La NASA se prépare à lancer l’une de ses missions astronomiques les plus ambitieuses de ces dernières années. Le Nancy Grace Roman Space Telescope doit décoller le dimanche 30 août 2026 à 7 h 26, heure de Floride, soit 13 h 26 en France métropolitaine, depuis le complexe de lancement 39A du Kennedy Space Center. Il sera placé au sommet d’une fusée Falcon Heavy de SpaceX.
Si la mission se déroule comme prévu, Roman rejoindra la famille des grands observatoires spatiaux aux côtés de Hubble et du James Webb Space Telescope. Mais sa spécialité sera différente : plutôt que de se concentrer sur des portions très étroites du ciel, il pourra observer d’immenses régions en une seule fois.
Un télescope conçu pour cartographier l’Univers à très grande échelle
Le Nancy Grace Roman Space Telescope doit son nom à Nancy Grace Roman, première astronome en chef de la NASA et figure majeure du développement de l’astronomie spatiale américaine.
L’observatoire mesure environ 12,7 mètres de haut, 4,4 mètres de large et affiche une masse proche de 8 tonnes. Sa construction a été achevée fin 2025, et fait notable, son lancement intervient plusieurs mois plus tôt que prévu dans le calendrier initial.
Roman possède un miroir principal d’environ 2,4 mètres, comparable à celui de Hubble. Sa grande différence réside cependant dans son champ de vision beaucoup plus vaste.
Son instrument principal, le Wide Field Instrument, permettra de réaliser de gigantesques relevés astronomiques dans l’infrarouge. Roman pourra ainsi étudier simultanément des millions d’étoiles et de galaxies.
Comprendre l’énergie noire et la matière noire
L’un des objectifs majeurs de Roman sera de tenter de résoudre l’une des plus grandes énigmes de la cosmologie moderne : pourquoi l’expansion de l’Univers accélère-t-elle ?
Cette accélération est généralement attribuée à une mystérieuse composante appelée énergie noire, dont la nature reste totalement inconnue.
En observant la distribution et l’évolution de centaines de millions de galaxies, Roman permettra aux chercheurs de mesurer beaucoup plus précisément l’histoire de l’expansion cosmique.
Le télescope étudiera également la matière noire, cette matière invisible qui ne semble pas interagir avec la lumière mais dont les effets gravitationnels jouent un rôle essentiel dans la formation des galaxies et des grandes structures de l’Univers.
Des milliers de nouvelles exoplanètes pourraient être découvertes
Roman aura également pour mission de réaliser un véritable recensement des systèmes planétaires de la Voie lactée.
L’observatoire utilisera notamment une technique appelée microlentille gravitationnelle. Lorsqu’une étoile passe devant une autre vue depuis la Terre, sa gravité peut brièvement amplifier la lumière de l’étoile située à l’arrière-plan. Si une planète orbite autour de l’étoile au premier plan, elle peut provoquer une petite perturbation supplémentaire dans ce signal lumineux.
Cette méthode permet de détecter des mondes qui seraient extrêmement difficiles à repérer avec les techniques classiques.
La NASA espère ainsi découvrir des milliers d’exoplanètes, ce qui permettra de mieux comprendre la diversité des systèmes planétaires de notre galaxie.
Roman embarque également un coronographe expérimental, capable de bloquer la lumière très intense d’une étoile afin d’observer plus facilement les objets très faibles situés autour d’elle, notamment certaines planètes. Cette technologie pourrait préparer une future génération de télescopes capables d’imager directement des mondes similaires à la Terre.

(Crédit image : NASA/Sydney Rohde (Rocz))
Une destination située à 1,6 million de kilomètres de la Terre
Après son lancement, Roman ne restera pas en orbite terrestre.
Le télescope prendra la direction du point de Lagrange L2 du système Soleil-Terre, situé à environ 1,5 à 1,6 million de kilomètres de notre planète.
Cette région de l’espace est particulièrement intéressante pour les grands observatoires astronomiques car elle offre des conditions thermiques et orbitales relativement stables.
Le James Webb Space Telescope ainsi que plusieurs autres observatoires travaillent déjà dans cette zone.
Le voyage de Roman vers L2 prendra plusieurs semaines.
Quand verrons-nous les premières images ?
Il faudra toutefois patienter après le lancement.
Durant environ trois mois, les équipes de la NASA procéderont au déploiement, à l’activation, à l’étalonnage et aux tests des différents instruments du télescope.
Il s’agit d’une phase critique : les ingénieurs devront vérifier que les systèmes optiques, électroniques et thermiques fonctionnent correctement avant le début des observations scientifiques.
La NASA prévoit actuellement de publier les premières images scientifiques de Roman au début de l’année 2027.
La comparaison avec James Webb est intéressante : JWST avait décollé en décembre 2021 et ses premières grandes images scientifiques avaient été dévoilées environ sept mois plus tard.
Roman pourrait donc devenir opérationnel sensiblement plus rapidement.
Un véritable « Hubble grand angle »
Roman ne remplacera ni Hubble ni James Webb. Les trois télescopes seront complémentaires.
James Webb excelle dans l’étude extrêmement détaillée de petites portions du ciel et dans l’observation de galaxies très lointaines. Roman pourra, lui, repérer et cartographier d’immenses populations d’objets, que d’autres observatoires pourront ensuite examiner en détail.
On peut donc voir Roman comme une sorte de télescope panoramique cosmique.
Là où Hubble pourrait observer une petite région contenant quelques milliers de galaxies, Roman pourra étudier une zone beaucoup plus vaste avec une résolution comparable.
Les astronomes disposeront ainsi d’une immense base de données permettant de rechercher aussi bien des exoplanètes que des étoiles, des supernovæ, des trous noirs, des galaxies ou encore des phénomènes astronomiques totalement inattendus.

Une mission prévue pour au moins cinq ans
La mission scientifique principale est prévue pour durer environ cinq ans, mais les ingénieurs espèrent que Roman pourra rester actif beaucoup plus longtemps.
L’expérience de Hubble montre en effet que les grands observatoires spatiaux peuvent largement dépasser leur durée de vie initialement prévue lorsque leurs systèmes continuent de fonctionner correctement.
Roman pourrait donc observer le ciel pendant une dizaine d’années ou davantage.
Autre particularité importante : la NASA prévoit que les données provenant des grands relevés de Roman soient rendues publiques rapidement après leur traitement, sans longue période réservée exclusivement à certaines équipes scientifiques.
Cela pourrait permettre à des milliers de chercheurs du monde entier d’exploiter simultanément les observations du télescope.
Une nouvelle ère pour l’astronomie
Avec Roman, James Webb, Euclid et l’observatoire Vera C. Rubin, les astronomes entrent dans une période particulièrement riche.
Ces instruments vont produire des quantités gigantesques de données et observer l’Univers sous des angles complémentaires.
Roman pourrait notamment permettre de déterminer plus précisément la nature de l’énergie noire, révéler la distribution de la matière noire, découvrir des milliers de nouvelles planètes et cartographier une partie considérable de l’Univers observable.
Si le lancement du 30 août 2026 se déroule comme prévu, il faudra donc attendre encore quelques mois avant de découvrir ses premières véritables images.
Mais dès début 2027, Nancy Grace Roman pourrait commencer à nous offrir une vision de l’Univers à une échelle encore jamais atteinte par un télescope spatial.

Adaptation Terra Projects
Sources
NASA – Nancy Grace Roman Space Telescope et calendrier du lancement.
Live Science – informations sur le lancement et les premières images.
NASA/JPL – Coronagraph Instrument et recherche d’exoplanètes.
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