Les incendies de forêt ne menacent pas uniquement les habitations, les paysages et la biodiversité. Les fumées qu’ils produisent peuvent parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres, et dégrader fortement la qualité de l’air dans des zones parfois éloignées des flammes.
En France, les épisodes d’incendies touchent régulièrement le pourtour méditerranéen, la Corse, le Sud-Ouest et, lors des périodes de sécheresse, des régions autrefois moins exposées. La fumée peut alors provoquer des irritations immédiates, aggraver certaines maladies respiratoires et cardiovasculaires et, lorsque l’exposition se prolonge, avoir des conséquences plus générales sur l’organisme.
De quoi sont composées les fumées d’incendie ?
La fumée d’un feu de végétation est un mélange complexe de gaz, de vapeur d’eau, de suies et de substances chimiques issues de la combustion du bois, des feuilles, des résines, des bâtiments ou des véhicules éventuellement touchés par les flammes.
Les substances les plus préoccupantes sont les particules fines, notamment les PM2,5. Leur diamètre est inférieur à 2,5 micromètres, soit environ trente fois moins que l’épaisseur d’un cheveu humain. Grâce à leur taille minuscule, elles peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires et atteindre les alvéoles pulmonaires. Certaines peuvent ensuite favoriser des réactions inflammatoires dans l’ensemble de l’organisme.
La composition exacte de la fumée dépend de ce qui brûle. Un incendie touchant uniquement de la végétation ne produit pas exactement les mêmes polluants qu’un feu atteignant des maisons, des entrepôts, des plastiques, des matériaux isolants ou des véhicules.
Des symptômes parfois immédiats
Même une exposition relativement courte peut provoquer des effets rapidement perceptibles :
- picotements ou brûlures des yeux ;
- irritation de la gorge ;
- nez qui coule ;
- toux sèche ;
- maux de tête ;
- sensation d’oppression dans la poitrine ;
- essoufflement ;
- fatigue inhabituelle.
Ces symptômes peuvent apparaître dès les premières minutes ou les premières heures d’exposition. Les personnes souffrant d’eczéma ou d’autres maladies de peau peuvent également constater une aggravation de leurs symptômes pendant les épisodes de forte pollution liée aux fumées.
Une forte odeur de brûlé ne permet cependant pas, à elle seule, de mesurer la dangerosité de l’air. Certaines particules nocives peuvent rester présentes après la disparition de l’odeur, tandis que des fumées très visibles ne correspondent pas toujours aux concentrations les plus élevées au niveau du sol.
Les poumons en première ligne
Les particules fines peuvent irriter les bronches et déclencher une inflammation des voies respiratoires. Les personnes asthmatiques ou atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive, appelée BPCO, sont particulièrement vulnérables.
Une exposition importante peut provoquer :
- une augmentation des crises d’asthme ;
- une respiration sifflante ;
- une diminution des capacités respiratoires ;
- une aggravation de la toux ;
- un besoin accru de médicaments inhalés ;
- dans les cas les plus sérieux, une consultation aux urgences ou une hospitalisation.
Les effets ne se manifestent pas toujours immédiatement. Une aggravation peut apparaître le jour même, mais aussi dans les vingt-quatre à quarante-huit heures suivant l’exposition.
Le cœur peut également être touché
Les conséquences des fumées ne se limitent pas aux poumons. Les particules fines peuvent favoriser une réaction inflammatoire, modifier le fonctionnement des vaisseaux sanguins et augmenter le stress imposé au système cardiovasculaire.
Des études ont constaté une hausse du risque de consultation en urgence pour certaines maladies cardiaques, notamment les infarctus et les maladies coronariennes, dans les vingt-quatre heures suivant une exposition à une fumée dense.
Les personnes souffrant d’hypertension, d’insuffisance cardiaque, de troubles du rythme ou ayant déjà subi un accident cardiovasculaire doivent donc être particulièrement prudentes.
Des effets possibles sur le cerveau et le bien-être psychologique
Les recherches suggèrent également que la pollution par les particules fines pourrait affecter certaines fonctions cérébrales, comme l’attention, la mémoire ou l’apprentissage. L’une des explications envisagées est une inflammation du système nerveux susceptible de perturber la communication entre les neurones.
Une exposition prolongée ou répétée aux fumées d’incendie est par ailleurs associée, dans certaines études, à une augmentation du risque de troubles cognitifs. Ces résultats ne signifient pas qu’un épisode isolé provoque directement une démence, mais ils renforcent les inquiétudes concernant les expositions répétées sur plusieurs années.
Les incendies peuvent aussi avoir des conséquences psychologiques. Au-delà de la peur, des évacuations et de la destruction éventuelle des biens, plusieurs semaines d’exposition à une fumée importante ont été associées à davantage de symptômes d’anxiété et de dépression.

Qui sont les personnes les plus fragiles ?
Toute personne respirant de la fumée peut ressentir des effets, mais certains groupes sont davantage exposés aux complications :
- les nourrissons et les enfants ;
- les femmes enceintes ;
- les personnes âgées ;
- les personnes asthmatiques ;
- les patients souffrant de BPCO ;
- les personnes atteintes d’une maladie cardiaque ou d’hypertension ;
- les travailleurs en extérieur ;
- les pompiers et personnels de secours ;
- les sportifs pratiquant une activité intense dehors.
Les enfants respirent proportionnellement davantage d’air que les adultes et leurs poumons sont encore en développement. Les personnes âgées disposent, quant à elles, de réserves respiratoires et cardiovasculaires généralement plus faibles.
Comment se protéger en cas de fumées ?
La première mesure consiste à réduire autant que possible son exposition. Lorsqu’une évacuation est ordonnée par les autorités, il faut quitter la zone sans attendre.
Lorsque les fumées atteignent une commune sans nécessiter d’évacuation, il est conseillé de rester à l’intérieur, de fermer les fenêtres et les portes et de limiter les entrées d’air extérieur. En voiture, il est préférable de fermer les vitres et d’utiliser temporairement la ventilation en mode recyclage.
Un purificateur d’air équipé d’un filtre adapté aux particules fines, notamment un filtre HEPA, peut aider à diminuer leur concentration dans une pièce. Il est préférable de l’installer dans la pièce où les occupants passent le plus de temps.
Les appareils de climatisation peuvent être utiles s’ils recyclent principalement l’air intérieur. Il faut cependant vérifier que le système ne fait pas entrer massivement de l’air extérieur pollué.
Il convient également d’éviter d’ajouter des polluants à l’intérieur du logement. Pendant un épisode de fumée, mieux vaut limiter :
- le tabac ;
- les bougies et l’encens ;
- les feux de cheminée ;
- les fritures et cuissons produisant beaucoup de fumée ;
- l’utilisation d’aérosols ou de solvants.
Faut-il porter un masque ?
Les masques chirurgicaux protègent peu contre les particules les plus fines présentes dans les fumées. Lorsqu’une sortie est indispensable, un masque filtrant de type FFP2 ou FFP3 peut réduire l’exposition, à condition d’être correctement ajusté au visage.
Les fuites autour du nez, des joues ou du menton diminuent fortement son efficacité. La barbe peut également empêcher une bonne étanchéité.
Le ministère français de la Santé rappelle toutefois que le port d’un masque ne remplace pas la mise à l’abri et ne protège pas contre tous les gaz présents dans les fumées.
Faut-il continuer à faire du sport ?
Lorsqu’on fait du sport, la respiration devient plus rapide et plus profonde. La quantité de particules inhalées augmente donc fortement.
En cas de fumée visible, d’odeur importante ou de mauvaise qualité de l’air, il vaut mieux reporter les activités physiques intenses en extérieur. Une séance réalisée à l’intérieur, dans un bâtiment correctement isolé de l’air extérieur, représente généralement une solution moins risquée.
En France, l’indice ATMO permet de consulter la qualité de l’air prévue dans chaque région. Il prend notamment en compte les concentrations de PM10 et de PM2,5, ainsi que l’ozone, le dioxyde d’azote et le dioxyde de soufre.
Quand faut-il consulter rapidement ?
Une consultation médicale est recommandée en cas de toux persistante, d’aggravation de l’asthme ou d’essoufflement inhabituel.
Il faut contacter rapidement les secours en présence de signes inquiétants comme :
- une grande difficulté à respirer ;
- une douleur ou une oppression thoracique ;
- une confusion ;
- un malaise ;
- des lèvres bleutées ;
- une perte de connaissance ;
- une aggravation brutale d’une maladie cardiaque ou respiratoire.
En France, les numéros d’urgence sont le 15 pour le SAMU, le 18 pour les pompiers et le 112 depuis un téléphone fixe ou mobile.
Une pollution capable de voyager très loin
Les fumées d’un incendie ne restent pas nécessairement au-dessus de la zone brûlée. Selon la direction des vents, la stabilité de l’atmosphère et l’altitude du panache, les particules peuvent être transportées sur de grandes distances.
Une région peut donc connaître une dégradation de la qualité de l’air alors que les incendies se situent à plusieurs départements de distance, voire dans un autre pays. Lors des grands feux de Gironde, par exemple, des concentrations accrues de particules avaient également été observées dans les Landes et en Dordogne.
Face à la multiplication des sécheresses et des vagues de chaleur, les fumées d’incendie constituent ainsi un enjeu croissant de santé publique. La meilleure protection reste de suivre les consignes des préfectures, des services de secours et des organismes régionaux chargés de surveiller la qualité de l’air.
Article adapté et reformulé à partir d’une publication de Live Science mise à jour le 15 juillet 2026, complétée par les recommandations des autorités sanitaires françaises.
Adaptation Terra Projects
Sources principales
- Live Science — article d’origine sur les effets des fumées d’incendie sur les poumons, le cœur, le cerveau et les moyens de protection. https://www.livescience.com/
- Anses — Feux de forêt : quels effets sur notre santé ? L’agence détaille la composition des fumées, notamment les particules fines et le monoxyde de carbone, ainsi que leurs risques sanitaires.
- Anses — rapport scientifique consacré aux effets sanitaires de la pollution produite par les feux de végétation.
- Atmo France — explications sur les PM10 et PM2,5 et leur pénétration dans les voies respiratoires.
- Atmo France — retour sur les incendies de Gironde et le transport des particules dans l’air sur plusieurs départements.
- Atmo France — fonctionnement de l’indice ATMO, qui surveille notamment les PM2,5, les PM10, l’ozone et le dioxyde d’azote.
- Ministère français de la Santé — document de questions-réponses sur la pollution de l’air, incluant les recommandations liées aux incendies de végétation de grande ampleur.
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