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Un monde injuste et en guerre radicale

Cette photo nous bouleverse. Nous ne la diffusons pas pour « faire sensation » mais parce qu’elle est devenue le symbole d’une tragédie humaine, le symbole d’une nécessité « d’ouvrir les yeux » pour voir la réalité en face et ne plus rester dans l’indifférence.

Il s’appelait Aylan Kurdi, il avait tout juste 3 ans, il était originaire de la ville de Kobane en Syrie, proche de la frontière turque. Cette ville avait été en proie à de rudes combats il y a quelques mois avec les djihadistes de l’Etat islamique (Daech). Aylan Kurdi fuyait la guerre avec sa mère et son frère ainé âgé de 5 ans. Ils tentaient de rejoindre l’île grecque de Kos à bord d’une embarcation comptant 23 personnes.

Dans la nuit de mardi 1er septembre 2015 à mercredi 2 septembre 2015 l’embarcation fait naufrage, Aylan Kurdi, son grand frère et sa maman périssent en mer. Leurs corps est retrouvé au matin échoués sur une plage très touristique de la Turquie.

L’Europe est montrée du doigt par les médias arabes et européens, car au lieu de se concentrer sur les immigrants eux-mêmes, l’Europe devrait se concentrait du comment éliminer définitivement le problème de DAESH, des groupes islamistes radicaux et de ASSAD.

Y-a-t-il un lien direct entre la crise migratoire que connaît l’Europe et les interventions occidentales, notamment en Libye ?

Il y a une relation directe, de cause à effet. Plus on intervient dans des situations qu’on ne connaît pas bien ou qu’on ne maîtrise pas suffisamment, plus le risque d’ajouter du désordre et de la confusion est grand. C’est ce qui s’est passé avec la Libye et l’intervention franco-britannique de 2011. Evidemment, on a fait tomber une dictature mais on n’a pas imaginé ou même réfléchi à ce que pourrait être une transition démocratique après Kadhafi.

Pendant cette guerre, on a eu d’abord, dans un premier temps, une espèce de verve révolutionnaire. Ensuite, on eu le règne des milices qui ont mis le pays en coupe réglée. Il y a eu, certes, deux élections qui ont permis aux Libyens de s’exprimer avec un Conseil national de transition. Mais le pays a basculé dans un chaos généralisé et la guerre civile que l’on connaît. C’est cette situation d’instabilité chronique qui fait de ce pays une espèce de havre pour tous les trafics et tous les trafiquants.

Le trafic d’êtres humains, avec les passeurs de migrants, est ainsi devenu un trafic comme un autre. Les services de renseignements américains estiment qu’il y a entre 600 000 et 800 000 immigrants clandestins qui sont sur le territoire libyen et qui sont prêts à partir en direction de l’Europe avec qui voudra bien les embarquer. Ils montent sur des bateaux de fortune sur lesquels ils ont plus de chances de finir noyés que d’atteindre l’Eldorado qu’est l’Europe, telle qu’ils se l’imaginent. Donc oui, encore une fois, il y a une relation directe, de cause à effet, entre les interventions militaires occidentales depuis 30 ans, le chaos qui a été provoqué et la situation actuelle des migrants.

 migrants-europe

Comment remettre de l’ordre dans ce chaos généralisé. Diplomatiquement ? Militairement ?

Des choses pourraient être entreprises très rapidement. En Libye, par exemple, je ne comprends pas pourquoi la France ne prend pas l’initiative diplomatique de tenter de ramener la paix civile afin de constituer un front commun contre Daesh. On sait que Daesh tire l’essentiel de ses ressources du pétrole qu’il vend sur le marché noir international. Pourquoi les Européens ne décident-ils pas du blocus des côtes libyennes pour éviter que des embarcations ne viennent charger ce pétrole bon marché. On sait que cet argent ne va pas dans les caisses de la Libye et ne sert pas bien-être collectif du pays.

Pourtant la France a d’excellentes relations avec tous les protagonistes de cette crise libyenne, que ce soit l’Algérie, l’Egypte, le Qatar, la Turquie ou l’Arabie saoudite. Paris a donc les moyens d’engager un marathon diplomatique pour faire pression sur ces acteurs et ceux qui se font la guerre, à savoir le gouvernement de Tobrouk et le gouvernement de Tripoli afin qu’ils forment un front commun contre Daesh. Ainsi, on trouverait une solution durable.

Aujourd’hui on observe pourtant l’inverse. On a l’impression que l’Europe est totalement paralysée, tétanisée par les bêtises qu’elle a faite. On ne peut provoquer la guerre et s’étonner ensuite du désordre. Une fois que celui-ci est là, c’est trop tard.

Un tel afflux est-il soutenable dans une Europe en crise économique ?

« Soutenable » est une notion relative. Sur les 4,5 millions de personnes qui ont fui la Syrie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, 40 % sont en Turquie, dans des conditions déplorables, et beaucoup d’autres en Jordanie, au Liban, en Egypte. N’arrivent en Europe que les plus jeunes et les plus instruits. Dans une Grèce en grande difficulté économique, l’afflux de réfugiés pose un sérieux problème. Mais pour l’Union européenne, avec ses 510 millions d’habitants, accueillir un million d’exilés, c’est seulement croître de 1/500. Ce qui me frappe, c’est de voir à quel point les politiques redoutent les mouvements de population sans avoir la moindre idée des ordres de grandeur. Alain Peyrefitte a rapporté la réaction horrifiée du général de Gaulle apprenant qu’on allait peut-être devoir accueillir 10.000 rapatriés à la fin de la guerre d’Algérie. Or ils ont été près d’un million à gagner la métropole, qui comptait alors 47 millions d’habitants ! Les chiffres absolus impressionnent, mais, en démographie, il faut raisonner en proportions.

De tels mouvements migratoires sont-ils si nouveaux dans l’histoire européenne ?

Ni pour l’Allemage ni pour la France. Des années 1880 aux années 1920, notre pays a accueilli 150.000 juifs russes fuyant les pogroms. En 1939, plus de 700.000 Catalans ont fui l’Espagne de Franco : nous les avons très mal accueillis, ce qui n’a pas dissuadé nombre d’entre eux de rejoindre la Résistance. A partir de 1973, en revanche, l’Etat a réservé à 170.000 boat people vietnamiens et cambodgiens un accueil digne de ce nom, avec des programmes de logement et d’emploi. Ces expériences étant plus anciennes que celles de l’Allemagne, la France est désemparée devant un afflux extraordinaire. Mais l’histoire montre que de grands Etats ont su mettre sur pied un plan d’urgence pour accueillir un flot imprévu de migrants. Le frein est d’abord politique.

TDF

Extraits et sources : http://www.infochretienne.com/ / http://www.iris-france.org/ / http://www.lesechos.fr/

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