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Monde de demain, Lettre de l’An 2073

Paris, en l’an 2073. Voici une lettre écrite par un citadin de cette époque futuriste où l’on découvre un avenir bien étrange. Cette lettre sorti d’un roman d’une imagination si débordante. Ele en devient tellement réaliste que les éléments décrits sont criants de vérité et ils amèneront dans un monde que personne ne voudrait. Voici…

Ma très chère amie,

Ce soir, alors que la nuit et le froid m’emprisonnent au plus profond de ma chambre, à la recherche d’un peu de chaleur, j’ai retrouvé les photos où nous étions ensemble, bambins, alors que ce millénaire se préparait tout juste à naître. Une image prise dans les allées sablonneuses du jardin de tes parents m’a rendu à nouveau fiévreux comme lors de mes jeunes années : celle qui nous montre, main dans la main, tous deux tachetés d’ombre et de soleil, perdus dans la floraison luxuriante d’un printemps maintenant bien lointain. Ce n’est pas tant cette tendre et secrète connivence que l’on devine entre nous qui m’émeut, car malgré les étendues marines qui nous séparent depuis cinquante ans, nous avons su maintenir les liens secrets qui nous unissent. Non, ce sont le souvenir des fragrances perdues qui m’enivrent ce soir, de l’exhalaison puissante de la glycine en plein midi aux caresses soyeuses des roses saisies par la rosée matinale.

Tu le sais, sous l’action néfaste des activités humaines, depuis plusieurs années, l’océan a perdu de son pouvoir réchauffant. Le Gulf Stream ne vient plus porter aux côtes atlantiques de l’Europe ses flots bienfaisants issus des mers du Sud. Nous avons subi une série dévastatrice d’hivers glacials. Tu ne reconnaîtrais plus grand-chose de la grande ville orgueilleuse que tu as aimé : la végétation est flétrie et moribonde à grande échelle. Seuls subsistent certains arbres coriaces et les bouleaux nains prolifèrent dans les jardins. Presque tous les toits se sont effondrés sous le poids croissant des chutes de neige et nombre de canalisations d’eau ont explosé. La ville ressemble à un gigantesque chantier d’autant plus que beaucoup de nouveaux venus se sont installés ici, fuyant les montagnes et les contrées du Nord devenues inhabitables. Il a fallu construire et réparer dans l’urgence. Mais ce qui m’attriste davantage cette nuit, c’est d’avoir perdu les parfums de l’été. Même au plus fort de la chaleur estivale, la terre reste froide et l’air sans odeur.

Cet hiver est l’un des plus sombres que j’ai connu depuis la fin de la quatrième guerre mondiale. Devant les difficultés matérielles croissantes, la tyrannie s’appesantit : ces derniers mois ont brillé par le grotesque des festivités organisés par l’Etat pour commémorer le centenaire de la première crise pétrolière qui nous permettrait, parait-il, de bénéficier aujourd’hui de quelques traces d’or noir résiduelles ! Mais seule l’armée semble en profiter. Ce pouvoir détesté se complaît à l’évocation des guerres passées et met toute son énergie à préparer celles à venir. Nos gouvernants oublient trop facilement les inventeurs célèbres ou oubliés qui ont permis à l’humanité de survivre.

Les luttes armées entre les sectes omniprésentes continuent et des quartiers entiers de la ville vivent dans une terreur quotidienne. La plus puissante se nomme “ Les Enfants de l’Océan ”. Ses membres adorent le Dieu-Océan, renouant avec les plus obscurs paganismes. Ce Dieu, courroucé par les nuisances et la furie des activités humaines, aurait envoyé comme œuvre de purification le froid qui a envahit notre continent. Les autres peuples de la Terre qui connaissent en revanche une chaleur accrue seraient dominés par les forces démoniaques et sont condamnés à être détruits. Leur prophète, énorme et barbu, à l’image des Dieux marins, apparaît nu par le froid le plus intense aux foules qui l’adorent, sauf lorsqu’il circule dans un de ses nombreux hélicoptères blindés. Tous les fidèles doivent adorer à son exemple le froid et faire des offrandes à l’Océan. Ils se réunissent dans des lieux encore sauvages qui bordent l’Atlantique et plusieurs centaines d’entre eux se sont noyés volontairement il y a une semaine dans les eaux chargées de glaçons de la Manche. Ces sacrifices rituels et collectifs, qui semblent librement consentis, entretiennent une fascination malsaine pour ce mouvement. Par leur organisation et leur économie souterraine, ces sectes ressemblent aux mafias du temps jadis qu’elles ont d’ailleurs remplacé. Dans mes jeunes années, je rêvais de lutter contre leur maléfice, j’y ai renoncé et je prie maintenant en silence, isolé et sans espoir.

J’aspire maintenant à la paix quotidienne et aux joies simples, à l’abondance du pain frais, aux fruits gorgés de soleil et surtout aux senteurs inoubliables des jardins de notre enfance. J’aimerais tant te rejoindre dans ce pays où tes parents ont fui en t’emmenant, nous séparant à jamais, et qui est devenu depuis un pays de cocagne, doux et arrosé, à l’agriculture généreuse. Mais tu sais comme moi, que devant l’afflux ininterrompu d’immigrants, les frontières en sont fermées aux étrangers depuis plus de trente ans. La pensée de ton affection inchangée me soutient néanmoins dans ces instants difficiles et je ne t’ai jamais senti aussi proche que cette nuit où mon âme vacille..

Paris, en l’an 2073

Source : http://al-hambra.org

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