Dernières Infos

El Nino, le volcanisme, et les moussons africaines

The Momotombo volcano spews a large plume of gas and ash as seen from the rural community of Papalonal, in Leon, Nicaragua, Wednesday, Dec. 2, 2015. Quiet for many years, the volcano emitted some glowing rock on Wednesday, after gas and ash emissions began Tuesday. In 1610, the city of Leon was destroyed during an eruption of the Momotombo and was relocated west, where it is currently located. (AP Photo/Esteban Felix)

Une étude internationale, coordonnée par une chercheuse de l’IRD, montre que les éruptions volcaniques stratosphériques peuvent déclencher des événements El Niño dans le Pacifique. Les chercheurs ont identifié pour la première fois les mécanismes physiques à l’œuvre : le refroidissement de la surface du continent africain, qui diminue l’intensité de la mousson et provoque une «anomalie de chaleur» à l’origine d’un coup de vent d’Ouest responsable du déclenchement d’El Niño. Ces résultats, qui associent des chercheurs de l’UPMC et du CNRS, sont publiés le 3 octobre 2017 dans la revue Nature Communications.

Document du CNRS

L’influence des éruptions volcaniques sur le climat global est prouvée. «Alors que les éruptions intervenant dans les latitudes nord n’ont qu’une influence régionale, celles de la ceinture tropicale affectent l’ensemble des températures mondiales du fait d’une dispersion à large échelle des aérosols grâce à la circulation atmosphérique de haute altitude », explique Myriam Khodri. Une étude publiée en 2015 reprenant, grâce à la dendrologie (l’étude des cernes de croissance des arbres), 1500 ans de températures estivales de l’hémisphère nord avait déjà permis de quantifier l’impact des éruptions volcaniques sur le climat. La dispersion d’une masse énorme de particules de soufre bloque en effet le rayonnement solaire en haute altitude, diminuant ainsi les températures dans les basses couches, ce qui affecte la croissance des végétaux. Ainsi, l’éruption du Pinatubo (Philippines) en 1991, a provoqué une baisse mondiale des températures de 0,4°C, phénomène qui s’estompe au bout de deux à trois ans.

Mais ce fléchissement n’est pas sans conséquence sur les océans. En utilisant les modèles climatiques, les chercheurs ont pu faire varier les paramètres de températures des continents, de l’atmosphère et des masses océaniques, pour reconstituer les mécanismes en jeu. «Nous avons ainsi pu déterminer un effet déclencheur de la plus grande surface terrestre aux tropiques, le continent africain », poursuit Myriam Khodri. La baisse des températures en Afrique sub-saharienne provoque en effet un affaiblissement de la mousson. La diminution des pluies provoque une onde atmosphérique de l’ouest vers l’est. Ces vents contraires aux alizés poussent les eaux chaudes australiennes vers le continent américain où elles s’accumulent et génèrent un “El Nino”. L’étude de 2015 avait bien montré une corrélation entre une éruption volcanique de grande ampleur et la survenue d’un El Nino dans les deux années suivantes, mais elle n’avait pu détailler cet engrenage surprenant.

Ce résultat novateur montre ainsi que cette grande oscillation des eaux chaudes et froides à travers le Pacifique peut avoir des origines physiques extérieures aux échanges entre océan et atmosphère. C’est un grand pas dans la connaissance d’un phénomène dont on peine à comprendre le fonctionnement. Cela représente aussi un atout de plus dans le jeu des prévisionnistes. On sait désormais qu’une éruption volcanique de grande ampleur doit être le signal d’anticipation des mesures de prévention et de protection des populations et des biens à prendre dans les mois suivants. « C’est par ailleurs tout un champ nouveau de recherche qui s’ouvre, conclut Myriam Khodri. On doit notamment essayer de déterminer dans quelle mesure la période de l’année où intervient l’éruption peut influencer la réponse de la mousson africaine ». Voilà en tout cas, une mécanique globale étonnante où un évènement géophysique se trouve à l’origine d’un phénomène climatique.

sources : https://www.sciencesetavenir.fr/ / http://www2.cnrs.fr

(222)

Laissez un message