochaines tempêtes solaires sept ans avant qu’elles ne frappent » est donc quelque peu trompeur.
La méthode ne peut pas annoncer qu’une éruption se produira à une date précise, ni prévoir sa trajectoire vers la Terre plusieurs années à l’avance. La formation d’une éruption dépend de la configuration magnétique très complexe d’une région active, qui ne peut généralement être étudiée que lorsqu’elle apparaît à la surface du Soleil.
Même après une éruption, les spécialistes doivent encore déterminer si l’éjection de matière est dirigée vers la Terre. Son impact dépend également de sa vitesse, de la densité du plasma transporté et surtout de l’orientation de son champ magnétique lorsqu’elle atteint notre planète.
L’« horloge solaire » permet plutôt d’estimer l’environnement général du prochain cycle : sera-t-il probablement faible, modéré ou intense ? Cette information est essentielle pour évaluer plusieurs années à l’avance le risque global de météo spatiale.

Pourquoi ces prévisions sont-elles importantes ?
Les grandes tempêtes solaires peuvent perturber les communications radio, dégrader la précision des systèmes de navigation par satellite et endommager certains équipements spatiaux. Elles peuvent également provoquer une augmentation de la traînée atmosphérique subie par les satellites placés en orbite basse.
Sur Terre, les variations rapides du champ magnétique peuvent induire des courants électriques dans les lignes à haute tension, les oléoducs et d’autres infrastructures conductrices. Dans les scénarios les plus graves, ces phénomènes peuvent contribuer à des pannes de réseaux électriques.
Une prévision réalisée plusieurs années à l’avance permettrait donc aux opérateurs de satellites, aux gestionnaires de réseaux électriques et aux agences spatiales d’adapter la conception des équipements, de renforcer certaines infrastructures et de planifier plus efficacement les missions spatiales.

Une avancée prometteuse, mais encore expérimentale
La découverte d’un point d’extinction relativement régulier constitue une piste importante pour mieux comprendre les cycles solaires. Elle suggère que l’activité du Soleil, souvent perçue comme chaotique, suit malgré tout certaines transitions identifiables.
Mais il serait prématuré de considérer cette nouvelle méthode comme un système infaillible de prévision. Les chercheurs eux-mêmes présentent l’estimation du cycle 26 comme très précoce et reconnaissent qu’un cycle nettement plus faible ou plus puissant reste théoriquement possible.
La véritable mise à l’épreuve aura lieu lorsque le cycle solaire 25 atteindra son point d’extinction. Les scientifiques pourront alors vérifier si le nombre de taches observé permet effectivement de prévoir avec précision l’intensité maximale du cycle 26.
Le Soleil n’a donc pas réellement un interrupteur que l’humanité pourrait actionner. Mais il pourrait posséder une sorte de signal naturel indiquant la fin de sa période la plus explosive et révélant, plusieurs années à l’avance, la puissance de son prochain réveil.
Adaptation Terra Projects
Sources : Royal Astronomical Society – National Astronomy Meeting 2026 : présentation officielle de la méthode de Sandra Chapman, du « point d’extinction » de l’activité solaire extrême et de la première estimation du cycle solaire 26.
The Royal Astronomical Society
Chapman, S. C. et Dudok de Wit, T., Scientific Reports, 2024 : étude scientifique à l’origine de l’« horloge solaire », fondée sur l’analyse des cycles passés et des événements géomagnétiques extrêmes. Nature
Les Numériques, 6 août 2026 : article ayant popularisé cette recherche et son possible intérêt pour la prévision de l’intensité des futurs cycles solaires.
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