Ils semblent paisibles, presque figés dans le paysage. Le puy de Dôme, le Pariou, les Monts Dore ou encore le lac Pavin attirent aujourd’hui davantage les randonneurs que les volcanologues en état d’alerte. Pourtant, sous le Massif central, l’histoire volcanique n’est peut-être pas complètement terminée.
Une question revient donc régulièrement : quand aura lieu la prochaine éruption en Auvergne ?
La réponse peut sembler frustrante : personne ne le sait. Il pourrait ne rien se passer pendant des milliers d’années. Mais les observations scientifiques réalisées ces dernières années montrent aussi qu’il serait incorrect de considérer tout le volcanisme du Massif central comme définitivement éteint.
Et les données publiées en 2025 et 2026 rendent le sujet encore plus intéressant.
Une dernière éruption il y a seulement 6 700 ans
À l’échelle humaine, 6 700 ans représentent une éternité. À l’échelle géologique, c’est presque hier.
La plus récente éruption connue du Massif central a donné naissance au maar du Pavin, aujourd’hui occupé par le célèbre lac Pavin, il y a environ 6 700 ans. Elle concluait une série d’éruptions relativement rapprochées ayant notamment concerné Montcineyre, Estivadoux, Montchal puis Pavin.
Dans la Chaîne des Puys proprement dite, les dernières manifestations volcaniques sont un peu plus anciennes, avec notamment les volcans de La Vache et Lassolas, datés d’environ 8 600 ans.
Cette longue période sans éruption ne suffit cependant pas pour déclarer la région définitivement éteinte.
Une publication géologique du BRGM va même assez loin : elle indique que le volcanisme récent de la Chaîne des Puys n’est pas considéré comme éteint et qu’une future éruption ne peut pas être totalement exclue dans l’état actuel des connaissances.

Des séismes étranges détectés très profondément
C’est probablement la découverte qui a relancé le plus fortement la question.
En 2025, une équipe internationale de chercheurs publie dans Geophysical Research Letters l’identification de plusieurs séismes particuliers sous les régions volcaniques du Massif central.
Ils se produisent à plus de 20 kilomètres de profondeur, près de la limite entre la croûte terrestre et le manteau.
Mais surtout, ce ne sont pas tout à fait des séismes classiques.
Il s’agit d’événements appelés DLP — Deep Long Period earthquakes, ou séismes profonds de longue période. Leur signature sismique particulière est observée sous plusieurs volcans actifs dans le monde et peut être associée à des processus concernant des fluides ou du magma en profondeur.
Les chercheurs en ont notamment identifié sous deux secteurs particulièrement intéressants :
la région Puy de Dôme–Pariou, dans la Chaîne des Puys, et le secteur du Pavin et du Cézallier.
Autrement dit, précisément sous certaines des régions ayant connu les manifestations volcaniques les plus récentes.
Cela ne signifie absolument pas qu’une éruption soit en préparation.
Mais cela montre que les profondeurs du Massif central sont plus dynamiques qu’on pouvait le penser en observant simplement les volcans en surface.

Et ces séismes ont continué en 2025-2026
Plus intéressant encore : le phénomène ne s’est pas arrêté après la publication de l’étude.
Dans son bilan de l’activité volcano-tectonique couvrant juillet 2025 à juin 2026, l’Observatoire de Physique du Globe de Clermont-Ferrand indique que des séismes DLP ont continué à être détectés sous la Chaîne des Puys et le Cézallier.
Durant cette même période, environ 178 événements sismiques d’une magnitude inférieure à 2,4 ont été détectés dans le département du Puy-de-Dôme.
C’est modérément supérieur à l’activité moyenne historique. Cette augmentation est essentiellement attribuée à plusieurs regains d’activité dans les Monts Dore, notamment en juillet et novembre 2025, février 2026 ainsi qu’en avril-mai 2026 autour de la Banne d’Ordanche.
Encore une fois : une augmentation de la petite sismicité ne signifie pas qu’une éruption approche.
Mais les scientifiques disposent maintenant d’outils suffisamment sensibles pour observer des phénomènes qui seraient probablement passés inaperçus il y a quelques décennies.

Même les gaz venus des profondeurs sont surveillés
Les chercheurs ne surveillent pas uniquement les séismes.
Ils analysent également les sources thermominérales, les émissions de CO₂, le radon, les mouvements du sol et différents isotopes présents dans les gaz.
Le bilan 2025-2026 du PROVA² révèle ainsi une augmentation du rapport entre les isotopes hélium-3 et hélium-4 dans la phase gazeuse de plusieurs sources surveillées.
L’hélium-3 est particulièrement intéressant pour les géologues car une partie peut avoir une origine mantellique.
Mais prudence : l’Observatoire précise que l’origine de certaines variations observées reste complexe à déterminer. Elles peuvent notamment résulter de modifications dans la circulation souterraine des fluides ou d’un changement dans les proportions de gaz provenant de la croûte et du manteau.
Il serait donc beaucoup trop rapide d’en conclure que du magma est actuellement en train de remonter.
Le lac Pavin reste calme
Autre élément rassurant : le Pavin lui-même ne montre actuellement aucun bouleversement spectaculaire.
Les chercheurs réalisent depuis 2024 des profils physico-chimiques verticaux dans le lac.
Le profil effectué en juin 2026 n’a montré aucune variation notable dans les couches profondes étudiées par rapport aux mesures précédentes.
Nous sommes donc très loin du tableau d’un volcan entrant dans une phase pré-éruptive.
La situation actuelle pourrait plutôt être résumée ainsi :
il existe des signes d’activité profonde, mais aucun ensemble de signaux ne permet aujourd’hui d’annoncer une remontée imminente du magma vers la surface.

Alors, à quand la prochaine éruption ?
C’est précisément là que la science atteint actuellement sa limite.
On ne peut pas prendre les 6 700 années écoulées depuis le Pavin et en déduire une sorte de compte à rebours.
Les volcans ne fonctionnent pas selon un calendrier régulier.
La prochaine éruption pourrait théoriquement survenir dans quelques décennies ou quelques siècles comme dans plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d’années. Aucune de ces échéances ne peut aujourd’hui recevoir une probabilité suffisamment solide pour devenir une véritable prévision scientifique.
Le seul scénario que les chercheurs pourraient éventuellement prévoir serait celui d’une éruption ayant réellement commencé sa phase de préparation.
Et cette préparation devrait normalement laisser différentes traces : augmentation et migration de la sismicité, déformation du sol, évolution des émissions gazeuses et de leur composition, modifications thermiques ou géochimiques.
C’est précisément pour détecter ces changements que la région est aujourd’hui de mieux en mieux instrumentée.

624 capteurs pour regarder sous les volcans
Le projet scientifique MACIV a franchi une nouvelle étape en septembre 2025 avec le déploiement d’un réseau exceptionnel de 624 capteurs sismologiques, répartis sur une zone d’environ 80 × 100 kilomètres.
L’objectif est notamment d’obtenir une sorte de « scanner » du sous-sol volcanique et d’étudier très finement les structures comprises entre la surface et une dizaine de kilomètres de profondeur.
En parallèle, le programme PROVA² rassemble observations sismologiques, géodésiques et géochimiques afin de suivre l’activité volcano-tectonique d’Auvergne et d’Ardèche.
Autrement dit, si quelque chose commence réellement à évoluer sous le Massif central, nous disposerons probablement de beaucoup plus d’informations qu’il y a seulement vingt ans.
Le prochain volcan ne serait probablement pas le Puy de Dôme
C’est une idée reçue particulièrement tenace.
Dans l’imaginaire collectif, une reprise du volcanisme signifierait que le puy de Dôme, le Pariou ou un autre volcan existant se remettrait soudainement à entrer en éruption.
Ce n’est pas le scénario le plus caractéristique de la Chaîne des Puys.
Il s’agit largement d’un champ volcanique monogénique : de nombreux édifices se sont formés au cours d’un épisode éruptif, puis n’ont plus connu d’éruption.
Une future remontée magmatique pourrait donc très bien emprunter une nouvelle fracture et donner naissance à un nouvel évent volcanique à un endroit où il n’existe aujourd’hui aucun volcan visible.
Ce pourrait être un cône strombolien accompagné de coulées de lave, un maar produit par une interaction entre magma et eau souterraine, ou, dans certains scénarios, un magma plus visqueux donnant naissance à un dôme.
Le BRGM souligne d’ailleurs le rôle important joué par les fractures et anciennes failles de la région dans la remontée des magmas.

Le Massif central dort-il vraiment ?
Le mot « endormi » est probablement plus approprié que « éteint » pour certaines de ses provinces volcaniques les plus jeunes.
Cela ne signifie pas qu’il existe actuellement une menace pour Clermont-Ferrand ou les populations de la région.
Cela signifie simplement que, géologiquement, l’histoire volcanique du Massif central n’est peut-être pas terminée.
Les séismes profonds découverts récemment, la présence de fluides issus des profondeurs et les nouvelles campagnes géophysiques révèlent un sous-sol encore actif.
Pour l’instant, rien n’indique l’imminence d’une éruption.
Mais après 6 700 années de silence, la question n’est peut-être plus seulement :
« Les volcans d’Auvergne sont-ils morts ? »
Elle pourrait plutôt être :
« Où et quand naîtra le prochain volcan français ? »
Et à cette question, la Terre garde encore son secret.
Adaptation Terra Projects
Sources principales : Shapiro et al., Geophysical Research Letters (2025) ; Observatoire de Physique du Globe de Clermont-Ferrand, bilan PROVA² 2025-2026 ; CNRS/Projet MACIV ; BRGM – Géologie de France ; UNESCO, Chaîne des Puys–faille de Limagne. DOI
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