TOI-1452 b : et si cette planète lointaine était recouverte par un immense océan ?
À une centaine d’années-lumière de la Terre, dans la constellation du Dragon, tourne un monde qui intrigue particulièrement les astronomes. Son nom n’a rien de très poétique : TOI-1452 b. Pourtant, derrière cette désignation technique se cache une planète qui pourrait être beaucoup plus dépaysante que son nom ne le laisse penser.
Imaginez un instant un monde plus grand que la Terre, sans continent visible, sans plage, sans montagne dépassant de l’horizon. Peut-être seulement de l’eau, partout, sur des milliers de kilomètres.
C’est l’une des hypothèses envisagées pour TOI-1452 b.
Mais attention : nous sommes encore loin d’avoir la preuve qu’il s’agit réellement d’une planète entièrement recouverte par un océan.
Une super-Terre à seulement 100 années-lumière
TOI-1452 b se trouve dans la constellation du Dragon, à environ 100 années-lumière de la Terre. Sa découverte a été annoncée en 2022 par une équipe internationale dirigée par des chercheurs de l’Université de Montréal.

Une planète plus grande et plus massive que la Terre
TOI-1452 b a été découverte grâce notamment au satellite TESS de la NASA, qui recherche des exoplanètes lorsqu’elles passent devant leur étoile et provoquent une très légère diminution de sa luminosité.
La planète possède un rayon environ 1,67 fois supérieur à celui de la Terre. Sa masse atteindrait quant à elle environ 4,8 fois celle de notre planète.
Elle fait donc partie de cette catégorie de mondes que l’on appelle parfois des super-Terres.
TOI-1452 b tourne extrêmement près de son étoile. Une année complète n’y dure qu’environ 11 jours terrestres.
Dit comme cela, on pourrait imaginer un véritable enfer brûlant. Pourtant, l’étoile autour de laquelle elle orbite est une petite naine rouge, beaucoup moins lumineuse que notre Soleil.
La température d’équilibre estimée de la planète tourne ainsi autour d’une cinquantaine de degrés Celsius. Ce chiffre doit cependant être pris avec prudence : sans connaître précisément son atmosphère, il est impossible de savoir quelle température règne réellement à sa surface.

Une quantité d’eau potentiellement gigantesque
C’est surtout la composition possible de TOI-1452 b qui a retenu l’attention des chercheurs.
Lorsque les astronomes ont comparé sa masse et sa taille avec différents modèles de structure planétaire, ils se sont rendu compte que la planète pourrait contenir une proportion considérable d’eau.
Certains modèles suggèrent que 20 à 30 % de sa masse totale pourraient être constitués d’eau.
Pour comprendre ce que cela représente, il suffit de regarder notre propre planète.
Vue depuis l’espace, la Terre paraît largement bleue. Les océans couvrent environ 70 % de sa surface. Pourtant, toute cette eau ne représente qu’une infime partie de sa masse totale.
TOI-1452 b pourrait donc posséder proportionnellement des dizaines de fois plus d’eau que la Terre.
Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes.
Un immense océan recouvrant toute la planète ?
On voit parfois circuler des images montrant TOI-1452 b comme une gigantesque boule bleue recouverte de vagues, sans la moindre terre émergée.
C’est spectaculaire.
Mais ce n’est pas ce que les astronomes ont réellement observé.
À cette distance, nous sommes incapables de photographier directement la surface de la planète. Nous n’avons donc vu ni océans, ni continents, ni nuages, ni vagues.
Les images disponibles sont avant tout des illustrations artistiques.
En revanche, l’idée d’une planète riche en eau est bien fondée scientifiquement. Les mesures actuelles sont compatibles avec un monde possédant une très importante enveloppe d’eau.
Autrement dit, un océan global est possible, mais il n’est pas encore démontré.

Un océan qui pourrait dépasser tout ce que nous connaissons
Si TOI-1452 b possède réellement une telle quantité d’eau, son océan n’aurait probablement rien à voir avec ceux que nous connaissons.
Sur Terre, les océans ont une profondeur moyenne d’environ 3,7 kilomètres. Même la fosse des Mariannes, le point le plus profond connu, descend à environ 11 kilomètres.
Sur TOI-1452 b, les profondeurs pourraient être sans commune mesure.
Selon la manière dont l’eau est répartie à l’intérieur de la planète, l’enveloppe aqueuse pourrait atteindre plusieurs centaines de kilomètres d’épaisseur, voire davantage dans certains scénarios.
Et plus on descendrait, plus les conditions deviendraient étranges.
La pression finirait par être tellement élevée que l’eau ne se comporterait plus comme celle que nous connaissons.
De la glace… malgré la chaleur
Cela paraît paradoxal, mais au fond d’un océan suffisamment profond, de la glace pourrait se former même à des températures très élevées.
Pourquoi ?
Parce qu’à ces pressions extraordinaires, les molécules d’eau peuvent s’organiser sous des formes particulières appelées glaces à haute pression.
Il existe plusieurs types de glace selon la température et la pression. Certaines de ces formes ne peuvent apparaître naturellement à la surface de la Terre.
La structure de TOI-1452 b pourrait donc être particulièrement exotique : une atmosphère, un océan gigantesque, puis une couche d’eau extrêmement comprimée, éventuellement transformée en glace haute pression, avant d’atteindre le manteau rocheux de la planète.
Nous serions alors très loin de l’image classique d’une simple « Terre couverte d’eau ».
Et la vie dans tout ça ?
Dès que l’on parle d’eau liquide, une question revient immédiatement : la vie pourrait-elle exister sur TOI-1452 b ?
Pour l’instant, personne ne peut répondre.
La présence d’eau ne suffit évidemment pas à garantir l’apparition de la vie.
Nous ignorons encore la composition de son atmosphère, sa pression, la température exacte à sa surface et même la nature précise de l’eau qu’elle pourrait contenir.
Un océan extrêmement profond pourrait même compliquer les choses.
Sur Terre, les échanges entre l’eau, les roches, l’atmosphère et l’activité géologique participent à la régulation du climat et fournissent certains éléments chimiques nécessaires au vivant.
Sur un monde océanique, une épaisse couche de glace haute pression pourrait isoler l’océan du manteau rocheux.
Cela modifierait complètement la chimie disponible.
Il ne faut donc pas imaginer automatiquement TOI-1452 b comme une sorte de paradis tropical extraterrestre.

Une cible idéale pour le télescope James Webb
L’histoire de TOI-1452 b est cependant loin d’être terminée.
Cette planète intéresse particulièrement les astronomes parce qu’elle passe régulièrement devant son étoile depuis notre point de vue.
À chaque passage, une petite partie de la lumière de l’étoile peut traverser son atmosphère, si elle en possède une.
En analysant cette lumière avec des instruments extrêmement sensibles, il devient possible de rechercher la signature de différentes molécules.
Le télescope spatial James Webb pourrait donc nous aider à mieux comprendre la nature réelle de ce monde.
Les chercheurs espèrent notamment pouvoir déterminer si TOI-1452 b possède une atmosphère épaisse et quels gaz la composent.
Ces observations pourraient également permettre de mieux distinguer plusieurs scénarios : planète rocheuse entourée d’une atmosphère importante, monde extrêmement riche en eau, ou quelque chose d’intermédiaire.
Un monde qui reste en grande partie mystérieux
TOI-1452 b illustre parfaitement à quel point l’exploration des exoplanètes a changé notre vision de l’Univers.
Il y a encore quelques décennies, nous ne connaissions aucune planète en dehors du Système solaire.
Aujourd’hui, nous en avons découvert des milliers.
Et certaines semblent appartenir à des catégories de mondes qui n’existent tout simplement pas autour du Soleil.
TOI-1452 b pourrait être l’un d’eux.
Peut-être est-elle réellement recouverte d’un océan allant d’un pôle à l’autre. Peut-être cache-t-elle au contraire une structure beaucoup plus complexe.
Pour l’instant, nous n’en savons pas assez pour le dire.
Mais l’idée qu’à seulement une centaine d’années-lumière puisse exister un monde contenant plusieurs dizaines de fois plus d’eau que la Terre suffit déjà à donner le vertige.
TOI-1452 b n’est donc pas encore la planète océan que certaines images présentent comme une certitude. Elle est quelque chose de peut-être encore plus intéressant : une candidate sérieuse à l’existence d’un type de planète que nous commençons à peine à comprendre.
Adaptation Terra Projects
Sources principales : NASA Exoplanet Catalog, NASA Exoplanet Archive, The Astronomical Journal, Université de Montréal et Institut Trottier de recherche sur les exoplanètes.
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