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Un monde qui glisse vers l’age de la colère ?

L’humanité est-elle entrée dans un « âge de colère » ? L’avis de Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI (1987-2000). Cet « âge de la colère » que redoute Christine Lagarde est un risque qui pointe. Il se nourrit de l’accroissement continu des inégalités entre les 40 % les plus pauvres et le quintile des plus riches. Ce fossé peut nourrir la colère de demain. Je rappellerais à ce propos que le président français avait annoncé, en septembre dernier à l’ONU, une initiative intéressante. Il souhaitait que les pays du G7 pilotent un mécanisme collectif mondial pour lutter contre la croissance des inégalités, en échangeant leurs bonnes pratiques.

Pour l’heure, notre monde hésite entre l’âge de la colère et celui de l’inventivité. Nous sommes face à une sorte de pari pascalien. Entre les risques chaque jour confirmés d’un monde à la dérive et les chances de participer avec ardeur à l’édification d’un monde plus humain et fraternel.

Nous sommes à ce point obsédés par nos colères que nous en oublions de faire l’inventaire de ce qui conduit à un réenchantement du monde. Dans un discours à la prestigieuse bibliothèque du Congrès à Washington, la directrice générale du Fonds monétaire international a plaidé pour un « nouveau multilatéralisme » qui assurerait que « les bienfaits économiques de la mondialisation soient partagés par tous et non plus seulement par quelques-uns ».

« Trop de recettes d’impôts sur la table »

Mme Lagarde préconise aussi un nouveau système de taxation internationale. « Les entreprises ont maintenant une présence planétaire, mais les gouvernements n’ont pas trouvé la bonne réponse fiscale », a-t-elle affirmé, dénonçant les stratégies d’optimisation fiscale qui laissent « trop de recettes d’impôts sur la table ».

Sans cette « coopération internationale ré-imaginée », la responsable du FMI craint que dans 20 ans, d’ici 2040, « les inégalités ne surpassent ce qu’elles étaient pendant l’âge d’or du capitalisme ».

Cet « âge de la colère » verrait des géants monopolistiques de la technologie face à des États faibles, des catégories favorisées de la population « pouvant vivre jusqu’à 120 ans quand des millions d’autres souffriront de pauvreté ».

« Le fossé entre aspirations et réalités » risquerait de « nourrir colère et amertume », a-t-elle averti.

S’affirmant « une optimiste », Mme Lagarde assure qu’un « âge de l’inventivité » est possible.

«Les ‘gilets jaunes’, on pourrait les appeler le mouvement des invisibles. On a là, d’un coup, prenant la parole, une majorité silencieuse, un bloc social qui refuse d’entrer dans les clivages traditionnels. C’est le petit peuple qui est lui-même étonné de se retrouver aussi nombreux sur le devant de la scène politique. Alors, tout sort, y compris des revendications un peu confuses. Vous me parlez de références historiques, j’y vois un mouvement ‘sans culottes’ à travers l’aspiration à une démocratie directe. Néanmoins, mon raisonnement contient des limites évidentes. Nous avons plus de deux siècles d’expérience historique qui sont passés par là», conclut un historien de la Sorbonne. Autre différence, et de taille: les Parisiens étaient à l’avant-garde de la contestation lors de la Révolution française, alors que les provinces se retrouvent aujourd’hui à l’origine de la colère. Les comparaisons historiques sont décidément difficiles.

Une « jacquerie » moderne. C’est l’une des premières comparaisons évoquées.

L’idée n’est pas mauvaise en soi et il existe bien en effet quelques points de similitudes entre les deux mouvements : tous deux s’avèrent être à l’origine des mouvements antifiscaux. Les «jacques» étaient principalement des paysans s’élevant contre la gabelle en 1358 pendant la Grande Jacquerie – impôt sur le sel pour financer la guerre de Cent ans, qui était crucial puisqu’il servait à conserver la nourriture.

Leurs voix fait écho à celles qui aujourd’hui s’élève contre la hausse du carburant en 2018, un autre moyen de survie pour de nombreux Français.

Ces luttes contestent l’ordre établi et soulignent ce qui est perçu comme une injustice fiscale et sociale. Les manifestants sont la cible d’un mépris social. Enfin, en 1358 comme en 2018, hommes et femmes manifestent violemment contre ce qu’ils estiment être un abandon des autorités à leur endroit (seigneurs qui ne protégeraient plus correctement au Moyen-Âge, services publics qui disparaissent de plus en plus dans certains territoires).

extraits et sources : https://www.la-croix.com/ / https://www.ouest-france.fr/ http://www.lefigaro.fr/ https://www.latribune.fr/

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