Sept années de voyage, neuf milliards de kilomètres parcourus et une succession de manœuvres gravitationnelles d’une précision exceptionnelle : la mission BepiColombo est désormais aux portes de Mercure. L’ultime phase de son aventure spatiale est en cours, ouvrant la voie à l’exploration la plus complète jamais réalisée de la planète la plus proche du Soleil.
Une mission hors normes
Lancée le 20 octobre 2018, la mission est le fruit d’une collaboration entre (ESA) et .
Contrairement aux autres planètes du Système solaire, atteindre Mercure représente un défi considérable. La proximité du Soleil oblige un vaisseau spatial à perdre une immense quantité de vitesse pour éviter d’être happé par son attraction gravitationnelle. Plutôt que de foncer directement vers sa cible, BepiColombo a dû emprunter une trajectoire complexe composée de nombreux survols planétaires.
Au total, la sonde aura parcouru près de 9 milliards de kilomètres, soit plus de soixante fois la distance séparant la Terre du Soleil.

Une incroyable chorégraphie gravitationnelle
Pour ralentir progressivement sans consommer des quantités astronomiques de carburant, BepiColombo a utilisé l’assistance gravitationnelle de plusieurs planètes.
Son itinéraire comprend :
- un survol de la Terre ;
- deux survols de Vénus ;
- six survols de Mercure.
À chaque passage, la gravité de la planète modifie légèrement sa trajectoire et réduit progressivement sa vitesse.
Cette méthode, comparable à un freinage cosmique, permet d’arriver suffisamment lentement pour être capturée par la gravité de Mercure.
Une arrivée historique en 2026
Le 21 novembre 2026 : capture gravitationnelle et première mise en orbite autour de Mercure.
Fin novembre à décembre 2026 : séparation des deux orbiteurs scientifiques :
le Mercury Planetary Orbiter (MPO) de l’ESA, qui étudiera la surface, la géologie et l’intérieur de la planète ;
Mio (Mercury Magnetospheric Orbiter) de la JAXA, consacré au champ magnétique, à la magnétosphère et aux interactions avec le vent solaire.
Début 2027 : début de la mission scientifique nominale, lorsque les deux orbiteurs auront rejoint leurs orbites définitives.
Après près de huit années de voyage, la mission entre désormais dans sa phase décisive.
Ils étudieront ensuite la planète durant plusieurs années.
Le premier, développé par l’ESA, observera principalement la surface, la structure interne et la composition géologique.
Le second, conçu par la JAXA, analysera le champ magnétique, la magnétosphère ainsi que les interactions permanentes entre Mercure et le vent solaire.
Cette double approche permettra d’obtenir une vision globale jamais atteinte.
Pourquoi Mercure fascine autant les scientifiques ?
À première vue, Mercure ressemble à une simple planète rocheuse fortement cratérisée. Pourtant, elle demeure l’un des mondes les plus mystérieux du Système solaire.
Les chercheurs cherchent notamment à comprendre :
- pourquoi son immense noyau métallique représente près de 85 % de son rayon ;
- comment son champ magnétique subsiste malgré la petite taille de la planète ;
- pourquoi des dépôts de glace persistent dans certains cratères polaires pourtant si proches du Soleil ;
- comment son intérieur continue d’évoluer.
Répondre à ces questions permettra également de mieux comprendre la formation des planètes rocheuses, y compris la Terre.

Des conditions extrêmes
Mercure évolue à seulement 58 millions de kilomètres du Soleil.
Les températures y oscillent entre -180 °C durant la nuit et plus de 430 °C en plein jour, ce qui en fait l’un des environnements les plus hostiles du Système solaire.
La sonde doit donc supporter un rayonnement solaire jusqu’à dix fois plus intense que celui reçu en orbite terrestre.
Pour résister à ces conditions, BepiColombo est équipée de boucliers thermiques, de panneaux solaires spécialement conçus pour les fortes chaleurs et de systèmes électroniques capables de fonctionner malgré ces températures extrêmes.

Une mission qui pourrait transformer notre compréhension des planètes
Les données recueillies permettront non seulement de mieux connaître Mercure, mais aussi d’améliorer les modèles de formation des planètes autour d’autres étoiles.
Les scientifiques espèrent notamment comprendre pourquoi certaines planètes deviennent riches en métaux, comment naissent les champs magnétiques planétaires et comment évoluent les mondes soumis à un rayonnement intense.
Ces informations pourraient également aider à interpréter les nombreuses exoplanètes rocheuses découvertes ces dernières années, dont plusieurs gravitent très près de leur étoile.
Une nouvelle ère pour l’exploration de Mercure
Après presque une décennie de voyage à travers le Système solaire, BepiColombo s’apprête enfin à accomplir sa mission.
Chaque nouvelle image et chaque mesure permettront de lever un peu plus le voile sur une planète encore largement méconnue.
Dans quelques mois, Mercure ne sera plus seulement un petit point brillant aperçu au crépuscule : elle deviendra l’un des mondes les mieux étudiés de notre voisinage cosmique.
L’ultime étape d’un voyage de neuf milliards de kilomètres est désormais en vue.

Adaptation Terra Projects
Sources officielles :
Agence spatiale européenne (ESA) – Mission BepiColombo
ESA – Fiche officielle de la mission BepiColombo
ESA – Journey to Mercury (itinéraire complet)
ESA – Un an avant l’arrivée sur Mercure
JAXA – Route de BepiColombo vers Mercure
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